Angélique et Roger montés sur l'hippogriffe est un groupe sculpté en bronze créé par le sculpteur français Antoine-Louis Barye. Conçu vers 1844 et présenté dans une version enrichie en 1855, il illustre un épisode du Roland furieux (Orlando Furioso) de l'Arioste. Le modèle est initialement réalisé pour une garniture de cheminée commandée par le duc de Montpensier, fils cadet du roi Louis-Philippe.
Description L'œuvre représente le chevalier Roger emportant la princesse Angélique sur un hippogriffe, créature mythologique mi-cheval, mi-griffon. La scène est inspirée du chant X du Roland furieux, poème épique publié par l'Arioste en 1532. Roger vient de délivrer Angélique, condamnée à être dévorée par un monstre marin, et s'enfuit avec elle dans les airs sur sa monture fantastiqueNotice artic..
Barye choisit de représenter l'instant du départ. Angélique repose dans les bras du chevalier tandis que l'hippogriffe déploie ses ailes. Sous le groupe principal, le sculpteur figure un univers marin tourmenté composé d'un dauphin gigantesque, d'une pieuvre rejetée par les vagues, de coraux et d'autres éléments évoquant le monstre dont la princesse vient d'échapper. Une chimère rugissante surmonte le casque de Roger. Un bouclier est fixé sur le flanc droit de l'hippogriffe, sous son aile déployée. Cet élément complète l'équipement militaire associé au chevalier Roger et participe à l'évocation de l'univers chevaleresque du poème de l'Arioste.
Extrait du chant X Le destrier, excité par l’éperon, presse du pied le sable, s’élance dans les airs et galope à travers les cieux. Il porte le cavalier sur son dos et la donzelle derrière lui sur sa croupe. Ainsi la bête fut privée d’un mets trop fin et trop délicat pour elle. Roger s’en va, tout en se retournant, et il imprime mille baisers sur le sein et sur les yeux brillants d’Angélique.
Historique L'œuvre est réalisée à la demande du duc de Montpensier vers 1844 pour constituer l'élément central d'une importante garniture de cheminée. Cet ensemble comprend également plusieurs paires de candélabres associant les Trois Grâces, des chimères ainsi que les déesses Junon, Minerve et Vénus accompagnées de leurs attributs, le dauphin, la chouette et le paon.
Le groupe connaît rapidement un succès important et fait l'objet de plusieurs éditions. Deux versions principales sont recensées : l'une avec la bouche de l'hippogriffe ouverte, l'autre avec la bouche fermée. Le modèle figure dès le catalogue commercial publié par Barye en 1844. Après la mort du sculpteur, les modèles sont repris par différents fondeurs qui poursuivent leur diffusionNotice Christies..
À partir de 1838, grâce à l'obtention d'un brevet commercial pour la fonte de bronzes de petit format, Barye entreprend de diffuser plus largement ses créations. En 1845, il conclut un partenariat avec l'entrepreneur Émile Martin pour assurer la production et la commercialisation de ces œuvres auprès d'une clientèle bourgeoise en plein essorNotice du MET..
Sources d'inspiration La composition témoigne de l'intérêt de Barye pour la peinture romantique et néoclassique. L'armure fantastique de Roger rappelle celle du héros représenté par Jean-Auguste-Dominique Ingres dans Roger délivrant Angélique, tandis que la pose allongée d'Angélique évoque la Grande Odalisque. Les spécialistes rapprochent également l'œuvre de Roger délivrant Angélique de Louis-Édouard Rioult, exposé au Salon de 1824Notice Sothebys..
Réception L'œuvre est saluée par la critique contemporaine. Gustave Planche la qualifie notamment de « l'œuvre la plus ingénieuse de l'art moderne », soulignant l'alliance entre l'imagination poétique de l'Arioste et le talent de Barye.
Exemplaires conservés Des exemplaires d'Angélique et Roger montés sur l'hippogriffe sont conservés dans plusieurs institutions, notamment au Musée d'Orsay, au Musée du LouvreNotice du Louvre. à Paris, au Metropolitan Museum of Art de New York, au Walters Art Museum de Baltimore, au Los Angeles County Museum of Art, au musée Bonnat-Helleu de Bayonne ainsi que dans d'autres collections publiques et privées.
La version du musée d’Orsay La version du musée d’Orsay se distingue par l'emploi exceptionnel de matériaux et de techniques décoratives rarement utilisés par Barye. Le bronze est enrichi d'émaux champlevés, de dorures mates ou brunies, d'argent patiné et de marbre-onyx. Cette polychromie contraste avec les bronzes à patine sombre qui caractérisent habituellement la production de l'artiste. La réalisation des émaux nécessite une collaboration avec le sculpteur Charles Cordier. Les surfaces émaillées couvrent notamment l'armure de Roger, les ailes, la crinière et la queue de l'hippogriffe, ainsi que les écailles des créatures marines. Elle mesure Notice du musée d'Orsay..
Galerie
Notes et références
Catégorie:Sculpture d'Antoine-Louis Barye Catégorie:Sculpture des années 1840 Catégorie:Sculpture en bronze Catégorie:Sculpture romantique Catégorie:Nu féminin dans la sculpture Catégorie:Orlando furioso Catégorie:Sculpture française du XIXe siècle