vignette|L'abbatiale, façade nord-ouest. Labbaye Saint-Vigor de Cerisy-la-Forêt plus communément appelée abbaye de Cerisy est un édifice catholique qui se dresse sur le territoire de la commune française de Cerisy-la-Forêt, dans le département de la Manche, en région Normandie.

L'abbaye, l'une des plus anciennes et des plus importantes de Normandie était régie par la règle bénédictine. Elle portait le titre d'« abbaye royale » (sous la protection du roi de France).

L'abbaye est relevée en 1030 par le duc de Normandie Robert le Magnifique. Elle bénéficie de dons considérables et de faveurs. L'abbaye devient un centre économique et intellectuel important, accueillant à plusieurs reprises quelques rois de France et comptant plusieurs intellectuels parmi ses membres. Elle possède par ailleurs un très grand nombre de dépendances, sous la forme de granges monastiques qui contribuent à lui assurer des revenus colossaux.

Après une période de déclin à la fin du Moyen Âge, l'abbaye connaît une période de renaissance artistique avec l'arrivée des réformateurs mauristes en 1715. Au , de nouveaux bâtiments agricoles sont construits. Les moines la quittent à la Révolution française et l'abbatiale devient l'église paroissiale unique du village de Cerisy-la-Forêt en 1790. À la suite de sa vente comme bien national pendant la Révolution, la plupart des bâtiments monastiques sont vendus à un artificier qui les démolit, puis vend les pierres pour la construction de routes et de maisons ; les terres également sont vendues. Par la suite, ce qui reste des bâtiments conventuels (dont la chapelle Saint-Gerbold) va être vendu à la ferme de l'abbaye, ce qui permettra leur sauvegarde.

L'ancienne abbaye est classée aux monuments historiques. Localisation L'abbaye Saint-Vigor est située dans la région historique du Bessin, sur le territoire de la commune de Cerisy-la-Forêt, à environ à l'ouest de Caen, à au nord-est de Saint-Lô et à à l'ouest de Bayeux, dans le département français de la Manche. Son domaine était situé dans le territoire de l'ancien diocèse de Bayeux et depuis ses origines dans l'ancien domaine ducal, puis dans le domaine royal.

L'abbaye est située en lisière de la forêt de Cerisy, gérée par l'Office national des forêts ; elle est plus particulièrement située dans la vallée de l'Esque, affluent de l'Aure, dans le bassin versant de la Vire, au milieu d'étangs aménagés par les moines afin de drainer les anciens marécages de la vallée.

Historique Fondation Les plus anciennes traces de l'histoire de l'abbaye de Cerisy-la-Forêt remontent au , alors que la Gaule continue à se christianiser. Saint Vigor, un des premiers évangélisateurs du Bessin, reçoit du riche seigneur Volusien la terre de Cerisy (Cerisiacum) avec vingt-cinq villages à l'entour, pour le remercier d'avoir débarrassé la région d'un « serpent horrible qui mettait à mort les hommes et les animaux » (probablement une image pour signifier les idoles gauloises). Vers 510, il construit, vraisemblablement à la place d'une table druidique, un monastère ou ermitage dédié aux saints Pierre et Paul. Parallèlement, d'autres monastères rattachés aux évêchés de Bayeux : (Reviers, Mont-Chrismat, Deux-Jumeaux, Évrecy, Livry) et de Coutances (Le Ham, Saint-Fromond, Saint-Marcouf) voient le jour, témoignant de la rapide conversion des païens à la religion chrétienne..

Au , la Neustrie est soumise aux raids Vikings, ceux-ci commencent à s'installer de manière permanente dans le nord du Cotentin. En 891, ils pillent Bayeux, défendue par le comte . Les incursions en terre de Cerisy datent probablement de la même année, avec destruction complète du monastère érigé par Vigor. En deux siècles, les Vikings se convertissent et deviennent le fer de lance d'une chrétienté agressive et expansionniste. Rollon, leur chef, obtient du roi les pays de Basse-Seine par le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911, et le Bessin en 924.

vignette|redresse=1.2|Vigor de Bayeux, dont l'abbaye de Cerisy conservait des reliques. Fresque du , église Saint-Vigor de Neau.

