vignette|Le triangle rose est le symbole de la lutte militante homosexuelle. Le Samedi rose est un équivalent néerlandais des marches des fiertés aux Pays-Bas, et en Belgique. Le premier événement de ce type a lieu en 1977, et la journée a été réitérée chaque année dans une ville différente depuis. Dès 1979, un samedi rose est également organisé en Belgique, mais depuis 1996, cet événement se tient uniquement à Bruxelles, et est renommé « Belgian Pride » depuis 2010.
Le Samedi rose est une journée culturelle et festive annuelle qui, entre rencontres et festivités, revêt un caractère hautement politique, prônant la visibilisation et l'émancipation des personnes LGBTQ+. Son caractère militant est plus marqué qu'à la Pride d'Amsterdam, également annuelle, qui à l'origine est un événement queer fondé sur la Canal Parade.
Pays-Bas vignette|Scène principale sur la Grand-Place à Haarlem, à l'occasion du Samedi rose, le . Aux Pays-Bas, le Samedi rose se déroule généralement le dernier samedi de juin, et parfois le premier samedi de juillet. En 2021, il se déroule exceptionnellement en octobre. Ce rassemblement national, ouvert à tous, réunit les personnes gays, lesbiennes, transgenres et toutes les minorités de genre et sexuelles dans une ville différente du pays chaque année. L'objectif de ce roulement est de dynamiser le tourisme dans les différentes villes, et d'y développer localement la visibilité des causes LGBTQ+.
Le Samedi rose (parfois abrégé RZ) s'ouvre chaque année par un office religieux œcuménique, suivi du défilé traditionnel. Si, à l'origine, la marche prenait plutôt la forme d'une manifestation, elle porte aujourd'hui un caractère plus festif. En participant au Samedi rose, les personnes gays, lesbiennes et alliées souhaitent afficher leur fierté et leur solidarité envers la communauté queer.
Des personnes homosexuelles comme hétérosexuelles participent régulièrement à la marche, qui accueille également les prises de parole de plusieurs figures majeures du mouvement LGBTQ+ et d'élus et responsables politiques locaux. Le reste de la journée est rythmé par des spectacles et festivités. Un marché associatif est également organisé chaque année, où se présentent divers collectifs LGBTQ+ et entreprises alliées.
Depuis 2002, la « Fondation Samedi rose des Pays-Bas » (Stichting Roze Zaterdagen Nederland) désigne chaque année la ville hôte du Samedi rose, perpétuant ainsi la tradition du plus ancien événement des fiertés néerlandais. La fondation désigne une ville organisatrice deux ans à l'avance, et apporte soutien et conseils aux organisateurs. Une association locale se charge de la mise en œuvre. Depuis 2009, la ville hôte du Samedi rose est surnommée « Ville Rose ». La semaine précédant l'événement est souvent marquée par diverses activités publiques autour des thématiques queers ; appelée la « Semaine Rose ».
Histoire vignette|La première manifestation homosexuelle aux Pays-Bas a lieu en au Binnenhof de La Haye. Aux Pays-Bas, le Samedi rose est généralement célébré le dernier samedi de juin, en hommage aux célèbres émeutes ayant eu lieu ce jour à New York en 1969, après une descente de police au Stonewall Inn, sur Christopher Street. De ces événements naîtront les premières organisations de lutte homosexuelle, et la première pride sera organisée à New York le .
Avant l'avènement du Samedi rose, deux manifestations avaient déjà eu lieu dans le pays, organisées par des groupes militants gays, inspirés par la vague de revendications queer internationale.
Le , au Binnenhof de La Haye, une centaine de jeunes protestent pour l'abrogation de l'article 248 bis du Code pénal, datant de 1911, qui fixait la majorité sexuelle pour l'homosexualité à 21 ans, contre 16 ans pour l'hétérosexualité. Cet article est finalement abrogé en 1971.
Le , lors de la Journée nationale du souvenir, sur la place du Dam à Amsterdam, deux membres du « Groupe d'action de la jeunesse homosexuelle d'Amsterdam » (Amsterdamse Jongeren Aktiegroepen Homoseksualiteit ou AJAH) tentent de déposer une gerbe en mémoire des victimes homosexuelles de la guerre, mais sont arrêtés par la police. Cet événement mène à l'inauguration, en 1987, d'un monument spécifique à la mémoire des victimes homosexuelles de la guerre, le Homomonument à Amsterdam.
Ces évènements restent mineurs et n'amènent pas à la naissance d'une pride, comme celle de New York en 1970 ; le COC, organisation de défense des minorités de genre et sexuelles, avançant que les gays et lesbiennes n'ont pas besoin d'une manifestation pour assumer leur identité.
