Orphée et Eurydice (titre original en italien ) est le trentième et plus célèbre opéra de Christoph Willibald Gluck. Il s'agit d'une azione teatrale per musica, ou, selon les indications de la version française, d'une tragédie opéra (drame héroïque)Entrée : Orphée et Euridyce, en Bertrand Dermoncourt (Éd.), L'univers de l'opéra : œuvres, scènes, compositeurs, interprètes, Paris, Laffont, 2012, . en trois actes. Il raconte le mythe grec d'Orphée et Eurydice. C'est à l'occasion de cet opéra qu'est créé le poste de harpe au sein de l'orchestre de l'Opéra de Paris (alors Académie royale de musique)Partition originale en ligne {Bnf..

Versions Il en existe au moins quatre versions différentesSource : Patricia Howard (éd.), C.W. von Gluck: Orfeo, Cambridge/New York/Melbourne, Cambridge University Press, 1981 [édition consultée: collection Cambridge Opera Handbooks, paperback, 2010, ] :

la version originale viennoise, en italien, où le rôle-titre masculin est confié à un contralto castrat ; la version de Parme, encore en italien, réorganisée en un seul acte (une sorte d’acte de ballet à la française), où le rôle-titre est transposé par Gluck lui-même pour le soprano castrat, Vito L’opéra fut inséré comme troisième acte dans un spectacle de fragments (ou spectacle coupé) sur le modèle alors très à la mode en France, , qui fut donné à Parme en 1769 à l'occasion du mariage du duc Ferdinand de Bourbon et de l'archiduchesse d'Autriche Marie-Amélie de Habsbourg-Lorraine. ; la version de Paris, en français, modifiée et élargie par Gluck lui-même, où le rôle-titre est chanté par une haute-contre ; la version arrangée par Berlioz au , où le rôle-titre est confié à une mezzo-soprano.

Version italienne de Vienne, 1762 L'œuvre originale fut créée à Vienne le au Burgtheater en présence de l'impératrice Marie-Thérèse. Le livret en italien est de Ranieri de’ Calzabigi ; la chorégraphie du ballet était réglée par Gasparo Angiolini ; le rôle titre était tenu par le castrat Gaetano Guadagni.

Numéros musicaux Ouverture . (Orchestre)

Acte I Chœur. Ah, se intorno a quest'urna funesta (Chœur, Orfeo) Récitatif. Basta, basta, o compagni ! (Orfeo) Ballet : (Larghetto) . (Orchestre) Chœur. Ah, se intorno a quest'urna funesta (Chœur) Air. Chiamo il mio ben cosi (Orfeo) Récitatif. T'assiste Amore (Amore, Orfeo) Air. Gli sguardi trattieni (Amore) Récitatif. Che disse ? che ascoltai ? (Orfeo, Amore)

Acte II Ballet : (Maestoso) - Chœur. Chi mai dell'Erebo (Chœur) Scène. Deh ! placatevi con me (Orfeo, Chœur) Chœur. Misero giovane (Chœur) Ballet : (Andante) . (Orchestre) Arioso - Chœur. Che puro ciel, che chiaro sol (Orfeo, Chœur) Chœur. Vieni a' regni del riposo (Chœur) Ballet : (Andante) . (Orchestre) Récitatif. Anime avventurose (Orfeo)

Acte III

Récitatif. Vieni, segui i miei passi (Orfeo, Euridice) Duo. Vieni, appaga il tuo consorte ! (Orfeo, Euridice) Récitatif. Qual vita è questa mai (Euridice) Air. Che fiero momento (Euridice) Récitatif. Ecco un nuovo tormento (Orfeo, Euridice) Air. Che farò senza Euridice ? (Orfeo) Récitatif. A finisca e per sempre (Orfeo) Maestoso : Ballet : (Grazioso - Allegro- Andante - Allegro) . (Orchestre) Chœur. Trionfi Amore ! (Orfeo, Amore, Euridice, Chœur)

Instrumentation Orchestre en fosse de Orfeo ed Euridice CordesPremiers violons, seconds violons, altos, violoncelles, contrebassesBois2 flûtes traversières,

2 hautbois,

1 chalumeau,

2 bassonsCuivres2 cors,

2 Cornets à bouquin,

2 trompettes,

3 trombonesPercussionsTimbalesAutre Harpe, Clavecin.

Version française de Paris, 1774

Lors de son séjour en France, invité par la jeune dauphine Marie-Antoinette d'Autriche, le compositeur dut adapter son opéra selon le goût français en confiant le rôle principal à une voix de haute-contre (ténor à la tessiture élevée) sur un livret traduit par Pierre-Louis Moline et sous le titre Orphée et Euridice (sic).

