Ayn Karim ( ; )Sharon, 2004, 155 ou Ain Karem est un village palestinien situé au sud-ouest de Jérusalem. Actuellement c’est un quartier de la banlieue de la ville moderne.

Ein Karem est un village hébreu important durant l’Antiquité. Il acquiert aussi de l‘importance pour le christianisme, étant le lieu où la tradition fait naître saint Jean le Baptiste ; étant situé entre Bethléem et Jérusalem, le pèlerinage est facilité.

Sous l’Empire ottoman et pendant le mandat britannique, Ayn Karim est un village arabe. Il fait partie des centaines de villages palestiniens dépeuplés pendant la guerre israélo-arabe de 1948Morris, 2004, xx, village #360.. Après la guerre, il devient le village juif de Ein Kerem.

Étymologie

Le nom Ayn Karim peut se traduire littéralement de l’arabe comme de l’hébreu moderne comme la , le village possédant plusieurs sources et cultivant de la vigne en terrasses.

Une autre traduction possible est la , qui indiquerait la présence de la ville israélite de l’Âge du Fer Carem, mentionnée dans la tribu de Juda dans le livre de Josué.. En arabe, le nom peut aussi se comprendre comme Guérin, 1868, 84–85..

Géographie

Le village d'Ayn Karim est construit à 650 mètres d'altitude et à moins de 8 kilomètres à l'ouest de la vieille ville de Jérusalem« 'Ayn Karim — عَيْن كارِم », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question , consultée le 31 mai 2026.. Les localités voisines étaient Qalunya au nord, Deir Yassin au nord-est, Jérusalem à l'est, al-Maliha et al-Jura au sud, Sataf et Suba à l'ouest.

La superficie totale des terres du village était, en 1945, de (soit 15 kilomètres carrésGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. cité par Hadawi, 1970, 57.. La propriété se répartissait entre (136 hectares) appartenant à des Juifs, 218 dounams (22 hectares) de terres publiques et le reste, soit 91 %, appartenant à des Arabes. Sur la surface totale, (196 hectares) étaient classés comme terres irrigables ou plantations, (120 hectares) utilisés pour les céréalesGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. cité par Hadawi, 1970, 102. et de zones construitesGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. cité par Hadawi, 1970, 152..

Les terres cultivées étaient soit des terrasses à l'est, sur la montagne au-dessus du village, soit dans la vallée, à l'ouest du village. Le wadi Ahmad traversait le village et irriguait les oliveraies au nord. De nombreuses sources arrosaient le terroir.

Histoire

La source qui alimente le village en eau a favorisé l’implantation humaine depuis des époques reculéesG. Ernest Wright, Bulletin of the American Schools of Oriental Research, 71 [Oct. 1938], 28f..

Préhistoire De la poterie de l'Âge du Bronze moyen a été découverte près de la source.

Pendant l’Âge du Fer, les Israélites ont pu établir un village, identifié avec Carta's Official Guide to Israel and Complete Gazetteer to all Sites in the Holy Land. (3rd edition 1993) Jerusalem, Carta, 233, (English).

Période du Second Temple Un mikveh (bain rituel juif) bien préservé indique la présence d‘un établissement juif datant de la période du Second Temple ; d’autres découvertes, comme quelques tombes, des vestiges de murs et un pressoir à olives, datent de la même époqueRe'em, 2016, Jerusalem, 'En Kerem. Un réservoir est mentionné dans le Rouleau de cuivre, un des manuscrits de la mer MorteTsafrir, Di Segni and Green, 1994, 82 (line 46).

Empires romain et byzantin

Lors de fouilles dans l‘, une statue d’Aphrodite (ou Vénus) en marbre a été mise au jour, brisée en deux. Elle date probablement de l’Empire romain et a probablement été renversée sous l‘Empire byzantin. Elle se trouve au musée Rockefeller.. Les fouilles effectuées devant l‘église, ont mis au jour les restes de deux chapelles byzantines, dont une mentionnant les martyrs chrétiens, sans aucune mention de Jean. Des céramiques byzantines ont aussi été trouvéesDauphin, 1998, 906..