Le , avant son départ pour Jérusalem, le duc de Normandie Robert le Magnifique, en présence d'Hugues d'Ivry, évêque de Bayeux, dans son palais de Rouen, édicte la charte de fondation d'un nouveau monastère, l'abbaye d'hommes de Cerisy, dédié à Vigor.. . Robert, afin d'assurer la subsistance de la nouvelle communauté, assortit à l'acte de fondation d'importantes concessions : des dîmes à percevoir sur différents domaines, un bois avec « toutes ses venaisons » (l'ensemble du gibier), le droît de pasnage (pâture) pour les porcs des religieux dans la forêt ducale voisine, plusieurs terres arables, des prairies, une vigne située à RouenStéphane William Gondoin, « Abbaye Saint-Vigor-de-Cerisy-la-Forêt », Patrimoine normand, , octobre-novembre-décembre 2018, ., et y fait déposer en 1034 des reliques léguées par le patriarche de JérusalemAndré Rhein, « L'église abbatiale de Cerisy », in Congrès archéologique de France, L session tenue à Caen en 1908, Tome II, 1969. Selon Wace, le duc sur son lit de mort, survenue le aurait confié à son chambellan Turtain Goz (995-1041), qui l’avait accompagné en Terre sainte., les reliques qu'il avait achetées à Jérusalem, afin qu’elles soient déposées dans l'abbaye qu'il avait « fondée en Normandie, entre Cotentin et Bayeux, de Saint-Lô on compte trois lieues ».

Entre 1040 et 1070, les moines bénédictins défrichent autour du site la forêt de Cerisy qui fournit le bois et la charpente nécessaires à la construction voulue par le fils de Robert, Guillaume de Normandie, d'une grande abbatiale à l'image de l'église Saint-Étienne de Caen, bâtie sur un plan bénédictin traditionnel de la Normandie ducale, dans une architecture romane en pierre de Caen. Le , Guillaume, poursuivant l’œuvre paternelle, octroi par charte, quantité de biens au monastère, notamment des redevances à prélever sur les vicomtés de Coutances ou de Gavray, des taxes sur des moulins situés dans le Cotentin. Guillaume donne les dîmes des moulins, des bois et de l'ensemble des revenus de ses forêts dont celle du Rabey ( forêt de Brix).. C'est ainsi que l'abbaye reçoit dans la seconde moitié du , sur le rivage de Saint-Marcouf, deux navires à « craspois » (cétacés fournissant du lard (baleines, marsouins, cachalots) : .. En 1048, Guillaume fait don au monastère d'une relique de saint Vigor, un os du bras droit..

Les travaux auraient débuté selon Philippe Gavet par l'édification de l'abside à trois niveaux d'arcatures entre 1068 et 1072, formant le chevet.. Devenu roi d'Angleterre, Guillaume exportera cette architecture romane normande, que certains qualifient d'anglo-normande. Des convois de pierre de Caen y seront acheminés. En 1048, Guillaume fait don à l'abbaye d'un os du bras droit de saint Vigor. Mais ce n'était probablement pas l'abbaye telle que nous la connaissons. On suppose que les travaux d'édification des sept travées de la nef furent entrepris durant les deux dernières décennies du ; quant à l'abside, le tracé de ses fondations daterait de 1089. Guillaume fera de nombreux autres dons à l'abbaye, et la reliera à la juridiction de Rome. La construction de l'église romane telle qu'elle subsiste aujourd'hui ne fut donc pas entreprise au temps de Robert le Magnifique, mais en celui de Guillaume, et terminée après sa mort. Elle est donc en partie contemporaine de l'abbaye aux Hommes fondée par ce dernier à Caen.

À partir du Au , Cerisy étend ses pouvoirs sur les anciennes abbayes mérovingiennes de Deux-Jumeaux et Saint-Fromond et fonde des prieurés à Saint-Marcouf, Barnavast et Vauville. À cette époque, une dévotion commune à la cause de l'Église romaine soude les Normands d'Angleterre, de France, d'Italie méridionale et de Grèce. Partout, leur efficacité militaire s'affirme, ainsi que leur talent pour la construction. L'architecture religieuse connaît alors sa période la plus brillante. En 1178, le pape confirme par une bulle particulière, les privilèges de l'abbaye de Cerisy qui atteint l'apogée de sa gloire au cours de la fin du .

vignette|redresse=1.2|La bataille de Formigny, 1450.

