Jean-Claude Lamberti, né le 28 décembre 1931 à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et mort le à L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), est un philosophe, sociologue et professeur français. Spécialiste de la pensée d'Alexis de Tocqueville, il a d'abord exercé des responsabilités dans l'administration culturelle française avant de se consacrer à l'enseignement et à la recherche en philosophie et sociologie politique. Biographie Origines familiales Jean-Claude Lamberti est issu d'une famille corse et militaire. Il est le fils de Jean Lamberti, militaire, né le 21 juin 1893 à Pila-Canale, et de Marguerite Pujo, née le 24 octobre 1899 à Fos (Haute-Garonne). Formation Élève de Raymond Aron, Jean-Claude Lamberti est agrégé de philosophie. Il poursuit ensuite des études d'économie et soutient une thèse d'État consacrée à la politique économique à moyen terme dans la Communauté économique européenne ; il est docteur ès sciences économiques puis docteur ès lettres et sciences humaines. Administration culturelle Au cours des années 1970, Jean-Claude Lamberti exerce des fonctions au ministère des Affaires culturelles, au sein du cabinet dirigé par Gérard Montassier sous les ministres Jacques Duhamel puis Michel Guy. Montassier le présente comme . À ce titre, il participe à deux missions culturelles françaises à l'étranger documentées par les archives conservées aux Archives nationales. En Iran, du 22 août au 1 septembre 1975, il se rend au neuvième festival des arts de Shiraz-Persépolis, fondé et présidé par l'impératrice Farah Pahlavi. En URSS, du 1 au 7 octobre 1975, il participe à la visite officielle de Michel Guy, organisée dans le cadre des échanges culturels franco-soviétiques et destinée à préparer le volet culturel du sommet d'État que Valéry Giscard d'Estaing doit tenir à Moscou une semaine plus tard, du 14 au 18 octobre 1975. C'est au titre de ce ministère qu'il est fait chevalier de l'ordre national du Mérite par un décret du 16 décembre 1975, publié au Journal officiel du 20 décembre suivant. En 1986, à l'occasion du centenaire de la Statue de la Liberté — pour lequel François Mitterrand est le seul chef d'État étranger invité aux cérémonies de New York, début juillet —, Jean-Claude Lamberti intervient à Washington lors d'un colloque d'historiens réuni au Wilson Center (Woodrow Wilson International Center for Scholars), à la Smithsonian Institution, dans les derniers jours de juin ; il y expose la conception tocquevillienne de la liberté, articulée selon lui autour de trois éléments — le sentiment de l'indépendance individuelle, la responsabilité de participer à la vie politique, et l'idée d'une égalité des droits pour tous —, aux côtés notamment de James T. Schleifer, alors directeur des études américaines au College of New Rochelle. Quelques mois plus tard, il est annoncé comme directeur d'un colloque intitulé « The Concept of Liberty: Its Significance and Evolution 1886-1986 », prévu au Sénat, à Paris, les 22 et 23 octobre 1986. Un an plus tôt, en juin 1985, il avait déjà dirigé et introduit, dans la même enceinte du Sénat, un colloque consacré aux « Beaux-arts et nouvelles formes de culture », réunissant notamment Jacques Thuillier, Pierre Vaisse, Jacques Lesourne, Jean-Loup Tournier et François Bourricaud. Carrière universitaire Jean-Claude Lamberti est professeur de sociologie à l'université Paris-V (René-Descartes) et maître de conférences d'économie à l'Institut d'études politiques de Paris. Il collabore régulièrement à la revue Commentaire, fondée par Raymond Aron, à la revue franco-américaine The Tocqueville Review / La Revue Tocqueville, ainsi qu'à la revue France-Forum, dont il est l'un des collaborateurs réguliers à partir de 1983 (plusieurs de ses textes y paraissent encore à titre posthume en 1990), et rédige plusieurs articles pour lEncyclopædia Universalis. Mort et publications posthumes Jean-Claude Lamberti meurt le 4 janvier 1989 à L'Haÿ-les-Roses. Dans