Cet article couvre un certain nombre d'aspects en lien avec l'esclavage en France, et par extension dans l'Empire français.

Pendant la première partie du Moyen Âge, dans le territoire français lui-même, l'esclavage était légal. Au début de l'Époque mérovingienne, un commerce d'esclaves existait entre les îles Britanniques et la France. Au Moyen Âge franc, la France servait d'étape dans la traite des esclaves païens, originaires d'Europe du Nord-Est, qui étaient transportés de Prague vers le Califat de Cordoue en Andalousie.

L'esclavage en France a progressivement évolué vers le servage et a été définitivement aboli par un édit en 1315. Il fut cependant autorisé dans les colonies françaises à partir du XVII siècle, tout en restant interdit en France. Malgré son illégalité, certains Africains demeuraient de fait réduits en esclavage en France, comme dans d'autres pays européens de l'époque. En 1794, suite à la Révolution haïtienne, l'esclavage fut aboli dans les colonies françaises d'Amérique et des Caraïbes. Napoléon Bonaparte le rétablit dans ces mêmes colonies en 1802. L'esclavage fut définitivement aboli dans tout l'empire colonial français en 1848, lors de la Deuxième révolution, à l'exception de l'esclavage dit « de case » en Afrique de l'Ouest qui persista parfois jusqu'au XX siècle.

L'esclavage en France L'esclavage en France mérovingienne

vignette|Sainte Bathilde, une des reines esclaves de la France mérovingienne En 486, Clovis I, fils de Childéric, vainquit Syagrius, chef militaire romain qui rivalisait avec les Mérovingiens pour le pouvoir dans le nord de la France. À l'instar de l'Empire romain avant eux, les Mérovingiens pratiquaient l'esclavage.

L'esclavage en France mérovingienne s'est appliqué entre autres à plusieurs reines franques de la dynastie mérovingienne qui avaient été esclaves. Au moins cinq reines esclaves ont été identifiées en France mérovingienne : Ingonde, Frédégonde, Bilichilde, Nantilde et Bathilde(en) E. T. Dailey, Queens, Consorts, Concubines: Gregory of Tours and Women of the Merovingian Elite, (Brill, 2015), p.116.

L'esclavage évolue en servage L'esclavage fut progressivement aboli et remplacé par le servage en Francie, parallèlement à l'instauration du féodalisme en Europe occidentale (plus tard en France et en Allemagne).

Le processus d'abolition progressive de l'esclavage avait été amorcé dès le Ve siècle avec le remplacement de la domination romaine en Gaule par les tribus germaniques migrantes, et fut achevé sous Charlemagne (r. 768814).

Charlemagne, qui souhaitait unifier l'Europe occidentale sous un contrôle étatique central efficace, fit le choix d'établir le système féodal, basé sur le servage plutôt que l'esclavage. Au XIe siècle, le système féodal s'était précisé en ce qui concerne le servage : les manses igenuiles étaient les paysans libres d'origine ; les manses seviles étaient les descendants des esclaves ruraux affranchis ; et les manses lidile étaient probablement les descendants des anciens colons germaniques.

Cependant, la transition de l'esclavage rural vers le servage n'a pas éradiqué l'esclavage : les esclaves domestiques urbains sont restés répandus pendant des siècles après la disparition de l'esclavage rural et ont été progressivement remplacés par des travailleurs libres, d'abord dans le Nord et progressivement également dans le Sud. Aux XII et XIII siècles, la quasi-totalité des esclaves ruraux d'Europe occidentale avaient été remplacés par des serfs, et la paysannerie rurale était définie comme serfs ; tandis que les esclaves domestiques urbains avaient été remplacés par des serviteurs libres.

Commerce des esclaves On dispose de peu d'informations sur le commerce d'esclaves en Francie entre l'époque romaine et le VIII siècle. On pense toutefois qu'il s'est tenu le long de l'ancienne route des esclaves romaine, reliant les îles Britanniques à Marseille, et qu'il s'est maintenu jusqu'au VI et VII siècles, époque à laquelle des esclaves Anglo-Saxons ont été importés en Italie.