En 1204, avec l'ensemble de la Normandie, l'abbaye passe dans le domaine royal. Saint Louis lui aurait consenti un don. Celui-ci aurait permis de faire exécuter des améliorations sur les bâtiments conventuels et l'abbatiale, avec notamment la construction du porche occidental. C'est de cette époque que date la chapelle Saint-Gerbold, dite « chapelle de l'Abbé ».

Cerisy est un bourg important à cette époque. L'abbaye comportera jusqu'à quarante-huit paroisses et huit prieurés dont deux en Angleterre (Sherborne et Peterborough). Tout en dépendant du Saint-Siège, Cerisy entretient d'étroites relations avec les monastères du Mont-Saint-Michel, de Saint-Ouen, de Jumièges, du Bec-Hellouin, de Fécamp et bien entendu de CaenRobert le Magnifique et Cerisy..

En 1337, les rivalités dynastiques entre les Valois et les rois d’Angleterre vont précipiter le pays dans la guerre de Cent Ans qui va plonger le pays dans la misère, encore aggravée par des épidémies de peste. L’abbaye est fortifiée (il ne reste aucun vestige des fortifications) et une garnison s’y installe. En 1418, Richard de Silly, chevalier et capitaine de l’abbaye, se voit contraint de céder l’abbaye au roi d'Angleterre. En 1436, lors de la chevauchée d' sur le sol français, le roi d'Angleterre aurait fait halte à l'abbaye.. En outre les religieux de Cerisy-la-Forêt disposaient d'un refuge assuré en temps de guerre, à l'intérieur du Chastel (l'Enclos) de Saint-Lô, dans une « maison » dite maison Sainte-Catherine..

Après la victoire du connétable de Richemont sur les Anglais à Formigny en 1450, la Normandie revient définitivement au royaume de France.

À la suite du concordat de Bologne de 1516, l'abbaye est mise en commende. Comme toutes les abbayes du royaume, cela signifie que l'abbé n'est plus nommé par la communauté des moines, qu'il peut être un laïc, et obtient les bénéfices des revenus de l'abbaye tandis que le pouvoir spirituel est confié à un prieur. Son administration est parfois confiée à une personne nommée à l'extérieur de la communauté. C'est la fin de son indépendance. Au , le cardinal Mazarin sera nommé abbé de l'abbaye où il ne se rendra jamais. L'abbaye décline jusqu'à la mort de l'ultime abbé commendataire, Paul d'Albert de Luynes, archevêque de Sens, en 1788..

Le , veille de la Pentecôte, l'abbaye est envahie à deux heures du matin par une troupe de , envoyés de Saint-Lô. Armés , ils pénétrèrent dans l'église où ils brisèrent les statues et emportèrent , puis mirent le feu dans la trésorerie et dans la nef, et brûlèrent tous les livres liturgiques ainsi que ceux de la bibliothèque avec les ...

Époque contemporaine vignette|redresse=0.7|L'ancien mur de l'abbaye (partie détruite). vignette|redresse=1.2|L’église abbatiale vue du sud-est. Emplacement du réfectoire et du cloître. Médéric Mieusement, 1877. L'abbaye, qui demeure la plus riche du Cotentin, tombe alors en régale avant que les six derniers moines et leur prieur la quittent, chassés comme ailleurs par la RévolutionM. de Gerville, Recherches sur les Abbayes du département de la Manche, Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, Derache, 1825. L'église et les bâtiments conventuels deviennent biens nationaux. Quatre ans plus tard, la plupart des bâtiments monastiques sont vendus à un artificier qui les démolit puis vend les pierres pour la construction de routes et de maisons. Les terres sont également vendues. Par la suite, ce qui reste des bâtiments conventuels (dont la chapelle Saint-Gerbold) va être vendu à la ferme de l'abbaye, ce qui permettra leur sauvegarde.