Ahmed ben Omar al-Hazimi (en arabe : أحمد بن عمر الحازمي), de son nom complet Ahmed ibn Omar ibn Moussa'id al-Hazimi, est un savant, théologien, juriste et grammairien saoudien originaire de La Mecque. Enseignant de facture classique formé au sein du cursus salafiste traditionnel, il s'est fait connaître à l'échelle internationale pour ses cours exhaustifs et systématiques portant sur les sciences de la langue arabe, les fondements du droit () et la théologie dogmatique ().

Son nom est également associé, de manière indirecte et indépendamment de sa volonté, à un courant doctrinal ultra-radical apparu dans les zones de conflit syro-irakiennes au milieu des années 2010, notamment au sein de l'État Islamique, qualifié par les chercheurs d'« al-Hazimiyya » (ou courant hazimiste)Tore Hamming, « Al-Hazimiyya: The Ideological Conflict Destroying the Islamic State from Within », ICCT Research Paper, International Centre for Counter-Terrorism, 2021, (lire en ligne [archive]).. Il est incarcéré en Arabie saoudite depuis avril 2015 sans avoir jamais revendiqué ce mouvement militant.

Biographie et formation académique Né à La Mecque au cours de la seconde moitié des années 1960, Ahmed al-Hazimi grandit dans un environnement marqué par la centralité des institutions religieuses du Hedjaz. Il s'engage très tôt dans des études islamiques formelles et intègre l'Université Umm Al-Qura de La Mecque, un pôle majeur de l'enseignement supérieur saoudien, où il obtient une licence (Bakālōriyūs) au sein de la faculté de la charia, se spécialisant dans l'exégèse du Coran et les sciences de la Sounna.

En marge de son cursus universitaire moderne, il suit le système d'enseignement traditionnel des cercles de mosquée (halaqāt) auprès de plusieurs grands savants résidant dans la ville sainte. Son maître le plus influent est le cheikh d'origine éthiopienne et grand spécialiste du Hadith, Muhammad 'Ali Ādam al-Ithyūpī. Sous sa direction au Dār al-Ḥadīth de La Mecque, al-Hazimi étudie en profondeur les recueils de traditions prophétiques ainsi que les subtilités de la philologie arabe. Il s'impose rapidement au début des années 2000 comme un pédagogue rigoureux, réputé pour sa capacité à vulgariser et expliquer les manuels médiévaux les plus denses. Il enregistre des centaines d'heures de cours magistraux, largement diffusés sous forme de cassettes audio puis de fichiers MP3 sur des plateformes islamiques en ligne. Ses enseignements couvrent des textes classiques de grammaire (tels que l'Al-Ajurrumiyya ou l'Alfiyya d'Ibn Malik), de logique (mantiq), de rhétorique (balāghah) et de jurisprudence (fiqh) selon l'école hanbalite. Parallèlement, il exerce les fonctions de professeur indépendant et d'imam à la grande mosquée Badr, située dans le quartier d'Al-Zahir à La Mecque.

Profil doctrinal et positions théologiques Bien que la majeure partie de son œuvre publique soit consacrée aux sciences instrumentales de la langue arabe (), nécessaires à l'interprétation des textes sacrés, Ahmed al-Hazimi a dispensé des cycles de conférences approfondis en théologie dogmatique (). Son positionnement théorique s'inscrit strictement dans le cadre de l'école des traditionalistes () et du salafisme.

C'est à travers ses commentaires des traités de Mohammed ben Abdelwahhab, notamment le Kitâb at-Tawhîd (Livre de l'Unicité), qu'il développe une lecture particulièrement rigoureuse des conditions de l'excommunication (Takfir)Hakim El Karoui, « Rapport : Fabrique de l'Islamisme », Institut Montaigne, 2018, (lire en ligne [archive]).. Al-Hazimi se fait le défenseur d'une position intransigeante sur la question de « l'excusabilité par l'ignorance » () dans les fondements de la foi (asl al-dīn). Il soutient qu'un individu qui commet un acte qualifié de grand polythéisme (shirk akbar) comme l'invocation des morts ou le recours à des lois autres que la charia perd immédiatement sa qualité de musulman, sans qu'il soit nécessaire de vérifier s'il agissait par ignorance, par mauvaise interprétation ou sous l'influence de la tradition.

