Les chantiers navals royaux de Séville ( en espagnol) sont une ancienne base navale militaire médiévale située à Séville, en Espagne, progressivement transformés à partir du en espace de stockage, arsenaux, douane et hôpital. Les vestiges des chantiers navals deviennent un espace culturel en 2025.

Situation Les chantiers se situent à la rue Dos de Mayo 2, en plein centre de Séville, dans le quartier El Arenal (district Casco Antiguo), à quelques dizaines de mètres du fleuve Guadalquivir.

Histoire

Les chantiers navals royaux de Séville sont édifiés en 1252, peu après la Reconquista de la ville, à la demande du roi Alphonse X, pour la construction des galères qui défendent le royaume de Castille contre les menaces venant de la mer, notamment celle des Musulmans de la Méditerranée.

Le site d'El Arenal (la grève en espagnol) est choisi car son élévation n'est que d'un mètre au-dessus du niveau du fleuve Guadalquivir, ce qui facilite l'entrée et la sortie des navires. Situés à l’extérieur de l’enceinte fortifiée, les chantiers navals peuvent malgré tout compter sur la protection offerte par la muraille et par la courtine reliant alors la Tour de l’Or à la Tour de l’Argent, entre les guichets du Charbon et de l’Huile. Pour la création des chantiers navals, des installations plus anciennes, édifiées à partir de 1184 sur ordre du calife almohade Abu Yaqub Yusuf I, sont probablement reconstruites ou remaniées.

Description La construction d’origine est organisée en dix-sept nefs accolées de 80 à de long et de de haut, perpendiculaires au fleuve. Elles sont soutenues par d’épaisses arcades mudéjares, la succession des arcades créant des traverses perpendiculaires aux nefs. Le fond de l’édifice est constitué par la muraille almohade de la ville et ses ouvertures regardent le fleuve. Les limites de l'espace occupé à l'origine par les chantiers navals, d'une largeur de , correspond aux actuelles rues Santander, Temprado, Dos de Mayo et Tomás de Ibarra.

Deux siècles plus tard, les Atarazanas perdent leur fonction de chantier naval. Barcelone centralise désormais la construction des galères royales méditerranéennes, tandis que le nord cantabrique se spécialise dans la fabrication des navires à voile destinés à l’Atlantique. Parallèlement, Séville connaît une forte croissance urbaine, ce qui entraîne de nouveaux besoins.

En 1493, les Rois catholiques Isabelle et Ferdinand II d'Aragon cèdent au conseil municipal de Séville la première nef pour y installer le marché aux poissons qui se trouvait auparavant sur la place de San Francisco. En 1503, les premiers bureaux de la Casa de Contratación, qui contrôle tout le commerce des Indes espagnoles, s’installent dans la dix-septième nef, à l’extrémité sud du complexe. Le siège de cette institution finit par être transféré à l’Alcazar, mais les nefs 16 et 17 restent consacrées à la Course aux Indes, servant cette fois d’entrepôts royaux pour la préparation des expéditions américaines.

Des remblais sont effectués, notamment pour éviter les fréquentes inondations de l’édifice, et le niveau du sol des nefs est ainsi rehaussé de . Dans la neuvième nef se trouve la résidence de l’ de l'Alcazar (le gouverneur), avec une cour ouverte sur l’intérieur. Les principaux espaces communs sont situés dans cette même huitième nef, à partir de laquelle s’organisent des passages couverts permettant l’accès aux différentes dépendances. Trois portes principales existent alors : deux ouvrent sur la grève et une troisième sur le centre historique ; située sur la placette du Charbon (), elle est connue sous le nom de Porte de Fer ().

Le nouveau rôle de Séville comme centre de la Courses aux Indes exige la construction de nouveaux entrepôts et magasins, non seulement royaux mais aussi privés. À la demande de la ville, la monarchie loue les espaces disponibles à des marchands et artisans qui y installent entrepôts, ateliers et habitations. Dans les années 1570, la plupart des espaces loués passent aux mains de Flamands et d’Allemands spécialisés dans le commerce du bois importé du nord de l’Europe, ressource essentielle au maintien de la navigation vers l’Amérique. Ces marchands transforment les nefs d’origine en vastes entrepôts. La monarchie justifie cette location à des étrangers par le fait que les nefs des Atarazanas sont les seules capables de conserver les mâts près du fleuve et dans un lieu sec, afin d’éviter leur pourrissement. Dans la huitième nef est créée en 1578 une chapelle dédiée à Saint Georges, afin de recueillir les corps des noyés et des condamnés exécutés. Le roi conserve toutefois les nefs 13, 14 et 15, proches de celles de la Casa de la Contratación, pour y établir la Douane royale, achevée en 1589 selon les plans d’Asensio de Maeda et avec l'intervention de Juan de Oviedo.

Au début du , il devient très difficile de remonter le Guadalquivir jusqu’à Séville. Les ports de Sanlúcar de Barrameda et de Cadix concentrent alors les activités logistiques du commerce maritime andalou, non seulement vers l’Amérique mais aussi vers les autres destinations européennes. Les Flamands abandonnent progressivement les nefs et, en 1649, l'épidémie de peste, qui décime près de la moitié de la population sévillane et vide presque entièrement le bâtiment, donne l’impulsion décisive à une nouvelle reconversion. Les nefs 8 à 12, situées au sud de la chapelle Saint Georges, sont confiées à la confrérie de la Charité qui y crée l’hôpital de la Sainte Charité, d'après les plans de Simón de Pineda, Figueroa et Sánchez Falconete, tout en conservant l'organisation parallèle des nefs.

En 1587, les arsenaux d’artillerie royaux () s'installent également dans les nefs, où l’on assemble et stocke les canons fabriqués dans la Manufacture royale d’artillerie du quartier de San Bernardo. Trois travées sont construites perpendiculairement aux sept nefs conservées et une salle destinée au dépôt des armes est construite, ainsi qu’un corps de bâtiment commun en façade, donnant au tout une unité architecturale. En 1804, elle occupe les terrains situés sur l'avant, jusqu’aux quais.

En 1846 est lancé un projet d’agrandissement urbain : la création de la promenade de Christophe Colomb () conçue par Balbino Marrón, une avenue longeant le fleuve et le séparant ainsi des anciens chantiers navals. Le début du voit la construction de nouveaux entrepôts d’artillerie qui s'alignent sur cette promenade.

En 1945, les cinq dernières nefs du flanc sud sont démolies afin de permettre la construction du bâtiment de la Délégation des Finances.

Dans les années 1980 sont approuvées les modifications du plan de réforme intérieure du centre historique de Séville. Celui-ci prévoit un plan spécial qui exclut du projet de centre commercial prévu par le plan de 1968 les terrains occupés par les entrepôts extérieurs des arsenaux et le jardin de la Charité. Ce document réorganise le secteur en réservant ses bâtiments à une institution culturelle. En 1993, le ministère régional de la Culture rachète les arsenaux puis, entre 1993 et 1995, réalise des travaux de consolidation du complexe.

Les chantiers navals, après des travaux de réhabilitation terminés en 2025, sont convertis en un centre culturel consacré à l'histoire de Séville et de l'Amérique.

Toponymie L’étymologie du terme « » utilisé en espagnol pour nommer ces chantiers navals dérive du terme arabe adar-assan’a, que l’on peut traduire par « maison de l’industrie ».

Références

Catégorie:Monument à Séville Catégorie:Casco Antiguo (Séville) Catégorie:Chantier naval en Espagne