Au cours de la période byzantine, Ayn Karim fait partie de la liturgie de Jérusalem, et est identifié au miracle de la Visitation, quand la Vierge Marie enceinte de Jésus rencontre sa cousine Elizabeth, enceinte de Jean le Baptiste. Les sources byzantines affirment qu‘Élisabeth vivait à Ein Karem. Vers 530, le pèlerin chrétien Théodosius situe le village d’Élisabeth à 5 miles de JérusalemTheodosius, 1893, 10, ce qui correspond à Ein Karem.

Période arabo-musulmane

Le troisième calife, Omar, est réputé avoir prié plusieurs fois à Ayn Karim. Le médecin al-Tamimi (mort en 990) mentionne une église d’Ayn Karim vénérée par les chrétiensZohar Amar and Yaron Serri, The Land of Israel and Syria as Described by al-Tamimi – Jerusalem Physician of the 10th Century, Ramat-Gan 2004, 26 (hébreu).

Croisades, Ayyoubides et Mamelouks

Le village est appelé Saint-Jean des Montagnes par les CroisésSharon, 2004, 155.. C‘est de cette époque que date la première église consacrée à Jean le Baptiste (elle a été reconstruite au par les Franciscains et est toujours debout).

Après la conquête de Jérusalem en 1187, Saladin donne le village d’Ayn Karim à Abou Madyane, un maître soufi renommé de Séville. Abou Madyane avait combattu en 1187 à la bataille de Hattin contre les Croisés avant de repartir pour le Maghreb, où il meurt à Tlemcen. Un document, rédigé à Jérusalem en 1320 (720 AH) par l’arrière-petit-fils d‘Abou Madyane, liste les biens du waqf, dont Ein Karem : .

Le waqf Abou Madyane, qui comprend le quartier maghrébin de Jérusalem, bénéficie des revenus agricoles et des propriétés du village d‘Ayn Karim jusqu‘à la guerre de 1948.

Une monnaie de As-Sâlih Zayn ad-Dîn Hajji de 1389 a été découverte a Ayn Karim, ainsi que de la céramique, des objets de verre et d'autres monnaies du sultanat mamelouk d'Égypte Landes-Nagar, 2017, Jerusalem, ʽEn Kerem

Empire ottoman

La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.

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La plus grande partie du village – environ dounams – avait été constituée en dotation d'un waqf qui bénéficiait au quartier maghrébin de Jérusalem, waqf créé par Abou Madyane au

Dans le defter (registre fiscal) de 1596, Ayn Karim relève de la nahié (sous-district) de Jabal Quds et de la liwa d'Al-Quds (Jérusalem). Ce document recense 29 foyers, soit environ 170 habitants (les clercs, juifs, musulmans ou chrétiens, ne sont pas inclus). Les villageois payaient un impôt à taux fixe de 33,3 % sur leurs productions agricoles, dont le blé, l'orge, les récoltes d'été (fruits, légumes, maïs...), les vignes, le sirop de raisin, les chèvres et les ruches, pour un total de 5300 akçe. Tout le produit de la fiscalité touchant Ayn Karim était affecté à un waqfHütteroth, Abdulfattah, 1977, 118.

Au , les franciscains entreprirent de recouvrer les ruines de l'église bâtie par les Croises au-dessus de la grotte où serait né saint Jean le Baptiste, malgré l'opposition des musulmans. Ils la reconstruisent, la fortifient et en font l'église d'un nouveau monastère.

Dernier siècle de l'Empire ottoman

Selon le géographe Yehoshua Ben-Arieh, Ayn Karim est au le plus gros village à l'ouest de Jérusalem.

En 1838, Ain Karim est noté comme village chrétien et musulman du district des Beni HasanRobinson, Smith, 1841, vol. 3, 2nd appendix, 123Robinson, Smith, 1841, vol. 2, 141, 157..