De cette prémisse, al-Hazimi valide le principe hautement polémique du takfīr al-ʿādhīr (l'excommunication de celui qui excuse par l'ignorance)OFPRA, « La Hazimiyya : émergence et répression d'une faction ultra-radicale », Note d'actualité de la DIDR, Office français de protection des réfugiés et apatrides, 2019, .. Selon cette logique, quiconque refuse d'excommunier une personne ayant commis un acte de shirk devient lui-même mécréant, car il aurait manqué à l'obligation de désavouer le polythéisme. Les analystes et chercheurs en islamologie soulignent cependant que le travail d'al-Hazimi est demeuré purement académique et scripturaire. Contrairement aux figures du djihadisme contemporain, il n'a jamais théorisé le passage à l'action armée, n'a jamais émis d'appels à l'insurrection et s'est constamment abstenu de s'impliquer dans le militantisme politique ou l'opposition directe à la monarchie saoudienne.

L'influence de ses thèses et la dissidence de la "Hazimiyya" Au début des années 2010, l'avènement des réseaux sociaux et la guerre civile syrienne favorisent la diffusion de ses cours au-delà des cercles traditionnels saoudiens. Ses enregistrements audio sur le takfīr al-ʿādhīr trouvent un écho favorable auprès de contingents de volontaires étrangers, en particulier des militants tunisiens, saoudiens, libyens et d'Asie centrale, venus combattre en SyrieMadjid Zerrouky, « Le "takfirisme", le chaînon doctrinal qui divise l'État islamique », Le Monde, 4 octobre 2017 (lire en ligne [archive])..

Ces combattants s'approprient les thèses d'al-Hazimi et les appliquent au contexte de guerre, donnant naissance à une faction ultra-radicale au sein de l'organisation État islamique (Daech), baptisée par les spécialistes la Hazimiyya ()Mathieu Guidère, « Les guerres intestines de l'État islamique : l'impact de la faction Hazimiyya », Notes de l'IFRI, Institut français des relations internationales, 2018, .. Poussant l'excommunication en chaîne à son paroxysme, les adeptes de la Hazimiyya commencent à déclarer mécréante la population civile vivant sous le contrôle de l'État islamique sous prétexte qu'elle ne s'opposait pas activement aux structures étatiques impies. Rapidement, ils en viennent à excommunier les dirigeants de l'organisation djihadiste eux-mêmes, y compris Abou Bakr al-Baghdadi, et Osama Ben Laden au motif que ces derniers refusaient d'appliquer un takfir global aux populations musulmanes syriennes et irakiennes.

Cette dissidence idéologique est perçue comme une menace existentielle par l'appareil de sécurité de l'État islamique, car elle sapait l'autorité de son califat autoproclamé. Entre 2014 et 2020, l'organisation terroriste lance une campagne de répression et d'exécutions de masse contre les membres réels ou suspectés de la Hazimiyya, qualifiés en interne de ghulāt (extrémistes). Des centaines de militants, y compris des cadres religieux de premier plan comme le Tunisien Abou Jaafar al-Hattab, sont arrêtés et exécutés par Daech pour s'être réclamés des doctrines hazimistes. Les experts internationaux s'accordent à dire qu'Ahmed al-Hazimi n'a jamais joué le rôle de chef de file pour cette faction, n'a jamais cautionné l'usage qui a été fait de ses cours par les djihadistes et n'a jamais prêté allégeance à un quelconque groupe armé.

Arrestation et détention Le 28 avril 2015, dans le cadre d'une campagne de sécurité menée par le ministère de l'Intérieur saoudien visant à encadrer les cercles théologiques indépendants ou suspectés d'alimenter le radicalisme doctrinal, Ahmed al-Hazimi est arrêté à son domicile à La Mecque. Son arrestation intervient à une période où le Royaume intensifie sa lutte contre les cellules liées à l'État islamique. Depuis cette date, al-Hazimi est maintenu en détention. Les autorités saoudiennes n'ont pas publié de détails officiels concernant son statut judiciaire, les charges formelles retenues contre lui ou les conditions de son incarcération.

Travaux et publications (en langue arabe) Ahmed al-Hazimi est l'auteur de plusieurs traités académiques et transcriptions de cours édités dans le monde arabe, parmi lesquels : (Fath Rabb al-Bariyyah dans l'explication du poème d'al-Ajurrumiyya), Éditions Al-Asadi, La Mecque, 2010. Manuel de référence pour l'apprentissage de la grammaire arabe standard. (L'explication royale sur l'Alfiyya d'Ibn Malik). Une analyse exhaustive en plusieurs volumes des mille vers de la philologie arabe. (Explication du Livre de l'Unicité). Compilation et retranscription de ses leçons théologiques dispensées à La Mecque.

Notes et références

Bibliographie

Catégorie:Théologue saoudien Catégorie:Grammairien arabe Catégorie:Naissance à La Mecque