Les Native Baptists (ou baptistes indigènes) désignent un ensemble de congrégations chrétiennes afro-jamaïcaines qui se développèrent en Jamaïque au cours du , indépendamment de toute tutelle missionnaire européenne. Mouvement à la fois religieux et politique, il constitue l'un des principaux vecteurs de résistance afro-jamaïcaine à l'ordre colonial.

Origines

Le mouvement trouve son point de départ dans l'activité de George Liele (v. 1752–1829), esclave affranchi originaire de Géorgie, qui s'installe en Jamaïque en 1782–1783 et y fonde l'Ethiopian Baptist Church à Kingston. Bien que Liele lui-même adopte une position accommodante vis-à-vis de l'ordre colonial, certains de ses disciples, notamment George Lewis, George Gibb et Moses Baker, développent une pratique plus résolument africaine, intégrant des éléments du myalisme. C'est de cette divergence que naissent les congrégations désignées comme « Native Baptists », qui interprètent le christianisme depuis un cadre de référence africain inspiré du myalisme, tout en maintenant une affiliation formelle au baptisme. À l'arrivée des missionnaires de la Baptist Missionary Society anglaise à partir de 1814, ces congrégations noires déjà constituées commencent à être désignées sous le terme de « Native Baptists », pour les distinguer des Églises sous direction britannique. La dénomination entre en usage au plus tôt en 1832.

Caractéristiques

Contrairement aux Églises baptistes anglaises, les communautés native baptistes ne possèdent pas de hiérarchie organisée et n'exigent aucune formation ni ordination particulière de leurs ministres. Le leader system, hérité de la pratique wesleyenne de division des fidèles en classes d'instruction, fut profondément transformé. Les class-leaders devinrent des guides spirituels dont l'autorité sur leurs membres relevait davantage de la logique des groupes myal que de l'encadrement missionnaire. Sur le plan doctrinal, les Native Baptists accordaient la primauté à l'Esprit sur l'Écriture. La possession spirituelle, transmise en rêve et rapportée au leader, devait précéder le baptême.

L'expression « Native Baptist » en vient ainsi à désigner les formes les plus christianisées du myalisme, religion afro-jamaïcaine de guérison et de résistance à la sorcellerie. Une large partie des fidèles pratique une « double appartenance » : affiliation formelle au baptisme et participation informelle au myalisme.

On distingue conventionnellement deux groupes : la Jamaica Native Baptist Missionary Society, constituée entre 1839 et 1840, et la Native Baptist Communion, formée à la suite du grand réveil de 1860–1861, concentrée dans l'est de l'île et dont les figures les plus connues sont George William Gordon et Paul Bogle.

La rébellion de Morant Bay et dissolution

En octobre 1865, Paul Bogle conduit l'insurrection connue sous le nom de rébellion de Morant Bay. La répression coloniale est brutale. Bogle et Gordon sont pendus, de nombreux dirigeants exécutés, plusieurs Églises détruites. Dans les années qui suivent, les congrégations survivantes sont en grande partie absorbées par la Jamaica Baptist Union.

La réaction de la Jamaica Baptist Union, jugée trop proche du pouvoir colonial, provoqua une scission. Une Native Baptist Church distincte se constitua à Kingston et dans la paroisse de Saint-Thomas, revendiquant une ligne plus radicale et plus indépendante.

Postérité

L'héritage native baptist se prolonge dans plusieurs directions. La Jamaica Native Baptist Free Church, fondée en 1889 à August Town par Alexander Bedward, en constitue une résurgence populaire. Le bedwardism prépara le terrain au rastafarisme naissant. Barry Chevannes a ainsi souligné la continuité entre myalisme, native baptisme, Revival et rastafarisme.

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi Articles connexes Paul Bogle George William Gordon

Catégorie:Église baptiste indépendante Catégorie:Histoire de la Jamaïque Catégorie:Religion en Jamaïque Catégorie:Culture afro-américaine