Cet article présente la chronologie de la guerre civile soudanaise en 2024.
Janvier Le 1ᵉʳ janvier, marquant l'anniversaire de l’indépendance du Soudan, voit se tenir des discours publics des deux belligérants, chacun utilisant cette date symbolique pour se présenter comme le chef d'État légitime du pays. Tandis qu'al-Burhan accuse son rival de , Dogolo se pose en défenseur de la démocratie, appelle l'armée à admettre sa défaite et à .
Le 4, Dogolo continue sa tournée africaine en allant rencontrer à Pretoria le président sud-africain Cyril Ramaphosa à Pretoria.
Le , 30 civils sont tués dans la capitale dont 23 dans des bombardements aériens attribués à l'armée. Le 16, une ONG de protection des biens culturels, le « Regional Network for Cultural Rights », alerte sur le rapprochement des combats du site archéologique de Méroé située à 220 km au nord de Khartoum. Les autorités de l’État du Nil dans lequel se trouve ce site rapportent , sans faire état de potentiels dégâts.
Le mois de janvier est néanmoins marqué par une relative accalmie, coïncidant avec les rencontres de Manama dans le royaume de Bahreïn. Mais les affrontements redoublent d’intensité le mois suivant.
Février Le 1ᵉʳ février, des combats éclatent entre l'armée et les FSR dans la ville d'El Fasher, capitale du Darfour du Nord tenue par l'armée. Les pilonnages des FSR provoquent la mort d'au moins cinq personnes et en blessent une vingtaine d'autres selon des sources locales qui ne précisent pas s'il s'agit de combattants ou de civils. Mais la sixième division de l'armée tient ses positions. Selon le chercheur Roland Marchal, d'autres acteurs armés locaux du Nord-Darfour devraient intervenir et pourrait faire peser l'issue de cette bataille. L'enjeu serait à c'est à la fois le contrôle du Darfour, contrôlé aux quatre cinquièmes par les FSR, mais aussi la posture que pourrait prendre le Tchad voisins dans ces événements puisque ces groupes armés sont essentiellement des « zaghawas », ethnie majoritaire au Tchad.
Parallèlement, des rumeurs évoquent des divergences au sein du commandement des forces armées soudanaises, concernant la stratégie à adopter pour reprendre Khartoum aux FSR. L'armée, bien qu'expulsée de la majeure partie de la capitale contrôle néanmoins toujours la ville mitoyenne d'Omdourman au nord de Khartoum, d'où une contre-offensive peut être organisée et lancée. Le général al-Buhran, en « exil » à Port-Soudan, se rend dans cette ville le pour y réaffirmer son autorité devant ses soldats face à des rumeurs de mutineries voire de « coup d'État militaire » contre lui.
Le , les télécommunications sont coupées dans la majeure partie du pays ; les deux camps se rejettent la responsabilité de la destruction de ces infrastructures.
Mars Début , l'armée soudanaise lance une contre-offensive pour rependre Khartoum, en commençant par Omdurdam.
Les et , l'armée revendique deux victoires successives : la reprise du bâtiment de la radiotélévision nationale du Soudan, puis d'un carrefour stratégique d'Omdourman lui permettant de bloquer l'approvisionnement des FSR en armes et en nourriture venant de l’ouest du pays. En parallèle de ces avancées sur le terrain, l'armée soudanaise lance plusieurs frappes aériennes sur les positions des FSR au Darfour-Nord, notamment la ville d'El Fasher. Selon le chercheur Roland Marchal, ce début de possible reversement de situation s'explique par l'aide iranienne apportée à l'armée sous forme de livraison de drones et de formation, ainsi qu'au ralliement dans l'armée de civils inquiets de la menace expansionniste des FSR depuis leur prise de Wad Madani. Parallèlement, un autre groupe rebelle du Darfour, l’Armée de libération du Soudan, annonce son ralliement à l'armée soudanaise.
Sur le front diplomatique, des responsables militaires soudanais accusent les EAU de soutenir les forces paramilitaires, tandis que l'envoyé américain pour le Soudan, Tom Perriello exprime son quant à la fin du conflit en cours au Soudan tout en exhortant toutes les parties à agir de toute urgence. Il reconnait le rôle d'acteurs externes dans l'alimentation du conflit et déclare que les États-Unis faisaient pression sur toutes les parties pour devenir .
Avril Le , une attaque de drone visant une milice islamiste fidèle à l'armée fait au moins douze morts et trente blessés mardi dans la ville d'Atbara située à 300 km au nord-est de Khartoum sur la route de Port-Soudan.
Le , 28 personnes sont tuées et plus de 240 sont blessées par les FSR dans un village au sud de Khartoum.
Le , Plus de 100 civils dans le Kordofan méridional, au Soudan, sont tués après que les alliés des Forces de soutien rapide ont lancé des attaques dans des villages à travers l'État.
Dans la deuxième quinzaine d'avril, les combats se concentrent autour de la ville d'El Fasher, dernière ville du Darfour sous contrôle des forces armées, dont les FSR veulent absolument s'emparer. L'ONU, les États-Unis et plusieurs organisations humanitaires alertent sur le risque d'un massacre dans cette ville qui abrite plus de (sur un total de 2,5 millions de résidents), par les miliciens janjawid tentés « d'achever » leur épuration ethnique de cette région soudanaise.
