Le multiculturalisme en Australie se reflète aujourd'hui dans la composition multiculturelle de la population d'Australie, ses politiques d'immigration, son interdiction de la discrimination, l'égalité devant la loi de toutes les personnes, et les diverses politiques culturelles qui promeuvent la diversité, telles que la création du Special Broadcasting Service.
D’après le recensement de 2011, 26% de la population est née à l’étranger et 20% de la population ont au moins un parent né à l’étranger. Les Aborigènes d'Australie représentent environ 2,5% de la population. Les diverses communautés migrantes d’Australie ont apporté avec elles des traditions culinaires, des modes de vie et des pratiques culturelles qui se sont intégrées à la culture australienne dominante.
De la Fédération jusqu'après la Seconde Guerre mondiale, l'Australie a appliqué la politique de l'Australie blanche. Cette politique a été démantelée après la guerre par diverses modifications de la politique d'immigration du gouvernement australien.
Histoire
Pré-fédération Avant la colonisation européenne, le continent australien était habité par divers peuples aborigènes depuis environ 60 000 ans, et les îles du détroit de Torres étaient peuplées par différents groupes insulaires. Ces peuples parlaient au moins 250 langues mutuellement inintelligibles (la linguiste Claire Bowern en avance le chiffre de 363), comprenant environ 800 dialectes. On estimait qu’environ 120 de ces langues étaient encore parlées en 2016, et plusieurs autres sont en cours de revitalisation grâce à des programmes de revitalisation linguistique.
Au cours du 17e siècle et du milieu du 18e siècle, des pêcheurs de trépans makassan (ainsi que des marins néerlandais naufragés) entrèrent en contact avec les Aborigènes d'Australie au long de la côte nord australienne, mais sans aboutir à une installation permanente. Dès l'arrivée de la Première Flotte en 1788, des vagues de colons européens commencèrent à émigrer vers le continent australien. En 1901, le continent australien était composé de six colonies britanniques, qui acceptèrent la même année de se fédérer en un seul État.
Politique de l'Australie blanche De 1901 à 1973, la loi sur la restriction de l'immigration de 1901, plus communément appelée politique de l'Australie blanche, a limité l'immigration non européenne en Australie. Cette politique visait à réduire la diversité ethnique et culturelle de la population immigrée. Elle cherchait à préserver l'identité ethnoculturelle « anglo-saxonne » de la nation australienne, à promouvoir l'immigration européenne et à exclure les personnes ne correspondant pas au caractère européen, majoritairement anglo-celtique, de la société australienne. Au cours du 20e siècle, le nombre de migrants britanniques étant devenu insuffisant pour pallier la pénurie de main-d'œuvre, les immigrants arrivaient donc de plus en plus d'autres régions d'Europe, comme l'Italie, la Grèce, l'Allemagne, les Pays-Bas et l'ex-Yougoslavie. Jusqu'alors, l'attitude dominante face à l'installation des migrants reposait sur l'idée d'assimilation culturelle : les migrants devaient abandonner leur culture et leur langue et rapidement s'adopter dans la population locale.
L'émergence du multiculturalisme droite|vignette|400x400px|Pourcentage de la population australienne dont les deux parents sont nés en Australie, réparti géographiquement par zone statistique locale, selon le recensement de 2011 Du milieu des années 1960 à 1973, lorsque les derniers vestiges de la politique de l'Australie blanche furent abolis, les politiques publiques commencèrent à examiner les hypothèses relatives à l'assimilation. Ainsi, elles reconnurent que de nombreux migrants, surtout ceux dont la langue maternelle n'était pas l'anglais, rencontraient des difficultés lors de leur installation en Australie et qu'ils nécessitaient une assistance plus directe. Les gouvernements ont également reconnu l'importance des organisations ethniques pour faciliter l'intégration des migrants. En conséquence, les dépenses consacrées au soutient et au bien-être des migrants ont augmentées au début des années 1970 pour répondre à ces besoins.
Après les premières mesures prises par le gouvernement Whitlam en 1973, le gouvernement de Coalition conservateur de Fraser a mis en place de nouvelles politiques nationales officielles en matière de multiculturalisme en 1978Mark Lopez (2000),The Origins of Multiculturalism in Australian Politics 1945–1975, Melbourne University Press, Carlton South, Victoria (). Le gouvernement Travailliste de Bob Hawke a continué ces politiques durant les années 1980 et au début des années 1990, et elles ont été soutenues par Paul Keating jusqu'à sa défaite électorale en 1996. Les politiques « CALD » (ou diversité culturelle et linguistique) continuent d'être mises en place dans tous les niveaux de gouvernement et de service public, notamment dans les systèmes de soutien médical destinés spécifiquement aux résidents non anglophones.
Depuis son introduction officielle en Australie, la signification du multiculturalisme a considérablement évolué. Initialement, la population majoritaire le percevait comme la nécessité d'accepter que de nombreux membres de la communauté australienne soient issus de cultures différentes et qu'ils maintiennent encore des liens à celle-ci. Cependant, il en est venu à désigner le droit des migrants, au sein de la société australienne, d'exprimer leur identité culturelle. Aujourd'hui, il est souvent employé pour faire référence à l'idée que les Australiens possèdent de multiples origines culturelles ou ethniques.
Au cours des dernières décennies, le niveau global d'immigration en Australie a augmenté. Le solde migratoire net est passé de 30 000 en 1993 à 118 000 en 2003-2004 et à 262 500 en 2016-2017.