L'ordre des Sœurs de Notre-Dame de Sion construit un couvent en 1860, fondé par deux frères, Théodore Ratisbonne et Alphonse Ratisbonne, deux juifs convertis au catholicisme. à l'ouest du village. Une chapelle est aussi construie au sud, en plus du monastère franciscain à l'est.

En 1863 Victor Guérin estime la population d' A'in Karim à environ un millier d'habitants, dont 250 catholiques et 750 musulmansGuérin, 1868, 83–96.. Selon lui, les ancêtres des musulmans venaient du , c'est-à-dire l'occident arabo-musulman, et principalement d'Espagne. Ils feraient partie des musulmans expulsés par Ferdinand le CatholiqueGuérin, 1868, 84. Outre le plateau occupé par le village, ils cultivent les pentes de la montagne en terrasses : vignes, arbres fruitiers, légumes vendus par les femmes à Jérusalem. Cette communauté musulmane a harcelé les moines pendant les années qui ont suivi leur installation afin d'obtenir argent ou nourriture

Une liste de villages ottomane datée de 1870 recense 178 maisons et 533 hommes à Ain Karim, les femmes n'étant pas recensées par ce document. La population se répartissait en 412 musulmans dans 138 maisons, 66 hommes catholiques dans 18 maisons, et 55 hommes chrétiens orthodoxes dans 12 maisonsSocin, 1879, 143. It was also noted to be in the Beni Hasan districtHartmann, 1883, 122 note 144 maisons.. La mission orthodoxe russe fait construire le monastère orthodoxe en 1871.

En 1883, le rapport du Palestine Exploration Fund decrit Ain Karim comme un village florissant d'environ 600 habitants, dont une centaine de catholiques, construit sur une terrasse naturelle au milieu des collines, avec une large vallée à ses pieds. Au sud se trouve la source dite 'Ain Sitti Miriam, couverte d'un bâtiment voûté servant à la prièreConder, Kitchener, 1883, SWP III, 19–21.. Il mentionne également une école primaire pour garçons tenue par les franciscains et une école pour filles et un orphelinat tenus par les Sœurs de Sion.

En 1896, la population d'Ain Karim est estimée à Schick, 1896, 125..

Période du mandat britannique

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Yibna est conquise en octobre 1917 et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

La construction du couvent Saint-Jean-du-Désert se termine en 1922. La même année, au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, la population d'Ain Karim est de habitants, dont musulmans et 453 chrétiensBarron, 1923, Table VII, Sub-district of Jerusalem, 14 augmentant au recensement de 1931 à habitants dans Mills, 1932, 39.. La population est alors répartie entre cinq hamulas (clans), chacun disposant d'un bâtiment destiné à l'accueil des visiteurs et aux réunions du clan. Le village est doté d‘un conseil local. Outre l‘agriculture, quelques petites industries existaient à Ayn Karim, comme une usine d’embouteillage d’eau.

Pendant les émeutes de 1929, les habitants arabes dAin Karim lancent des raids contre le quartier juif de Bayit VeGan. Pendant la grande révolte arabe (1936-1939), le leader de la résistance Abd al-Kader al-Husseini y installe son QG. En 1936, le poète populaire de la révolution de 1936, , est brièvement assigné à résidence à Ayn Karim. Il en profite pour monter des pièces de théâtre auxquelles assistent les habitants du village. Il est ensuite emprisonné à Acre.

Dans les statistiques de Village de 1945, la population d'Ayn Karim est estimée à , dont et 670 chrétiensGovernment of Palestine, Department of Statistics, 1945, 24. À la veille de sa chute, le village disposait d'une librairie et d'une pharmacie, ainsi que d‘un cinéma en plein air. La radio du café disposait de haut-parleurs sur la place, diffusant ainsi les programmes à la population.

Guerre de 1948

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Ayn Karim relevait de la zone internationale de JérusalemSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..