Parallèlement la Russie, actant que c'est l'armée et non les FSR qui contrôle la côte bordant la mer Rouge, envisage de changer d'alliance en penchant vers l'armée pour pouvoir y construire une base militaire navale comme convenu lors d'un accord signé avec Omar el-Bechir en 2017. Moscou pourrait également avoir décidé de ce changement d’alliance pour s'aligner sur son allié iranien après avoir constaté que ce dernier, fournisseur précieux de l'armée russe pour la guerre d'Ukraine, a pris le parti des forces armées soudanaises.
Mai Début , les combats s'intensifient autour de la ville d'El Fasher, assiégée par les FSR, qui massent un effectif de autour de la ville. Des groupes armés indépendants comme le Mouvement pour la justice et l'égalité et l'Armée de libération du Soudan, neutres au début de la guerre, font bloc autour de l'armée dont les effectifs sur place ne dépassent pas pour empêcher les FSR d'en prendre le contrôle. Forte de ces soutiens armés et populaires, celle-ci consolide ses positions et n'envisage pas de se retirer comme elle l'avait fait à Wad Madani six mois plus tôt. Mais tandis que cette coalition pro-gouvernementale organise la défense de la ville, les paramilitaires amassent des milliers de combattants, y compris parmi des milices arabes alliées.
Le 10, les FSR lancent l’assaut. Durant les deux premiers jours de combat, au moins 27 personnes ont été tués et 130 autres blessés, selon l'ONU. Le 12, l'ONU fait état de tirs à l'arme lourde et de frappes aériennes autour d'El Fasher, touchant des zones densément peuplées et faisant des dizaines de victimes parmi les civils pris au piège à la suite du blocage des routes par les FSR. Ce blocus provoque une famine dans la ville, poussant certains habitants à manger des animaux domestiques, des insectes, des feuilles, et de la terre pour survivre, tandis que certaines femmes se prostituent pour obtenir de la nourriture.
Le 16, les FSR réussissent à s’infiltrer dans certains quartiers, provoquant une riposte de l'armée par des bombardements ; plusieurs obus tombent sur des maisons, dont une école qui abrite des déplacés. Mais les FSR sont rapidement stoppés grâce à une défense organisée en coopération entre l'armée, les groupes paramilitaires pro-gouvernementaux, et la population quasiment exclusivement de l’ethnie Zaghawa, très hostile aux tribus arabes.
Le 20, dix jours après leur assaut, la progression des FSR reste contenue et limitée à la périphérie de la ville. Le 26, Médecins sans Frontières annonce un bilan d'au moins 134 morts depuis deux semaines, dont un de ses employés gardien d'une pharmacie, tué dans un bombardement. L'ONG annonce également avoir soigné 979 blessés au Southern Hospital, seul établissement hospitalier à être encore opérationnel dans la ville assiégée.
Sur la plan diplomatique, à la fin de mois de mai, le général Yassir al-Atta, commandant en chef adjoint de l'armée, annonce dans une interview une coopération militaire et économique avec Moscou, incluant un projet de base en échange de la fourniture d'armes et de munitions.
Juin Dimanche , l’armée soudanaise stationnée aux environs de Khartoum reprend les bombardements contre plusieurs positions des FSR regroupés près de la raffinerie de pétrole Jaili, au nord de la capitale. Sur le front d'El Fasher, des échanges de tirs d'artillerie ont également lieu à l'est de la ville, mais sans faire évoluer la ligne de front.
Le , les Forces de soutien rapide prennent d'assaut le village de Wad Al-Noora dans l'État de Gezira et tuent près de 180 villageois, dont 35 enfants. Le massacre de Wad Al-Noura, résultant essentiellement de tirs d'artillerie des FSR, est condamné par l'Union africaine. Le nombre présumé de morts en ferait le plus grand massacre de victimes civiles en l'espace de quelques heures, depuis le début de la guerre.
Le , des militants pro-démocratie soudanais ont fait état d'environ et causés par des tirs d'artillerie menés la veille par les FSR sur Omdourman, récemment reprise par l'armée. Le lendemain, les FSR attaquent la base militaire Wadi Sydna à Karari avec six drones, tandis que l'armée annonce avoir abattu un autre drone, au-dessus de l'État du Nil blanc, avant qu'il puisse lancer sa charge explosive. Le même jour, l'ONG Médecins sans Frontières rapporte que le seul hôpital opérationnel d'El Fasher est contraint de cesser son activité et d'évacuer son personnel après avoir été pris d'assaut par les FSR.
Le , dans un message vidéo, le procureur de la Cour pénale internationale Karim Khan appelle à la coopération de tous les acteurs de la société civile pour enquêter sur les crimes commis au Darfour en documentant les exactions commises par les deux camps. Cette déclaration suggère qu’un génocide pourrait être à l’œuvre dans la région.
Le , MSF annonce un bilan de dans les combats d'El Fasher, un chiffre probablement sous-estimé, tout en décrivant une où les habitants ne peuvent plus se déplacer pour des soins d'urgence en raison des affrontements, frappes d'artillerie et bombardements aériens. Le , les FSR s'emparent de la ville et capitale du Kordofan-Occidental, Al-Fulah.
Le , les FSR étendent leurs offensives à l'État de Sannar, dont ils prennent la capitale, Singa, le 29. La guerre étendue à cet état à forte production agricole menace d'aggraver la , et entraîne des dizaines de milliers de réfugiés supplémentaires. Les FSR bloquent les routes reliant le Sannar au reste du pays, empêchant les livraisons de denrées agricoles mais aussi les civils de partir pour échapper aux tueries et aux exactions des paramilitaires.
Juillet