al-Maliha () est un village palestinien situé au sud-ouest de Jérusalem. Comme des centaines d’autres villages, il a été dépeuplé lors de la guerre de Palestine de 1948.
Après 1948, al-Maliha a été rebaptisé Malcha et est devenu un quartier de Jérusalem-Ouest.
Toponymie
Selon Palmer, le nom du village signifie Palmer, 1881, 322..
Géographie
Le village d’al-Maliha dépendait du sous-district de Jérusalem. Construit sur un plateau à une altitude de 750 mètres, il dominait la région de tous côtés sauf au nord et se trouvait à 5 kilomètres de la Vieille ville de Jérusalem. Une route secondaire le reliait à Jérusalem et d’autres routes aux villages voisins« al-Maliha — المالِحَة », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 3 juin.
Les localités voisines d’al-Maliha étaient Deir Yassin au nord, Jérusalem au nord-est (quartier de Qatamon), Sataf au sud-est, Sharafat au sud, Al-Walaja à l’ouest et Ayn Karim au nord-ouest.
En 1945, la superficie totale des terres du village était de 6828 dounams (6,8 km²) dont la propriété se répartissait entre 5798 dounams (580 hectares) appartenant à des Arabes, 922 dounams (92 hectares) appartenant à des Juifs et 108 dounams (11 hectares) de terres publiques. Sur ce total, 2951 dounams (295 hectares, soit 43 % des terres) étaient incultes. Sur les terres arables, 2618 dounams (262 hectares) étaient classés comme plantations ou terres irrigables et 1259 dounams (126 hectares) étaient des terres céréalièresGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. cité par Hadawi, 1970, 103.. Les oliveraies occupaient 1370 dounams (137 hectares).
Histoire Antiquité
Des fouilles ont mis au jour des constructions datant de l’Âge du Bronze moyenAn Intermediate Bronze Age Farmhouse at Newe Shalom. Un village du a été découvert dans la . Ce village succédait à un précédent datant de l’Âge du Bronze ancien IV (entre 2200 et 2100 av. J.-C.).
Selon les archéologues qui ont participé aux fouilles en 1987–1990, le site fouillé est identifié à la ville cananéenne de Manahat, qui était située à la frontière nord de la tribu de JudaNahal Refa'im - Canaanite Bronze Age villages near Jerusalem. History: ARCHEOLOGICAL SITES NO. 6. Posted 20.11.2000. Ministry of Foreign Affairs. Accessed 25 September 2023.. Les restes du village sont préservés dans le Zoo biblique de Jérusalem.
De l’Empire byzantin à la fin des Mamelouks
Le village est habité par des Georgiens au au temps du roi Vakhtang Ier d'IbérieGeorgian ambassador's move to Jerusalem highlights history, Jerusalem Post. Re-accessed 25 September 2023.. Cette présence est reliée aux actuels établissements religieux géorgiens autour de Jérusalem, dont le monastère de la Croix. Pendant des siècles, les voyageurs ont remarqué les habitudes différentes des habitants d‘al-Maliha. Ils se sont ensuite convertis à l’islam et se sont ensuite intégrés dans la société arabe. Aux s, les descendants de ces habitants se nommaient eux-mêmes Gurjs, les Géorgiens, et avaient conservé le droit de cultiver les terres du monastère de la Croix, ce qui témoigne de leur passé géorgienKhurtsilava, Besik V. (2017). Sentries of "Jvari": On the traces of Gurjs from Malha. Ch. 2. First Data on forgotten tribesmen, 23-24 (traduction vers l‘anglais). In "Georgia and Holy Land", Tbilisi. Consulté le 25 September 2023..
Empire ottoman
La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.
Dans le defter (registre fiscal) de 1596, le village de Maliha as-Suqra relevait de la nahié (sous-district) et de la liwa (district ou sandjak) de Jérusalem. Ce document recense 52 foyers, tous musulmans, soit environ 280 habitants. Les villageois payaient un impôt à taux fixe de 33,3 % sur leurs productions agricoles, blé, orge, oliviers et arbres fruitiers, les chèvres et les ruches, pour un total de 8700 akçe. Un tiers des impôts étaient affectés à un waqf (fondation pieuse)Hütteroth, Abdulfattah, 1977, 118. Cité par Khalidi, 1992, 304..
En 1838, le voyageur Edward Robinson note que le village musulman d’el Malihah relève du district de Beni HasanRobinson, Smith, 1841, vol 3, Appendix 2, 123.Robinson & Smith, 1841, vol 2, 156.. En 1855, Mary Rogers, sœur du vice-consul britannique à Haïfa Edward Thomas Rogers (1831–1884), signale des fours pour la fabrication de charbon de bois autour d’al-Maliha. La famille des al-Shaykha, originaire d’al-Maliha, était une des plus influentes de Jérusalem.
Une liste de villages ottomane de 1870 recense à Malha une population masculine de 340 habitants, répartis dans 75 maisons, ce document ne recensant pas les femmesSocin, 1879, 157.Hartmann, 1883, 122..
Pendant son voyage dans les années 1870, Clermont-Ganneau enregistre la tradition locale qui affirme que les villageois ont deux origines : une partie viennent de Transjordanie, les autres viennent d’Égypte. Ganneau pointe leurs manières particulières de prononcer, notamment le "a" qui est prolongé et ressemble à un "o." Il fait quelques découvertes, dont une inscription brisée, des tombes creusées dans le roc et une boîte d‘os que les habitants lui ont montré. Il mentionne aussi la source proche d’Ain Yalo révérée par les habitants d‘al-Maliha.
