Les grands thermes du Sud de Timgad (en latin : ) sont un vaste établissement de thermes romains situé dans la ville antique de Timgad, dans l'actuelle wilaya de Batna, en Algérie. Implantés dans le quartier méridional de la cité, à proximité du théâtre, ils occupent un emplacement stratégique au croisement de plusieurs voies principales. Le monument fait partie du site archéologique de Timgad, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1982.

Construits au cours du , probablement sous les Antonins, puis agrandis entre 198 et 199 sous le règne de Septime Sévère, les thermes constituent l'un des plus importants complexes balnéaires de l'Afrique romaine. Leur plan associe des espaces d'accueil et de sociabilité, un , un vaste à deux piscines, un , deux , un , des latrines monumentales ainsi qu'un remarquable réseau de sous-sols techniques destiné au fonctionnement des hypocaustes. Par l'étendue de leurs installations, la richesse de leur décor sculpté, épigraphique et mosaïqué, ainsi que par l'état de conservation de leurs aménagements souterrains, ils figurent parmi les établissements thermaux les mieux conservés et les mieux documentés d'Afrique du Nord.

Au cours des , le monument connaît plusieurs campagnes de transformations qui modifient certains espaces sans remettre en cause son organisation générale. Les inscriptions découvertes dans différentes salles témoignent de la présence de statues honorifiques dédiées à plusieurs membres de la famille impériale, tandis que les mosaïques et les sculptures illustrent le soin apporté à son décor. Les thermes demeurent utilisés durant l'Antiquité tardive, avant d'être progressivement abandonnés avec le déclin de la ville.

Mis au jour à la fin du lors des premières campagnes de fouilles de Timgad, les grands thermes du Sud livrent un ensemble d'inscriptions, de mosaïques, de statues et d'installations techniques qui permettent de restituer avec précision l'architecture et le fonctionnement d'un grand établissement thermal romain. Les recherches menées depuis les travaux d'Émile Boeswillwald, de René Cagnat et d'Albert Ballu en font aujourd'hui l'un des monuments les plus étudiés et les mieux préservés du site antique de Timgad.

Localisation de la cité vignette|redresse|alt=Plan de Timgad indiquant rues, monuments et principaux édifices numérotés.|Localisation des grands thermes du Sud au Sud du site (élément 30, en bleu).

Timgad est implantée sur les premiers contreforts septentrionaux du massif de l'Aurès, à la jonction des zones montagneuses et des plaines, dans un secteur qui constitue durant l'époque romaine une frontière naturelle entre différents espaces de peuplement. Édifiée dans une plaine ouverte dominée par les reliefs de l'Aurès, la cité occupe une position stratégique permettant de surveiller les voies de circulation et les accès vers les régions montagneuses.

La création de la ville répond avant tout à des considérations militaires. Fondée comme place forte de seconde ligne au pied de l'Aurès, elle participe au contrôle du territoire et à la sécurisation des communications entre les plaines et les massifs voisins. Cette fonction stratégique se traduit par un plan urbain rigoureux inspiré du camp militaire romain et par la présence d'une enceinte destinée à protéger l'agglomération.

Situation des thermes dans la ville antique

L'édifice occupent la partie méridionale de Timgad, dans un secteur qui rassemble plusieurs des principaux monuments publics de la colonie. Depuis l'arc de Trajan, l'accès s'effectue par le en direction du forum, puis par la troisième rue perpendiculaire orientée vers le sud. Après un parcours d'environ , cette voie débouche sur un carrefour d'où partent plusieurs rues desservant les principaux édifices du quartier. L'une se dirige vers le Capitole, une autre vers l'est, tandis qu'une troisième longe le complexe thermal après s'être divisée en une voie secondaire qui en contourne une partie.

Cette implantation place les thermes au cœur d'un ensemble monumental particulièrement dense. Le carrefour se situe à environ du mur de soutènement du théâtre et à une distance comparable du péribole du Capitole, inscrivant l'établissement dans un réseau de circulations reliant les principaux espaces civiques, religieux et culturels de la ville. Ainsi, les thermes ne constituent pas un édifice isolé, mais l'un des pôles majeurs du quartier méridional, étroitement associé aux autres monuments publics de la cité.

Le carrefour est agrémenté d'une fontaine adossée au mur des thermes et tournée vers le nord-ouest. Son élévation est en grande partie conservée et les traces laissées sur le pavement permettent encore de restituer l'emplacement du bassin ainsi que le système d'évacuation des eaux vers le sous-sol. Cette installation rappelle plusieurs fontaines découvertes à proximité du forum, bien qu'aucun élément ne permette d'identifier avec certitude le décor sculpté qui en ornait le couronnement. Par sa position à la croisée des voies conduisant aux thermes, au théâtre et au Capitole, elle participe à la monumentalisation de cet important nœud de circulation urbaine.

Historique Histoire de la cité

Timgad est fondée en l'an 100 sous le règne de Trajan, qui y établit une colonie romaine sous l'autorité de la Troisième légion Auguste et de son légat Lucius Munatius Gallus = 17842 et 17843.. Implantée à de Lambèse, sur l'axe reliant cette dernière à Theveste, la cité occupe une vaste plaine située au pied du massif de l'Aurès et dominée par le mont Bou Arif. Cette position lui permet de contrôler les principales voies d'accès vers les régions montagneuses environnantes.. Son nom officiel, , associe la mémoire de Marciana, sœur de Trajan, à un ancien toponyme d'origine indigène conservé sous la forme . Les ressources hydrauliques, notamment celles de la source d'Aïn Morris, ainsi que des conditions naturelles favorables, contribuent rapidement à l'essor agricole et urbain de la colonie...

