Abu Nawas est un collectif militant pour les droits LGBT en Algérie. Créé en 2005, il est reconnu pour l'organisation du TenTen, la « Gay Pride algérienne ».

Contexte

En Algérie, la condamnation des pratiques et personnes LGBT est « à la fois morale, sociale, religieuse et juridique ». Le code pénal (article 333 et 338) qualifie l'homosexualité de crime symbolique « contre les bonnes mœurs » punissable par la prison et une amende. La loi 82-04 du 13 février 1982 détermine que l'homosexualité est « contre nature » et en fait un délit. Ces lois sont héritées de la colonisation française. Dans ce contexte, « militer dans la rue serait s’exposer à une répression certaine ». Les Algériens LGBT sont contraints de se cacher, bien qu'il existe des lieux de sociabilité homosexuelle non officiels, et une pratique homosexuelle connue dans certains milieux (comme le service militaire).

Pour certains militants, la religion musulmane et les figures d'autorité en son sein doublent cette oppression pénale. Pour d'autres, une lecture approfondie des textes associée à une bonne connaissance de l'histoire arabo-musulmane permettent de conjuguer islam et homosexualité.

Plusieurs militants d'Abu Nawas sont victimes de menaces ou violences de la part de civils, d'employeurs ou de l'État. Certains sont contraints de quitter le pays périodiquement ou définitivement. Pourtant, les militants ont peu de contact avec les associations européennes ou occidentales, ce qu'ils déplorent.

L'émergence des espaces de sociabilité sur internet (forums et blogs, puis réseaux sociaux), au début des années 2000, a permis le développement d'une activité militante LGBT malgré la criminalisation de l'homosexualité.

Histoire En 2005, un collectif étudiant homosexuel naît à l'Université de Constantine, notamment grâce à l'impulsion de Randa. Il lance un blog intitulé Homo-Self-Help (HSH) puis un forum l'année suivante (Gay & Lesbian Association of Algeria). Pour devenir plus « professionnel », le collectif étudiant s'organise sous le nom Abu Nawas, avec un site officiel. Ce nom est emprunté au poète arabe et homosexuel Aboû Nouwâs, dont l'œuvre est fortement marquée par le thème de l'homosexualité masculine. Pour Mehdi, un co-fondateur du collectif, ce choix est politique : « Les homophobes dénoncent souvent l'homosexualité comme une perversion importée de l'Occident. Nous voulons montrer que nous sommes à la fois Algériens et gay ».

L'événement TenTen est organisé pour la première fois en 2007.

La même année, Abu Nawas, représenté par un de ses fondateurs, Yahia Zaidi, participe à la conférence panafricaine de l’International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association (ILGA) à Johannesburg. Le collectif devient ensuite membre de l'ILGA.

Le 29 Novembre 2007, Abu Nawas encourage les citoyens algériens à aller voter mais d'insérer dans l'urne un bulletin rendu nul en y inscrivant « Je vote pour les citoyens gay, je vote pour l'Algérie pour tous ».

En 2011, Yahia Zaidi, toujours au nom d'Abu Nawas, produit des documents qu'il fournit à l'Organisation des Nations Unies pour faire état du sida chez les Algériens LGBT.

En 2013, Yahia Zaidi devient co-président de Pan Africa ILGA, le chapitre africain de l'association internationale et est contraint de fuir en Belgique où il continue de défendre les homosexuels africains.

En 2015, le collectif Abu Nawas déclare 1.500 adhérents sur Facebook, mais le compte est inactif depuis cette date.

Revendications Abu Nawas se définit comme un « groupe de militants Algériens pour la cause LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuel(le)s et Transgenres) » qui agit dans la clandestinité. En raison du contexte algérien, Abu Nawas est considéré comme une organisation faisant l'apologie d'un crime. Zoheir, co-fondateur d'Abu Nawas, déclare : « Nous sommes un noyau d’une vingtaine de militants, tous passibles de 10 ans de prison ».

Une commission « Islam et homosexualité » est organisée au sein d'Abu Nawas pour promouvoir les interprétations du Coran qui ne punissent pas l'homosexualité. Cette initiative est inspirée par Ludovic-Mohamed Zahed, un imam français d'origine algérienne militant pour les droits LGBT.

En plus de la mobilisation politique autour du TenTen, Abu Nawas encourage les Algériens LGBT à voter. Des lettres ouvertes sont écrites pour appeler à la décriminalisation de l'homosexualité.

Le collectif se concentre aussi sur des missions de sensibilisation et d'accompagnement (outreach) sur les questions sexuelles, notamment le sida. L'absence de prise en charge médicale des personnes LGBT est critiquée et des rapports sont envoyés à l'ONU.

Abu Nawas signale la récurrence de viols correctifs envers les femmes lesbiennes, ainsi que les mariages forcés. TenTen Le TenTen est organisé à l'initiative de l'association Abu Nawas et d'autres militants LGBT algériens à partir de 2007. Son nom représente sa date de célébration annuelle, le 10 octobre (10/10). Cette date est choisie car c'est l'anniversaire du sultan ottoman Sélim Ier, figure homosexuelle de l'histoire arabo-musulmane. Le TenTen est organisé pour promouvoir la journée nationale des LGBT Algériens.

L'organisation du TenTen est partagée avec l'association algérienne Alouen.

L'événement se déroule sur internet, et consiste à allumer une bougie à 20h, la prendre en photo et la poster sur les réseaux sociaux. Les Algériens LGBT (incluant la diaspora) et leurs alliés sont invités à participer sous pseudonyme, pour éviter les représailles. Chaque année, un thème différent est choisi : en 2010, l'espoir; en 2013, le partage.

L'objectif du TenTen est de « donner de la visibilité » aux Algériens LGBT sans les mettre en danger, et en leur montrant qu'ils ne sont pas seuls. Dans le communiqué de presse de 2014 à destination des Algériens LGBT et leurs alliés, Abu Nawas appelle à allumer une bougie « en hommage et commémoration, pour exprimer leur solidarité et leur soutien au combat que livre cette frange de la société stigmatisée en Algérie au nom des valeurs morales et religieuses ». Le courage et la solidarité des Algériens LGBT sont salués dans cet appel.

Selon un membre d'Alouen, le TenTen est « un acte symbolique pour dire que nous, les homosexuels, sommes unis ».

Bibliographie

Liens externes

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Notes et références

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