Cette version est complétée, notamment, à la scène 3 de l'acte II, par un ballet-pantomime le "ballet des ombres heureuses" dont la musique est un solo de flûte, par un solo avec chœur « cet asile aimable et tranquille » et par l'air du 3ème acte « J'ai perdu mon Eurydice... ». Cette version est très proche de celle représentée.

Le , au Théâtre du Palais-Royal à Paris, il remporta un triomphe, avec Joseph Legros dans le rôle d'Orphée et Sophie Arnould dans celui d'Eurydice.

Instrumentation

Orchestre en fosse de Orphée et EuridiceCordesPremiers violons, seconds violons, altos, violoncelles, contrebasses Bois2 flûtes traversières,

2 hautbois,

2 clarinettes,

2 bassonsCuivres2 cors,

2 trompettes,

3 trombones (Sacqueboute)PercussionsTimbalesAutre Harpe.

Version française révisée par Berlioz

Hector Berlioz dut procéder à un remaniementNotamment : réorganisation de l’action en quatre actes, suppression du trio et des danses à la fin du dernier acte, remplacés par le chœur « Le Dieu de Paphos », tiré d’un autre opéra de Gluck, Écho et Narcisse. pour permettre à la mezzo-soprano Pauline Viardot de chanter Orphée. La première eut lieu le au Théâtre-Lyrique, à Paris. À partir de la version de Berlioz et pendant plus d'un siècle, beaucoup d’autres versions de moins en moins fidèles aux volontés du compositeur ont été créées par la suite et chantées, très souvent en italien, par d’innombrables contraltos et mezzo-sopranos, ce qui a par ailleurs contribué à maintenir ce chef-d'œuvre constamment au répertoire.

Postérité

Ces dernières décennies, on assiste au retour à l'une des deux versions originales principales, le plus souvent la version de Vienne, même si dans les années 2010 celle de 1774 a également suscité un regain d'intérêt des deux côtés de l'Atlantique (en grands théâtres comme la Royal Opera House de Londres, La Scala de Milan, l'Opéra de Los Angeles, l'Opéra lyrique de Chicago, l'Opéra d'État de Hambourg, ainsi qu'en concert à l'Opéra royal du château de Versailles). La version de Berlioz conserve ses défenseurs. Guère d'intérêt n'a été montré pour la version de Parme peut-être par crainte d'une trop grande homogénéité de timbre (il n'y a que des sopranos dans la distribution). Il existe aussi des versions transposées pour baryton, qui ont été interprétées entre autres par Dietrich Fischer-Dieskau et Hermann Prey. On doit également à la directrice musicale et organiste Nariné Simonian une transposition pour orgue, flûte et harpe de la version 1774, dont la première mondiale a été donnée à Paris le .

Distribution des rôles rôleregistre vocaldistribution de la première mondialeVienne, distribution de la première italienne(version révisée)Parme, distribution de la nouvelle version françaiseParis, distribution de l'édition BerliozParis, Orfeo /Orphée contralto castrat (1762)soprano castrat (1769)haute-contre (1774)mezzo-soprano (1859)Gaetano GuadagniJoseph LegrosPauline ViardotEuridice /Eurydice sopranoMarianna Bianchi TozziMaria Antonia Girelli-Aguilar Sophie ArnouldMarie Constance SassAmore /Amoursoprano travestiLucia ClavereauFelicita SuardiRosalie LevasseurMarie Marimonombre heureusesoprano (rôle non prévu) (rôle non prévu)Mlle MoreauLe nom de Mlle Moreau (probablement Marie Moreau-Sainti) est rapporté directement par Berlioz: À travers chants, Études musicales, adorations, boutades et critiques, Parigi, Michel Lévy Frères, 1862, p. 116 (accessible gratuitement en ligne en books.google).

Argument vignette|Peinture de Federico Cervelli représentant Orphée et Eurycide. Orphée et Eurydice comporte trois actes.

Acte I Après une ouverture enlevée et joyeuse, le rideau se lève à l'acte I sur une scène de déploration. Orphée et le chœur se lamentent près du tombeau d'Eurydice. Orphée, resté seul, prend la résolution de mettre fin à ses jours lorsqu'il apprend de l'Amour qu'il pourra récupérer Eurydice s'il parvient à convaincre l'Enfer, à la seule et unique condition qu'il ne regarde pas son épouse lors du trajet de retour à travers les enfers.