Au cours du Haut-Empire, Timgad connaît une croissance rapide et s'impose comme l'une des principales cités civiles de Numidie, se distinguant du rôle essentiellement militaire de Lambèse.. Cette prospérité s'inscrit dans le contexte de la , qui favorise la romanisation des populations locales et leur intégration dans les institutions civiques et administratives de l'Empire.. La ville se dote progressivement de ses principaux monuments publics, dont le forum, le théâtre, le marché, le Capitole, des temples et des thermes. Son territoire repose sur une économie agricole fondée sur les céréales, l'oléiculture, l'élevage et les ressources forestières... Sous Antonin le Pieux, puis durant le et le début du , plusieurs programmes d'aménagement transforment la ville : le forum est réorganisé, la curie restaurée, le réseau viaire amélioré et de nouveaux édifices monumentaux sont édifiés, parmi lesquels l’ et le temple des eaux.. Au début du , la population est estimée à environ ..

À partir du et plus nettement encore au , Timgad devient l'un des principaux centres du christianisme en Numidie. L'existence d'un évêché y est attestée dès le , et l'évêque Novatus participe au concile de Carthage de 256... De nombreuses constructions religieuses voient alors le jour, parmi lesquelles plusieurs basiliques, baptistères, chapelles, oratoires et un monastère. La cité devient également un foyer important du donatisme. En 388, l'évêque donatiste Optatus de Timgad joue un rôle politique majeur avant d'être arrêté après la chute de Gildon.. Lors de la conférence de Carthage de 411, la ville est représentée simultanément par un évêque catholique et un évêque donatiste, illustrant l'importance des divisions religieuses locales.

À partir de la fin du et durant le , la cité est confrontée aux bouleversements qui affectent l'Afrique romaine. Après son intégration au royaume vandale, elle subit les conséquences des incursions maures et semble être évacuée au plus tard en 484, sans que l'occupation du site cesse totalement... La reconquête byzantine marque une nouvelle phase de son histoire : en 539, le patrice Solomon entreprend la restauration de la ville et fait construire une importante forteresse, aujourd'hui encore conservée.. Malgré le déclin du centre monumental antique, une activité urbaine et religieuse demeure attestée aux , comme le montrent plusieurs inscriptions chrétiennes découvertes sur le site.. Les dernières phases d'occupation restent toutefois mal connues en raison de la rareté des sources disponibles..

Construction à l’époque antonine

Les thermes sont construits au cours de l'époque antonine, période durant laquelle Timgad connaît une importante phase d'expansion urbaine et monumentale. Bien qu'aucune inscription conservée in situ ne mentionne explicitement la fondation de l'édifice, plusieurs indices épigraphiques permettent d'en situer l'origine dans le courant du .

L'une des inscriptions découvertes lors des fouilles indique qu'entre 198 et 199, sous le règne de Septime Sévère, les thermes font l'objet d'un agrandissement réalisé sur décision du conseil municipal et financé par les ressources publiques de la colonie.. Cette mention implique nécessairement l'existence d'un établissement antérieur déjà en fonctionnement avant cette date. Les auteurs du relevé archéologique considèrent ainsi que la première installation remonte « assurément » à l'époque des Antonins, les travaux sévériens correspondant à une extension et à un embellissement d'un complexe déjà établi..

Cette datation s'accorde avec l'évolution générale de la cité. Fondée sous le règne de Trajan, la ville antique se dote progressivement, au cours du , des principaux équipements publics caractéristiques des villes romaines prospères. L'édification d'un vaste établissement thermal dans le quartier méridional répond alors aux besoins d'une population en croissance et s'inscrit dans le programme monumental qui voit également l'aménagement du forum, du théâtre et du Capitole.

Dès sa phase primitive, le complexe comprend les principales composantes d'un grand établissement thermal romain, associant espaces de circulation, salles froides et chaudes, installations techniques et lieux de sociabilité. Les transformations postérieures modifient certains détails de l'aménagement, mais l'organisation fondamentale du monument paraît déjà fixée avant les travaux entrepris sous Septime Sévère.

Réparations et transformations tardives vignette|alt=Vestiges des alvéoles du petit caldarium avec murs en briques et maçonneries antiques.|Vue des alvéoles du petit des thermes, aménagées dans les murs chauffés du complexe thermal (Photo par Albert Ballu).

Après l'agrandissement réalisé sous le règne de Septime Sévère, les thermes continuent de faire l'objet d'interventions ponctuelles au cours des siècles suivants. Les vestiges archéologiques révèlent en effet plusieurs remaniements qui témoignent de l'utilisation prolongée du complexe et de l'adaptation de certains espaces aux besoins de ses usagers.

L'une des modifications les plus visibles concerne l’. À une époque postérieure à la construction initiale, une ouverture est percée entre cette salle et la piscine froide I afin d'établir une communication directe avec le . Un escalier permettant de descendre dans le bassin est alors aménagé, puis réparé ultérieurement à l'aide d'éléments de remploi, notamment une plaque de marbre cannelée provenant vraisemblablement d'un pilastre plus ancien. Cette transformation modifie la circulation intérieure des baigneurs et confère au vestiaire une fonction plus étroitement liée aux espaces thermaux.