Deux Sœurs est une peinture à l'huile sur toile de François-Alfred Delobbe, présentée au Salon de 1894 au Palais des Champs-Élysées.
Si la version du salon semble perdue, elle reste connue par la photoglyptie Braun & Cie, qui a été reproduite dans des ouvrages transatlantiques. Le cas de ce tableau des années 1890 illustre bien la migration des images de Delobbe hors du champ artistique, dans des ouvrages religieux, moraux, pédagogiques, populaires — bref, dans la culture visuelle de masse. On en connait une réduction qui sert de référent pour la palette.
Description (d’après la photoglyptie Braun et la réduction connue)
La composition est simple, frontale, presque sculpturale : les deux sœurs sont assises sur des marches de pierre, l’aînée se penche vers la cadette pour lui murmurer quelque chose, la cadette, bras autour des genoux, regarde vers l’extérieur. Le décor est un jardin ombragé, feuillage dense, lumière tamisée. Les vêtements sont sobres : blanc, rose, vert, dans une harmonie douce. C’est une scène d’intimité silencieuse, sans accessoires, sans anecdote, sans folklore.
Historique
Présentation La peinture est présentée au Salon de 1894. au Palais des Champs-Élysées..
Une œuvre connue par la reproduction : un cas typique de Delobbe vignette|Photoglyptie Braun & Cie du tableau présenté au Salon de 1894, conservée au Musée des Beaux-Arts de Paris. Comme beaucoup de Delobbe l’original est non localisé, mais l’image a eu une diffusion massive, grâce à Braun & Cie.., et grâce à des éditeurs américains (Talmage, etc.). Ce paradoxe — image omniprésente, tableau introuvable — est typique de Delobbe, dont la postérité visuelle a souvent survécu à la postérité matérielle.
Le statut particulier de Deux Sœurs dans le cycle C’est le dernier tableau du cycle commencé en 1891 avec Joies d'enfants. Il en constitue la forme la plus épurée, la version la plus psychologique, la plus mélancolique aussi. Là où les œuvres précédentes montraient le jeu (Joies d’enfants), la protection (À la mer !), la fusion (Caresses enfantines), le soin (Le Goûter après le bain), Deux Sœurs montre la complicité silencieuse de l’adolescence naissante.
Cette toile clôt le cycle des Deux Sœurs, en donne la formule finale, et en propose la version la plus intériorisée, presque testamentaire..
La réduction connue La petite version conservée (probablement atelier ou répétition) permet de restituer la palette., comprendre les harmonies chromatiques. Sans elle, nous n’aurions qu’une image monochrome. Elle est donc un document essentiel pour reconstituer l’œuvre perdue.
Delobbe n’est pas critiqué — il est utilisé Contrairement à Bouguereau, en 1894 Delobbe ne déclenche pas de polémiques, ne suscite pas de débats esthétiques, n’est pas pris dans les querelles symbolistes / naturalistes, n’est pas attaqué frontalement pour académisme ou mièvrerie. Il y a bien quelques allusions piquantes de ci de là dans la presse, mais la critique reste globalement déférente à son égard, lorsqu'elle le mentionne. Le peintre n'est pas discuté, mais omniprésent dans la culture imprimée. C’est un paradoxe.
Ainsi Thomas De Witt Talmage, pasteur protestant star aux États‑Unis, choisit Deux Sœurs pour illustrer ses sermons. parce que les images de Delobbe sont morales sans être moralisatrices, elles montrent la douceur, la fraternité, la protection, elles sont universelles, elles ne choquent aucune sensibilité religieuse, elles incarnent une pureté visuelle compatible avec un discours spirituel. Delobbe devient une iconographie morale, sans jamais être religieuse.
Dans les années 1890 Delobbe devient un réservoir d’images « sûres », utilisables dans les sermons, les livres de morale, les manuels scolaires, les revues familiales, les albums illustrés. Delobbe n’est pas un peintre « révolutionnaire » dans le canon moderniste. Il est un peintre transversal, affectif, culturel, dont les images ont circulé massivement, touché un public immense, été intégrées à des discours non artistiques, ont façonné l’imaginaire visuel de la fin du . C’est une autre forme de postérité : la postérité populaire, non la postérité critique.
Références
Liens externes
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