la notice nécrologique qu'il lui consacre dans Commentaire, François Bourricaud salue un chercheur qui, , s'était tout en se montrant . Plusieurs de ses travaux paraissent après sa mort : sa collaboration à l'édition de De la démocratie en Amérique pour le tome II des Œuvres de Tocqueville dans la Bibliothèque de la Pléiade (1992), ainsi que deux textes traduits pour France-Forum, l'un sur les « deux démocraties » selon Tocqueville, issu d'une communication de 1985, l'autre, « Montesquieu en Amérique », traduction d'une conférence prononcée à l'American Political Science Association en septembre 1987. Travaux Les deux démocraties L'ouvrage principal de Jean-Claude Lamberti, Tocqueville et les deux démocraties (PUF, 1983, préface de François Bourricaud), est issu de la première moitié d'une thèse soutenue en Sorbonne en janvier 1982 ; il s'agit de la première thèse d'État française consacrée à Tocqueville et du premier ouvrage en langue française à exploiter les manuscrits inédits conservés à Yale. À la mort de Lamberti, Pierre Manent salue en cet ouvrage . Reprenant une distinction d'Aron, Lamberti y regroupe les emplois du mot « démocratie » chez Tocqueville en deux catégories : la démocratie comme « état social », caractérisé par l'égalisation des conditions, et la démocratie comme « régime politique ». Cette lecture a été reprise par des commentateurs ultérieurs de Tocqueville. Le second sens de l'expression oppose deux modèles : la démocratie libérale, illustrée par les États-Unis, et la démocratie révolutionnaire, issue de la Révolution française. Lamberti soutient que De la démocratie en Amérique propose la première théorie philosophique de la démocratie moderne — représentative, pluraliste et fédérale —, distincte de la tradition issue de Rousseau et de la Première République. Il présente lui-même ce travail, en 1985, dans une communication traduite et publiée à titre posthume, qui oppose les « deux manières de concevoir la République » selon Tocqueville — la démocratie américaine, fondée sur la règle tranquille de la majorité bornée par la justice, et une conception révolutionnaire de la République identifiée à la volonté de ceux qui prétendent parler au nom du peuple. Individualisme et despotisme démocratique Dans La Notion d'individualisme chez Tocqueville (1970), Lamberti étudie la notion d'individualisme chez Tocqueville ; l'ouvrage fait l'objet d'un compte rendu d'Edmond Orban dans la Revue canadienne de science politique. Il revient sur ce thème dans un article de 1988, « La liberté et les illusions individualistes selon Tocqueville », repris en 2005 dans l'anthologie Tocqueville et l'esprit de la démocratie, dirigée par Laurence Guellec. Tocqueville et la liberté de la presse En 1989, Lamberti publie, dans France-Forum, un article consacré à la liberté de la presse chez Tocqueville. Le modèle américain, Montesquieu et Laboulaye Lamberti consacre plusieurs études à la réception française et américaine des institutions : « Le modèle américain en France de 1789 à nos jours », allocution prononcée en juin 1987 pour le bicentenaire de la Constitution des États-Unis ; « Adams et Madison, lecteurs de Montesquieu », sur la réception de l'''Esprit des lois par John Adams et James Madison ; « Montesquieu en Amérique », conférence prononcée en anglais devant l'American Political Science Association le 5 septembre 1987, publiée à titre posthume ; et « Laboulaye et le droit commun des peuples libres », consacré à Édouard de Laboulaye. Sociologie politique, philosophie et politiques culturelles Lamberti publie également, dans France-Forum entre 1983 et 1990, plusieurs études et comptes rendus consacrés à la sociologie politique et à la philosophie contemporaines, portant notamment sur le Club de Rome, sur les mutations des valeurs de la société française face à la crise économique, sur l'ouvrage de Michel Crozier, État modeste, État moderne, sur les biographies de Washington et Lincoln par Jean Lessay