En 1883, le rapport du Palestine Exploration Fund décrit le village comme étant de taille moyenne, construit en hauteur sur le replat d’une crête. La source d’Ayn Yalu se trouve au sudConder, Kitchener, 1883, SWP III, 21. Cité par Khalidi, 1992, 304..
En 1896, la population d’al-Maliha est estimée à environ 600 personnesSchick, 1896, 125..
Période du mandat britannique vignette|gauche|Détail d’une maison palestinienne d‘al-Maliha. De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d'al-Maliha est conquise en décembre 1917 et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Malhah a une population de 1038 habitants, tous musulmansBarron, 1923, Table VII, Sub-district of Jerusalem, 14., population qui augmente au recensement de 1931 à 1410 habitants, dont 1402 musulmans et 8 chrétiens, dans 299 maisonsMills, 1932, 41.. Le chercheur géorgien B.V. Khurtsilava relie les deux hausses importantes de population entre 1868 et 1896 (d‘environ 200 à environ 600) et des années 1920-1930 (de 1000 à 1400) avec une importante immigration d’origines diversesKhurtsilava, Besik V. (2017). Ch. 4. Pages of sad history of Malha residents, 29-30..
La famille séfarade des Valero achète des terres à al-Maliha dans les années 1930Joseph B. Glass, Ruth Kark, Sephardi entrepreneurs in Jerusalem: The Valero family, 1800-1948, 149.. À cette époque, le village dispose d‘une clinique médicale, d’une école primaire, un conseil local pour admnistrer le village, quelques commerces et une mosquée, portant le nom du deuxième calife bien guidé, Omar ibn al-Khattâb. Plusieurs habitants étaient artisans, commerçants ou travaillaient dans les services.
Dans les Statistiques de Village de 1945, la population d’al-Maliha est estimée à 1940 habitants, don 1930 musulmans et 10 chrétiensGovernment of Palestine, Department of Statistics, 1945, 25.Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 57..
Guerre de 1948
. vignette|Monument aux membres de l’Irgoun morts durant la bataille pour al-Maliha. Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Al-Maliha relevait de la zone internationale de JérusalemSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..
Le village est dépeuplé en deux phases, le 21 avril 1948 puis le 15 juillet 1948Morris, 2004, p. xx, village #361. Also gives the cause for depopulation. La première phase de départs est provoquée par la chute des villages voisins, la seconde par la conquête israélienne du village.
Au début de la guerre (décembre 1947), Al-Maliha signe un pacte de non-agression avec la Haganah, comme les villages d’al-Qastal, Sur Baher et Deir YassinMorris, 2004, 75, 91. Selon le journal Filastin, al-Maliha subit une première attaque le 6 mars, quand une unité juive s‘infiltre dans les quartiers extérieurs du village et affronte la milice locale. Aucune mention de victimes n’est faite. Le 12 avril 1948, trois jours après le massacre de Deir Yassin, les habitants d’al-Maliha, Qaluniya et Beit Iksa sont touchés par la panique et prennent la fuiteMorris, 2004, 239. mais le village n’est pas complètement déserté. La Haganah commence à occuper des positions autour du village à partir du quartier de Qatamon (ouest de Jérusalem) à partir des 1er-2 mai.
Le village est occupé lors de la bataille pour le sud de JérusalemPalestinian Central Bureau of Statistics . L’Irgoun attaque al-Maliha à l’aube du 14 juillet 1948, renforcé par deux pelotons de l’organisation de jeunesse la Gadna. Les miliciens du village lancent une contre-attaque le 15 juillet et s‘emparent d’une des positions fortifiées. L‘armée égyptienne, qui opère à proximité, annonce la prise du village le même jour. L’usage de préparation d‘artillerie est rapporté par le New York Times. Mais l’Irgoun reçoit des renforts, ce qui provoque la retraite des Palestiniens, laissant al-Maliha aux mains des Juifs. Dix-sept combattants de l’Irgoun sont morts dans les combats et de nombreux autres ont été blessés. Une nouvelle contre-attaque a lieu le 16 juillet, mais elle échoue. Les derniers habitants fuient ou sont expulsés vers Bethléem, qui est annexé après la guerre par la Jordanie (voir Annexion de la Cisjordanie par la Jordanie). Les maisons vides sont occupées par des immigrants juifs, venant principalement d’IrakJoseph B. Glass, Ruth Kark, Sephardi entrepreneurs in Jerusalem: The Valero family, 1800-1948..
Période israélienne
Après la guerre, le village est annexé par Israël et intégré à la municipalité de Jérusalem-Ouest.
Le premier raid de la guérilla des fedayins palestiniens en Israël a lieu en novembre 1951 à Malcha : Leah Festinger est tuée par des fedayins venus de Shuafat, alors en Jordanie..
Voici comment Walid Khalidi décrit ce qui subsiste d’al-Maliha en 1992 : .
Personnalités liées
Mustapha Abu Ali, cinéaste né en 1940 à al-Maliha
Voir aussi
Bibliographie complémentaire Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). ; Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. Sandrine Mansour-Mérien, L’histoire occultée des Palestiniens, 1947-1953, Paris : Éditions Privat, 2013
Articles connexes Liste des villes et villages arabes dépeuplés durant l'exode palestinien de 1948
Liens externes Photos of the neighborhood Al-Maliha village at palestineremembered.com al-Maliha, Zochrot Survey of Western Palestine, Map 17: IAA, Wikimedia commons
Notes
Bibliographie
Khurtsilava, B. (2022). "Gurjis" from Palestine. pp. 17–39 https://www.academia.edu/83562888/BESIK_KHURTSILAVA_GURJIS_FROM_PALESTINE_TBILISI_2022_in_English_
(pp. 760 ff)
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