Depuis la moitié du 20e siècle, le protectionnisme culturel au Canada s'est traduit par des interventions délibérées de divers gouvernements visant à promouvoir la production culturelle canadienne et à limiter l'influence des cultures étrangères sur le public national. Bien que le Canada et les États-Unis partagent une longue frontière et une langue commune, les responsables politiques canadiens ont ressenti le besoin de préserver et de soutenir une culture distincte de celle nord-américaine qui est dominante dans l'ère médiatique mondialisée. Les efforts du Canada pour maintenir ses différences culturelles avec les États-Unis et le Mexique ont été contrebalancés par des mesures de rétorsion dans les accords commerciaux, notamment l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) et l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).
Histoire
Parrainage gouvernemental L'une des premières réponses face à l'invasion culturelle américaine, perçue, dans la seconde moitié du 20e siècle, a été la Loi nationale sur le film canadien de 1950, qui a accru l'autorité du gouvernement l'Office national du film en terme de financement et de promotion de la culture canadienne.
En 1951, la Commission royale d’enquête sur le développement national des arts, des lettres et des sciences, également connue sous le nom de Commission Massey, a été mise en place. Elle recommandait la création d’un organisme gouvernemental qui financera exclusivement les artistes canadiens. Cet organisme, le Conseil des arts du Canada, est donc responsable de la distribution de sommes importantes à des personnes ou des groupes qui promeuvent ce qu’il définit comme la culture canadienne. Le Conseil a finalement eu un impact plus important que la Commission et a continué de soutenir les jeunes talents culturels canadiens qu’il approuve. De plus, la Commission s’efforce de susciter un sentiment général, selon lequel le Canada risque d’être submergé par une invasion de cultures étrangères. Ce sentiment coïncidait avec une crainte accrue que le Canada ne perde pas une culture nationale distincte.
Système de quotas
En 1955, conscient de cette crainte, le gouvernement a nommé Robert Fowler à la tête d'une commission royale, connue sous le nom de Commission Fowler. Cette commission a conclu que la majorité des stations canadiennes, y compris la Société Radio-Canada, diffusaient en grande partie du contenu américain plutôt que du contenu canadien. Elle a donc estimé qu'un système de quotas devait être instauré afin de protéger le contenu canadien à la radio et à la télévision.
Cette recommandation, adoptée en 1956, confirma le statut de Radio-Canada comme la station de radiodiffusion officielle du Canada, et a instauré le système de quotas. À ses débuts, ce système stipulait que 45% du contenu diffusé sur les ondes devait être d'origine canadienne. Bien que ce pourcentage ait fluctué à travers les années, il a généralement exigé qu'environ la moitié de la programmation diffusée sur les ondes canadiennes soit d'origine canadienne. Or, le contenu canadien comprend non seulement les arts et le théâtre, mais aussi l'information et le sport, et la plupart des réseaux de radiodiffusion privés privilégiant ce dernier afin de diffuser un grand nombre de séries étrangères. Au dépit de nombreux Canadiens, cela laisse plus de programmation axé sur la culture canadienne sur les majeures ondes de diffusion au Canada.
Incitations fiscales Le protectionnisme culturel du gouvernement canadien accordait un avantage aux magazines publiés et imprimés au Canada, notamment par le biais de crédits d'impôt et de tarifs postaux réduits. Cette politique limitait les possibilités des maisons d'édition américaines de vendre leurs magazines au Canada. Certains, en particulier Reader's Digest et Time, contournaient ces restrictions en publiant des éditions ''split runs'', c'est-à-dire des « éditions canadiennes » de magazines américains, plutôt que de publier des magazines exclusivement canadiens. En 1998, suite au gouvernement canadien qui a tenté d'interdire ce type de magazines, les éditeurs de magazines américains, dont Sports Illustrated et Time, ont réussi à faire pression sur le gouvernement canadien pour qu'il revienne sur sa décision. Notamment en invoquant les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et en menaçant une action judiciaire en vertu de l'ALENA"Time Magazine's Threatened Lawsuit Under NAFTA Blackmail, says Council of Canadians" . Council of Canadians. November 18, 1998.New Advertising Services Measure to Promote Canadian Culture (includes timeline of events). Heritage Canada. July 29, 1998..
Efficacité L'efficacité des mesures de protection culturelle s'est avérée plutôt inégale. Peu après l'adoption du rapport Fowler, Thomas Symons a publié un rapport intitulé « Se connaître soi-même ». Ce rapport qui partait sur les manuels d'histoire des écoles secondaires canadiennes, a révélé que la grève générale de Winnipeg n'y était pas mentionnée, alors que ces manuels contenaient deux chapitres consacrés au président américain Abraham Lincoln. Le rapport a également examiné les connaissances générales des enfants canadiens sur leur gouvernement. Il a ainsi constaté que la plupart d'entre eux ignoraient le nom du chef d'État canadien (la reine Élisabeth II) et le fondement juridique et fondateur du Canada (l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867).
En 1969, le Premier ministre canadien Pierre Trudeau a déclaré un propos sur les États-Unis : « Vivre à vos côtés, c'est un peu comme dormir avec un éléphant. Peu importe à quel point la bête est amicale ou tempérée, on est affecté par chaque tressaillement et chaque grognement. »
Durant les années 1990, la grande majorité des émissions de télévision, des films, de la musique, des livres et des magazines consommés par les Canadiens continuaient d'être produits à l'extérieur du pays.
En 2000, les créateurs de musique rap canadienne se plaignaient que de nombreuses stations de radio n'incluaient pas le rap dans leur contenu musical canadien et que les chaînes de télévision diffusaient peu de vidéos clips et de reportages sur le rap. Pourtant, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) tardait à accorder des licences de diffusion aux stations de radio de musique urbaine.
Ces dernières années, l’essor de la musique et de la vidéo en ligne a permis aux fournisseurs de contenu internationaux de contourner la réglementation du CRTC dans de nombreux cas. Le gouvernement fédéral a tenté de combler cette lacune avec l’adoption de la Loi sur la diffusion en ligne en 2023. Cela soumettrait la compétence du CRTC aux services de diffusion en ligne établis à l’extérieur du Canada en ce qui concerne l’accès à ces services au Canada. Toutefois, des contrats privés existants empêchent certains fournisseurs de contenu internationaux, comme Hulu, d’être totalement présents au Canada.
Références
Voir aussi Commission royale sur le développement national des arts, des lettres et des sciences (Rapport Massey), 1951 Culture du Canada impérialisme culturel nationalisme canadien Exception culturelle (protectionnisme culturel en France) Le multiculturalisme au Canada
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