Tessa Boffin, née en 1960 et morte en 1993, est une artiste et photographe britannique lesbienne, connue pour sa volonté de rendre visible les communautés queers et lesbiennes de Londres en réinventant un imaginaire lesbien fantastique et positif, ainsi que pour sa documentation des années sida dans le milieu LGBT de Londres et l'invisibilisation des lesbiennes dans les programmes de protection au VIH. Son œuvre pionnière et provocante, cherchant à propager une image positive des pratiques sexuelles BDSM est largement invisibilisée dans la communauté LGBT et redécouverte dans les années 2000. Elle est considérée comme une figure pionnière de la photographie LGBT pour ses mises en scène positives du BDSM lesbien à Londres.
Biographie Tessa Boffin naît en 1960. Elle étudie à Polytechnic Central London dans le milieu des années 1980. Boffin y obtient une licence avec mention) en arts photographiques en 1986, et plus tard un master en théorie critique à l'Université du Sussex.
Durant cette période, d'intenses débats dans le milieu de la photographie se tiennent à propos des politiques de représentation. Boffin travaille sur la question de la représentation des désirs et imaginaires lesbiens, en repoussant les limites et en participant à la formation d'identités queers et lesbiennes dans la photographie. Boffin refuse d'endosser la honte et l'homophobie propagées dans la Grande-Bretagne des années sida, et souhaite proposer des alternatives imaginaires sur les désirs transgressifs aux communautés queers ostracisées. Elle se pose ainsi en défenseuse d'une représentation positive des sexualités lesbienne et de la culture BDSM dont elle fait partie, au moment où le mouvement féministe s'insurge contre la fétichisation du corps des femmes dans la pornographie, et où la crise du sida émerge. Elle milite aussi pour l'inclusion des lesbiennes dans les programmes de lutte contre le sida, alors qu'elles en sont largement exclues, parce que l'idée erronée que les lesbiennes n'auraient pas des pratiques sexuelles à risque circule alors. Ainsi, elle cherche avec son œuvre à remettre les communautés lesbiennes au cœur de l'agenda politique militant de l'époque. Sa série de photos de 1989 intitulée montre deux anges arborant des gants en latex et des digues dentaires et engagés dans un rapport sexuel lesbien. La mise en scène est une référence à la gravure d’Albrecht Dürer Melancolia. Boffin explique que son ange reste mélancolique en raison de la crise du sida, jusqu'à ce qu'elle trouve un contexte plus joyeux dans les médias LGBT de l'époque, insistant sur la nécessité de propager de la joie et de l'espoir dans une période dominée par l'éradication des personnes queers par le sida.
La tristesse de son ange a une autre raison précise : durant les cinq premières années de l’épidémie de VIH, les femmes sont absentes des politiques de santé publique, n'étant pas considérées comme une population à risque. Jusqu'en 1993 la liste des infections opportunistes liées au sida n'incluait pas le cancer du col de l’utérus et les maladies inflammatoires pelviennes.
Elle organise en tant que curatrice les expositions avec le photographe Sunil Gupta et avec Jean Fraser. Les deux livres éponymes publiés à l'occasion de ces deux expositions sont devenus des guides de la photographie LGBT pour comprendre les images de la crise du sida dans les années 1980 et la photographie lesbienne.
En 1991, le groupe Suède choisit une photo de Tee Corinne tirée du livre Stolen Glances de deux femmes s'embrassant pour la couverture de leur disque, suscitant d'intenses réactions homophobes.
En 1992, Tessa Boffin réalise une performance sur scène avec sa partenaire de vie Nerina Ferguson. Boffin revêt le rôle d'un centurion romain et performe un fisting sur Ferguson, qui tient le rôle de son esclave. Cherry Smith a écrit que la performance a brisé de multiples tabous. Non seulement le fisting est réalisé sans protection en pleine période de crise du sida, mais il est performé devant une audience d'hommes gays, inaugurant un espace fétichiste BDSM mixte qui n'existait alors pas. La performance fait scandale car Boffin se retrouve avec le poing ruisselant du sang menstruel de Ferguson, et provoque la critique du photographe Del LaGrace Volcano, qui évolue dans le même registre de représentation des sexualités queers.
Sans donner d'explications, Tessa Boffin met fin à ses jours en 1993, et laisse une note écrite demandant à ses collègues et proches Jean Fraser et Simon Watney de prendre soin de son œuvre et de l'archiver.
Son positionnement en faveur d'images sex positives des pratiques sexuelles BDSM queers et lesbiennes en pleine période du sida conduit à son invisibilisation. On redécouvre son œuvre dans les années 2000 progressivement. L'invisibilisation de ses travaux serait due selon aux tensions inhérentes à la communauté queer de l'époque, exacerbées par la crise du sida, mais le collectif queer Radclyffe Hall ainsi que Flora Dunster, Laura Guy et Mason Leaver-Yap l'attribuent à l'hégémonie des récits LGBT américains qui ont dominé le marché de l'art. Or Boffin est largement plus reconnue en Grande-Bretagne, dont elle est originaire.
Analyse de l'œuvre Boffin revendique l'héritage surréaliste de Claude Cahun et celui de documentation de Catherine Opie.
Représentation des identités queers Boffin aborde dans son œuvre des questions complexes à propos de la représentation du genre, des pratiques sexuelles et du sida. Elle utilise des mises en scènes complexes puisant dans les mythes et le fantastique pour affirmer les identités lesbiennes et queers et en explorer les fantasmes. Elle est considérée comme pionnière dans ce genre, travaillant à une époque où les identités queers étaient peu représentées dans les arts visuels. Elle utilise habilement l'humour et les références historiques pour recréer des univers fantastiques alternatifs. Elle se montre critique de la prééminence de l'utilisation du réel sur la construction de mondes fantasmées.
Création de figures mythiques queers idéalisées Elle explique avec sa série de photos The Knights Move (1990) que se reposer sur des photographies extérieures à la communauté lesbienne pour la documenter est risqué, de par la pauvreté des archives LGBT ou leur éradication progressive. Elle propose plutôt de recréer des mondes de fantasy en explorant les tropes historiques et imaginaires pour recréer des figures idéalisées, par exemple la figure du chevalier dans le cadre de l'amour courtois. Elle utilise des mises en scène théatralisées plutôt que le recours à la recherche de l'instant décisif du photo journalisme théorisé par Bresson Cartier.
Travail sur le drag Boffin s'intéresse également à la question du travestissement dans ses séries Panorama, The Sailor and the Showgirl et Billboard. Ce dernier projet aborde inspiré l'affaire Jennifer Saunders, accusée d'avoir violé des femmes en se faisant passer pour un homme.
Ses archives sont conservées par l'Université des arts créatifs, qui détient aussi sa bibliothèque personnelle.
Publications
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Expositions
2024 : Women in Revolt! Art and Activism in the UK 1970-1990, National Galleries of Scotland. 2024 : The 80s: Photographing Britain, Tate Britain, Edinburgh. 2022 : Every Moment Counts - AIDS and its Feelings, Henie Onstad Art Center, Bærum, Norvège. 2021 : The Rebel Dykes Art & Archive Show, Space Station Sixty-Five, Londres. 2020 : Hot Moment, Auto Italia South East, Londres. 2019 : Resist: be modern (again), John Hansard Gallery, Southampton.
Bibliographie
Références
Catégorie:Naissance en 1960 Catégorie:LGBT dans la photographie Catégorie:Photographe britannique du XXe siècle Catégorie:Décès en 1993