D’après le recensement de 2011, 26% de la population est née à l’étranger, et 20% supplémentaires ont au moins un parent né à l’étranger. Parmi les personnes nées à l’étranger, 82% vivent dans les villes capitales d'Australie. Les Aborigènes d'Australie représentent environ 2,5% de la population. En 2008, l’Australie se classait au 18e rang mondial en termes de migration nette par habitant, devant le Canada, les États-Unis et la plupart des pays européens.
Selon l'Agenda National pour une Australie Multiculturelle (en anglais : National Agenda for a Multicultural Australia) de 2014, le gouvernement australien s’intéressait à trois grands domaines politiques : l’identité culturelle, la justice sociale et l’efficacité économique.
Terminologie Les membres d'une communauté multiculturelle qui ne sont pas d'origine anglo-australienne et/ou qui ne se sont pas « assimilés », c'est-à-dire qui sont nés à l'étranger et qui parlant une autre langue à la maison, sont parfois désignés dans le discours politique comme appartenant à la diversité culturelle et linguistique (CALD), notamment en Australie, où ce terme a été introduit en 1996 pour remplacer celui de « population non anglophone » (NESB), car il englobe des facteurs qui ne sont pas seulement linguistiques. Ce terme est principalement utilisé pour « distinguer la communauté dominante de celles où l'anglais n'est pas la langue principale et/ou où les normes et valeurs culturelles diffèrent », mais il n'inclut pas les Aborigènes et les Insulaires du détroit de Torres, qui possèdent un ensemble d'attributs différents.
Chronologie En 1973, le terme « multiculturalisme » fit son apparition, et des groupes de migrants formèrent des associations nationales et étatiques afin de préserver leurs cultures et de promouvoir la survie de leurs langues et de leur patrimoine au sein des institutions dominantes. Le professeur Jerzy Zubrzycki, lorsqu'il présidait le Comité des modèles sociaux (en anglais : Social Patterns Commitee) du Conseil consultatif sur l'immigration (en anglais : Immigration Advisory Council) auprès du gouvernement travailliste de Whitlam, défendit le multiculturalisme comme une politique sociale.
Voici une chronologie des politiques gouvernementales et des différents organismes créés au fil des ans pour soutenir le multiculturalisme :
1973 – Al Grassby, Ministère de l'immigration du gouvernement de Whitlam government, issue une référence papier intitulé « A multi-cultural society for the future ». 1975 – Dans une cérémonie proclamant le Racial Discrimination Act 1975, le Premier Ministre à référé l'Australie comme « nation multiculturelle ». Le Premier Ministre et le Chef de l'Opposition officielle ont fait des discours démontrant pour la première fois que le multiculturalisme devenait une majeure priorité politique dans les deux côtés politiques. 1977 – le Conseil australien des affaires ethniques, chargé de conseiller le gouvenernement du Parti Liberal-Country de Fraser, a recommandé une politique publique de multiculturalisme dans son rapport intitulé « Australia as a multicultural society ». 1978 – Les premières politiques nationales officielles en matière de multiculturalisme ont été misses en oeuvre par le gouvernement Fraser, conformément au recommandations du rapport Galbally, dans le contexte des programmes et services gouvernementaux destinés aux migrants. 1979 – un acte du parlement a créé l'Australian Institute of Multicultural Affairs (AIMA), dont les objectifs comprenaient la sensibilisation à la diversité culturelle et la promotion de la cohésion sociale, de la compréhension et de la tolérance. 1986 – le AIMA Act a été abrogé par le gouvernement de Hawke, ce qui en 1987, créa l'Office of Multicultural Affairs (OMA) dans le Département du Premier Ministre et son Cabinet. Cela s'expliquait en partie par la réaction négative suscitée par leur budget de 1986, ce qui a mis en évidence la nécessité de recueillir davantage d'informations sur les questions multiculturelles, une recommandation formulée par le rapport Jupp sur les programmes et les services destinés aux migrants et aux populations multiculturelles. L'intégration de ces questions au sein du PMC a conféré aux affaires multiculturelles le même statut qu'aux questions relatives aux femmes et aux peuples autochtones. Peter Shergold a été nommé directeur et a orienté les efforts vers la mise en avant des avantages économiques d'une société culturellement diversifiée. L'OMA a avisé le PM et son Le ministre de l'Immigration et des Affaires ethniques ainsi que le nouveau ministère Australian Council of Multicultural Affairs, avec le juge Sir James Gobbo à la tête. 1987 - L'adoption par le gouvernement fédéral de la Politique nationale des langues (PNL) constituait la première politique linguistique explicite d'Australie. Elle associait la défense des droits multiculturels (par le biais du soutien aux langues communautaires, à l'interprétation, à la traduction et aux questions connexes), la cohésion sociale (par le soutien à l'anglais et à l'alphabétisation en anglais, et par l'éducation interethnique), les droits des peuples autochtones (par le biais du soutien et de la reconnaissance des diverses langues des Premières Nations) et les relations extérieures de l'Australie ainsi que son intégration dans les affaires régionales asiatiques (par la promotion des principales langues d'Asie). Les principes de la PNL ont été maintenus au cours des décennies qui ont suivi son adoption, tant au niveau des États qu'au niveau fédéral. 1989 – Suite à des consultations communautaires et en tenant compte des avis du Advisory Council for Multicultural Affairs (ACMA), le gouvernement Hawke a élaboré le Programme national pour une Australie multiculturelle, qui bénéficiait d'un soutien politique bipartisan. 1991 – À ce moment, Paul Keating est devenu Premier Ministre et l'OMA a été graduellement dissoute.