Au milieu des années 70, un changement de politique au sein du COC amène finalement à l'organisation d'une première pride, le à Amsterdam. Cette manifestation est organisée par l'Alliance lesbienne internationale, en solidarité avec les protestations en réaction à la campagne anti-gay de la chanteuse américaine Anita Bryant.
Devenue ensuite un événement annuel, elle est initialement appelée « Journée internationale de libération et de solidarité gay » ou « Journée de la fierté gay », puis est renommée « Samedi rose » dès 1979. vignette|Des homosexuels manifestent à Ruremonde en 1979 contre les déclarations de Mgr. Gijsen. La banderole affiche : "Gijsen va te faire foutre". Le nom « Samedi rose » est proposé par le groupe d'action ROZA, de la région du Limbourg. Le samedi , ROZA organise une manifestation à Ruremonde en réaction aux propos de l'évêque Gijsen sur l'homosexualité, sous le slogan « Gijsen, va te faire foutre ! ». Cette journée militante coïncide avec la Semaine sainte, période durant laquelle les catholiques célèbrent notamment le Samedi saint. ROZA baptise alors ironiquement cette journée d'action, « Samedi rose ».
La couleur rose évoque probablement le triangle rose, que les homosexuels étaient contraints de porter comme signe de stigmatisation dans les camps de concentration durant la Seconde Guerre mondiale. Depuis les années 1970, la communauté se réapproprie ce symbole d'oppression, le transformant en symbole d'activisme. Le terme de « Samedi rose » est adopté pour la première fois le .
De 1977 à 1980, le Samedi rose se déroule à Amsterdam, puis dans une ville différente chaque année depuis 1981, adoptant un mot d'ordre lié à la société néerlandaise. Certaines villes ont accueilli le Samedi rose à deux ou trois reprises, au fil des ans.
Le Samedi rose du à Amersfoort dégénère en émeutes, alors que les plus de 4 000 participants sont confrontés à des agressions de jeunes conservateurs, jetant des œufs et des pierres sur les manifestants, et encerclant le pub De Flint, où se tenait la soirée de clôture, pendant des heures. Les chauffeurs de taxi n'osaient même plus y prendre de clients. En réaction, le COC entame un débat avec le gouvernement, qui abouti à une politique nationale de protection des homosexuels, et à la nomination d'un ministre chargé de la coordination de cette politique.
En 1984, le Samedi rose a lieu à Nimègue, comme une provocation contre les émeutes homophobes survenues en marge de la « Marche de quatre jours » en 1983 dans la ville. vignette|Un drapeau arc-en-ciel flotte au-dessus de l'église Saint-Bavon à Haarlem, où s'est déroulé le Samedi rose en 1989 et en 2012. Depuis 1989, le Samedi rose débute par un office religieux œcuménique, généralement célébré dans une église protestante ou catholique de la ville hôte. Cette pratique a quelquefois engendré des tensions avec les autorités ecclésiastiques, comme en 1996, lorsque l'évêque de Haarlem, Mgr Bomers, tente, sans succès, d'empêcher la célébration. En 2001, un rassemblement interreligieux a lieu pour la première fois à Rotterdam, réunissant chrétiens, musulmans, juifs et hindous.
En 1994, le Samedi rose fait son retour à Amsterdam et coïncide avec la 3e édition de l'Europride. Le défilé de chars décorés est cependant jugé offensant par une part du public pour son caractère sexuel. L'Europride se soldera, par ailleurs, par un échec financier, entraînant, en 1995, la dissolution de la « Fondation Roze Front », groupement d'associations gays et lesbiennes néerlandaises qui organisait le Samedi rose depuis 1979. La tenue de l'événement est depuis assurée par la Fondation Samedi rose des Pays-Bas.
Afin de préserver la réputation de la vie nocturne gay d'Amsterdam, après l'Europride de 1994, la première marche des fiertés d'Amsterdam a lieu en 1996 et se déroule depuis, chaque année, en parallèle du Samedi Rose. Contrairement à d'autres prides ailleurs dans le monde, celle d'Amsterdam revêt un aspect plus dépolitisé et orienté sur la célébration de la liberté et de la diversité.
Le , après avoir décliné l'invitation à participer au Samedi rose à Berg-op-Zoom, la reine Beatrix apporte son soutien aux causes soutenues par cette manifestation, et est citée par le bourgmestre Han Polman lors du service religieux à l'église Sainte-Gertrude.
En 2008, le Samedi rose se déroule à Tiel, commune de taille moyenne, dépourvue d'une communauté gay active. les associations locales mettent en avant la culture de la région de Betuwe, incluant Flipje, la mascotte de la ville, et un défilé de chars fruitiers traditionnels. Le nombre de visiteurs total est finalement estimé à 45 000.
En raison de la crise du coronavirus, le Samedi rose, initialement prévu le à Leeuwarden,est reporté d'un an et a finalement lieu le .
Historique des Samedis roses aux Pays-Bas