À partir du VIII siècle, le commerce d'esclaves en France devint une activité économique majeure et lucrative, la France servant de zone de transit pour les esclaves européens à destination du monde musulman, et ce, bien que l'esclavage ait progressivement disparu de France même. La France devint ainsi une importante zone de transit pour les esclaves acheminés du nord de l'Europe vers le monde musulman du sud.

Au VIII siècle, les principales victimes du commerce d'esclaves en Europe étaient des Slaves païens (dits "saqaliba"), mais aussi des Saxons et des Bretons païens. L'Empire carolingien connaissait deux grandes routes de commerce d'esclaves : la route du Sud, qui voyait transiter des Slaves païens par la Bavière, à travers les Alpes, jusqu'à Venise, puis, via le commerce vénitien, vers le Moyen-Orient ; et la route de l'Ouest, reliant l'Allemagne à la France par la Moselle, la Meuse et le Rhône, jusqu'à Arles et Marseille, d'où ils étaient acheminés vers leurs destinations finales : l'Andalousie, le Maghreb et l'Égypte. Marseille était l'un des plus grands marchés d'esclaves de France, spécialisé dans le commerce d'esclaves non chrétiens, de Maures, de païens et d'Anglo-Saxons.

L'Église s'est opposée à plusieurs reprises au commerce d'esclaves. Ainsi, le Concile d'Estinnes (743) interdit aux chrétiens de vendre des esclaves chrétiens à des non-chrétiens, et le concile de Meux (845) condamna les marchands d'esclaves chrétiens et juifs pour avoir vendu des esclaves aux musulmans, et suggéra aux chrétiens d'acheter les esclaves faisant l'objet d'un trafic à travers la France, afin de les sauver de la vente au monde islamique.

Toutefois, les réserves de l'Église n'ont eu qu'un effet limité, car les Francs convoitaient l'or et les produits de luxe orientaux, et les esclaves étaient les seuls biens que les pays orientaux souhaitaient obtenir d'Europe en échange.

À partir du début du XI siècle, la conversion des Slaves d'Europe orientale au christianisme causa un déclin rapide et finalement la disparition du commerce des esclaves en Europe occidentale rapidement, car il n'était plus possible d'acquérir des esclaves païens.

Abolition de l'esclavage et du servage en France En 1198, Jean de Matha fonda l'ordre des Trinitaires dans le but de racheter les chrétiens que les musulmans avaient faits prisonniers de guerre durant les croisades. Le roi Louis IX installa une maison de leur ordre dans son château de Fontainebleau. vignette|« Selon le droit de Nature chacun doit naître franc », Louis X. En 1315, le roi Louis X promulgua un édit abolissant l'esclavage et proclamant le Privilège de la terre de France, selon lequel « la France est synonyme de liberté ». Ce décret stipulait que tout esclave foulant le sol français devait être affranchi. Toutefois, quelques cas d'esclavage persistèrent jusqu'au XVII siècle dans certains ports provençaux de la Méditerranée, et l'esclavage demeura courant dans l'empire colonial français (voir ci-dessous).

La plupart des aspects du servage furent également de facto éliminés entre 1315 et 1318. Louis X mourut deux ans après ces événements.

En 1318, le roi Philippe V abolit le servage dans son domaine.

La traite des esclaves barbaresques Au début de l'époque moderne, la France fut victime des raids esclavagistes du commerce d'esclaves barbaresque.

L'alliance franco-ottomane, qui dura de 1536 à 1798, plaçait la France dans une position de meilleure protection contre les attaques des corsaires que les autres nations européennes. Le sultan ottoman, qui était tenu d'intervenir en vertu de l'alliance franco-ottomane, ne tolérait aucune attaque ottomane contre les navires français ni aucun raid sur les côtes françaises.