Acte II Un très impressionnant chœur infernal tente de barrer la route à Orphée mais, par son chant, ce dernier parvient à émouvoir les esprits qui lui cèdent le passage. Un ciel serein succède aux sombres bords du Cocyte, prétexte dans la version parisienne à un ravissant ballet des Ombres heureuses. Eurydice paraît et retrouve Orphée.

Acte III Les deux époux remontent vers la terre mais Eurydice s'inquiète de l'indifférence d'Orphée qui ne peut la regarder, ni expliquer la raison de son attitude. À l'écoute de ses reproches, il ne peut s'empêcher de se retourner et elle expire dans ses bras. Orphée se lamente dans le célèbre Che farò senza Euridice (dans la version française : J'ai perdu mon Euridice). L'Amour surgit pour l'empêcher de se suicider et lui rend Eurydice, l'œuvre s'achevant dans la version parisienne par un long ballet.

Discographie sélective

Les enregistrements étant nombreux, cette liste propose une sélection et est présentée par versions :

Version de Vienne en italien (1762)

Enregistrement EMI de 1966, Orchestre du Gewandhaus et Rundfunkchor de Leipzig, dirigés par Václav Neumann, avec Grace Bumbry (mezzo-soprano, Orfeo), Anneliese Rothenberger (soprano, Euridice) et Ruth-Margret Pütz (soprano, Amore): premier enregistrement de l'édition critique établie par Anna Amalia Abert et Ludwig Fischer (1963). Enregistrement Vanguard Classics de 1966, Orchestre Wiener Staatsoper Dirigés par Charles Mackerras, avec Maureen Forrester (mezzo-soprano, Orpheo), Térésa-Stich- Randall (soprano Euridice), Hanny Steffek (soprano Amore) Enregistrement Accent de 1981, La Petite Bande de Louvain et Collegium Vocale Gent, dirigés par Sigiswald Kuijken, avec René Jacobs (contre-ténor, Orfeo), Marjanne Kwecksilber (soprano, Euridice) et Magdalena Falewicz (soprano, Amore) : premier enregistrement sur « instruments originaux ». Enregistrement Sony Music de 1992, Tafelmusik Orchestra et le Kammerchor Stuttgart dirigés par Frieder Bernius, avec Michael Chance (contre-ténor, Orfeo), Nancy Argenta (soprano, Euridice) et Stefan Beckerbauer (treble du Tölzer Knabenchor, Amore). Enregistrement Philips Classics de 1994, les English Baroque Soloists et le Monteverdi Choir dirigés par John Eliot Gardiner, avec Derek Lee Ragin (contre-ténor, Orfeo), Sylvia McNair (soprano, Euridice) et Cyndia Sieden (soprano, Amore).

Version de Paris en français (1774)

Enregistrement Philips de 1956, l'Orchestre des Concerts Lamoureux dirigé par Hans Rosbaud avec Léopold Simoneau (ténor, Orphée), Suzanne Danco (soprano, Eurydice), Pierrette Alarie (soprano, l'Amour). Bien que cette version complète soit incomplète (il manque l'ariette) et qu'il faille compter avec plusieurs transpositions, il s'agit d'un très bon témoignage de ce que l'école de chant produisait après-guerre. Enregistrement Deutsche Grammophon (Archiv) de 2004, Les Musiciens du Louvre dirigés par Marc Minkowski, avec Richard Croft (ténor, Orphée), Mireille Delunsch (soprano, Eurydice) et Marion Harousseau (soprano, l'Amour). Enregistrement Decca de 2010, Coro y Orquesta Titular del Teatro Real de Madrid dirigés par Jesús López Cobos, avec Juan Diego Flórez (ténor, Orphée), Ainhoa Garmendia (soprano, Eurydice) et Alessandra Marianelli (soprano, l'Amour). Enregistrement vidéo Clasart Classic/La Scala de 2018, Coro e Orchestra del Teatro alla Scala, dirigés par Michele Mariotti, Hofesh Shechter Company, mise en scène de Hofesh Shechter et John Fulljames, Juan Diego Flórez (ténor, Orphée), Christiane Karg (soprano, Eurydice), Fatma Said (soprano, l'Amour). Enregistrement vidéo WNET Thirteen/Opéra lyrique de Chicago de 2019, Lyric Opera of Chicago Orchestra and Chorus, dirigés par Harry Bicket, Joffrey Ballet, mise en scène et chorégraphie de John Neumeier, avec Dmitry Korchak (ténor, Orphée), Adriana Chuchman (soprano, Eurydice), Lauren Snouffer (soprano, l'Amour).

Version révisée par Hector Berlioz en français (1859)