et Gore Vidal, sur celui d'Étienne Borne, Les Nouveaux Inquisiteurs, sur celui de Pierre Manent, Tocqueville et la nature de la démocratie, et sur celui de René Coste, L'Église et les droits de l'homme. Il engage par ailleurs, dans les colonnes de la revue, un échange de vues avec Maurice Schumann sur l'attitude de Tocqueville lors des journées de juin 1848. Éditions et diffusion Avec Françoise Mélonio, Jean-Claude Lamberti procure en 1986 une édition des principaux textes de Tocqueville (De la démocratie en Amérique, Souvenirs, L'Ancien Régime et la Révolution) dans la collection « Bouquins » chez Robert Laffont, assortie d'introductions et de notes ; un compte rendu les qualifie de . Il rédige par ailleurs la préface et les notes de l'édition de De la démocratie en Amérique établie par André Jardin, avec la collaboration de James T. Schleifer, pour le tome II des Œuvres de Tocqueville dans la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard), publié en 1992, après sa mort. Il est par ailleurs l'auteur, pour lEncyclopædia Universalis, de l'article « Polyarchie » et de trois notices biographiques consacrées à des pionniers de la sociologie politique : Moïsseï Ostrogorski, Robert Michels et Werner Sombart.Tocqueville et les deux démocraties est traduit en anglais par Arthur Goldhammer sous le titre Tocqueville and the Two Democracies et publié par les presses universitaires de Harvard en 1989.

Distinctions Chevalier de l'ordre national du Mérite, au titre du ministère de la Culture, par décret du 16 décembre 1975, publié au Journal officiel du 20 décembre 1975. Prix Biguet de l'Académie française, 1984, pour Tocqueville et les deux démocraties. Publications Ouvrages La Notion d'individualisme chez Tocqueville, Paris, Presses universitaires de France, 1970. Tocqueville et les deux démocraties, préface de François Bourricaud, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Sociologies », 1983 . Traduction anglaise : Tocqueville and the Two Democracies, trad. Arthur Goldhammer, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1989 . Éditions Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Souvenirs, L'Ancien Régime et la Révolution, introductions et notes de Jean-Claude Lamberti et Françoise Mélonio, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1986. Alexis de Tocqueville, Œuvres, tome II : De la démocratie en Amérique, édition établie par André Jardin, préface et notes de Jean-Claude Lamberti, avec la collaboration de James T. Schleifer, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1992. Articles (revue Commentaire) Liste établie d'après la notice d'auteur de la revue Commentaire, la base Cairn et la bibliographie dressée par François Bourricaud dans sa notice nécrologique : « Tocqueville et les deux démocraties », Commentaire, 19, automne 1982. « Adams et Madison, lecteurs de Montesquieu ». « Le modèle américain en France de 1789 à nos jours ». « Libéraux et libéralismes ». « Tocqueville et la constitution de 1848 », Commentaire, 25, 1984, p. 141-151. « Laboulaye et le droit commun des peuples libres », Commentaire, 36, 1987, p. 747-757. « Tocqueville, homme politique ? ». Articles (Encyclopædia Universalis) « Polyarchie ». « Moïseï Ostrogorski ». « Robert Michels ». « Werner Sombart ». « Les clubs politiques », collection Universalia 1983. « Quatre années de politique culturelle », collection Universalia 1986. Articles et comptes rendus (revue France-Forum) « De Benjamin Constant à Alexis de Tocqueville », France-Forum, n° 203-204, 1983. « De nouvelles attitudes face à la crise ? », France-Forum, n° 205-206, 1983. « Pour la philosophie, contre les nouveaux inquisiteurs » (compte rendu de l'ouvrage d'Étienne Borne), France-Forum, n° 207-208, 1983. « Tocqueville et la nature de la démocratie de Pierre Manent » (compte rendu), dans « Notes de lecture », France-Forum, n° 207-208, 1983. « Échange de vues sur Tocqueville » (avec Maurice Schumann), France-Forum, n° 207-208, 1983.