Le statut des esclaves des colonies à Paris (XVIII-XIX siècles) vignette|Mademoiselle de Blois et Mademoiselle de Nantes, servies par leur esclave noir, porteur comme le chien du collier de servitude (vers 1690). Depuis l'abolition de l'esclavage en 1315, la France était considérée comme un « sol libre », ce qui signifiait que toute personne réduite en esclavage arrivant en France pouvait revendiquer sa liberté. De fait, certains témoignages attestent de fuites d'esclaves et de leur affranchissement par les tribunaux français. Cependant, ce n'était pas automatique et l'historienne Sue Peabody a montré que les sources françaises évitaient souvent d'utiliser le terme « esclave » pour désigner les domestiques noirs, même lorsqu'ils vivaient en esclavage. D'après Peabody, les propriétaires d'esclaves français exploitaient les zones grises juridiques relatives à l'esclavage en France.

En effet, ce principe du « sol libre » était contesté par les propriétaires d'esclaves des colonies françaises, désireux d'emmener leurs esclaves avec eux lors de leurs déplacements vers le continent. Afin de clarifier la situation juridique et de soutenir les forces coloniales, l'Amirauté publia, entre 1716 et 1762, plusieurs édits autorisant les propriétaires d'esclaves à conserver légalement le contrôle de leurs biens en les déclarant aux autorités. La police royale était alors chargée de faire appliquer ces édits en traquant et en arrêtant les esclaves fugitifs à Paris. En 1777, Louis XVI publia un nouvel édit interdisant formellement l'entrée sur le territoire français aux personnes noires. Dès lors, les propriétaires d'esclaves voyageant depuis les colonies durent confier leurs esclaves à un « dépôt de Noirs » à leur arrivée, tandis que les Noirs déjà présents sur le territoire français devaient être enregistrés auprès de l'Amirauté et être munis de la preuve de cet enregistrement, appelée « cartouche ». Une unité spéciale de police fut créée pour contrôler la légalité du séjour des Noirs en France. L'application de ce nouveau régime demeura cependant imparfaite.

Après la Révolution française, et trois ans avant d’abolir l’esclavage dans ses colonies, la République inscrivit le principe de « sol libre » dans sa législation en 1791, permettant ainsi à tous les esclaves entrant sur le territoire français d’obtenir leur liberté. Cependant, lorsque Napoléon rétablit l’esclavage en 1802, il abrogea également le principe de « sol libre » et reconstitua la police spécialisée mise en place en 1777, cette fois avec des mesures de répression plus strictes.

L'esclavage dans les colonies françaises

vignette|Esclaves coupant la canne à sucre dans une plantation coloniale. L'empire colonial français pratiquait l'esclavage dans ses colonies. L'esclavage était vu comme indispensable pour extraire à bas coût les matières premières et développer l'agriculture à grande échelle. Au milieu du XVI siècle, des personnes réduites en esclavage étaient acheminées d'Afrique vers les Caraïbes par des mercantilistes européens. La Nouvelle-France et les colonies françaises d'Afrique n'étaient pas épargnées.

La Compagnie française des Indes occidentales développa des plantations de tabac dans les colonies françaises. Elle détenait le monopole de la traite négrière en provenance du Sénégal, qui, depuis 1658, appartenait à la Compagnie du Cap-Vert et du Sénégal. La traite se poursuivit sous l'égide de la Compagnie du Sénégal de 1658 à 1709. La Compagnie faisait le commerce d'esclaves avec les royaumes haoussas du Mali et les Maures de Mauritanie.

En 1778, les Français faisaient transiter chaque année environ 13 000 Africains comme esclaves vers les Antilles françaises.

L'esclavage en Nouvelle-France L’esclavage était pratiqué par la colonie française de Nouvelle-France (qui couvrait une partie du Canada actuel). En 1750, les deux tiers des personnes réduites en esclavage en Nouvelle-France étaient autochtones, mais en 1834, la plupart étaient noires.

Commerce des esclaves vignette|L'entrepont de La Marie Séraphique, navire négrier nantais.