Le nettoyage ethnique dans la région de Banja Luka désigne les expulsions, arrestations, persécutions et assassinats visant les populations bosniaques et croates dans la région de Banja Luka pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine.

Contrairement à d’autres régions de Bosnie-Herzégovine marquées par des affrontements militaires directs, la région de Banja Luka ne connaît pas de combats majeurs pendant la guerre. Malgré l’absence de front militaire, les autorités serbes de Bosnie y mettent en œuvre une politique de discrimination, d’expulsion et de persécution contre les populations non serbes.

Contexte Dans le contexte de l'éclatement de la Yougoslavie, plusieurs études sur les conflits yougoslaves associent les politiques de Slobodan Milošević à un projet visant à unir les territoires peuplés de Serbes en Croatie et en Bosnie-Herzégovine au sein d'un État serbe unique, dans le cadre d'une Grande Serbie.

À partir de 1991, avec le soutien de la Serbie, de l'Armée populaire yougoslave (JNA), de forces de sécurité serbes et de formations paramilitaires, des dirigeants serbes établissent des structures politiques autonomes dans certaines régions de Croatie et de Bosnie-Herzégovine. En Bosnie-Herzégovine, plusieurs régions autonomes serbes (SAO) sont créées et constituent le cadre institutionnel initial de la future « Republika Srpska ».

Ces régions comprennent d’importantes populations bosniaques et croates, et plusieurs municipalités concernées possèdent une majorité non serbe. Au printemps 1992, les autorités serbes locales, soutenues par des unités de la JNA, des forces de police et des groupes paramilitaires, prennent progressivement le contrôle de ces territoires .

Selon les jugements du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, ce processus s’accompagne dans de nombreuses municipalités de campagnes de persécution, d’expulsions forcées et d’autres crimes visant les populations non serbes, qualifiés par le tribunal et plusieurs travaux historiques de nettoyage ethnique.

Avant la guerre, Banja Luka est la principale ville de la Bosanska Krajina et compte une importante population bosniaque et croate aux côtés de la majorité serbe. En avril 1992, le Parti démocratique serbe (SDS), avec le soutien des forces de sécurité locales et de groupes paramilitaires connus sous le nom de « SOS », prend progressivement le contrôle des institutions politiques, policières et administratives de la ville (paragraphes 147-169). Les populations non serbes de la ville et des municipalités voisines sont alors exclues de la vie publique et font l’objet de discriminations, de licenciements, d’intimidations, d’arrestations arbitraires et d’expulsions, dans le cadre d’un processus visant à modifier la composition ethnique de la région.

Persécutions, détentions et expulsions À partir du printemps 1992, les Bosniaques et les Croates de la région de Banja Luka sont soumis à une campagne systématique de persécutions, de discriminations et d'expulsions. De nombreux non-Serbes sont licenciés de leur emploi dans les administrations, les entreprises publiques et les services essentiels. La perte de leur travail s'accompagne souvent de la suppression de leurs droits sociaux et d'un accès limité aux soins de santé, entraînant une précarisation rapide de nombreuses familles.

Des civils sont régulièrement convoqués dans les locaux du ministère de l'Intérieur ou des postes de police pour y être interrogés. Plusieurs témoignages font état de passages à tabac, de mauvais traitements, de disparitions forcées et, dans certains cas, d'assassinats. D'autres sont contraints de signer des actes de cession ou de renonciation à leurs biens immobiliers avant d'être expulsés de leur domicile (paragraphe 605). Les expulsions sont souvent organisées par les autorités locales au moyen de convois ou de transports collectifs vers les territoires contrôlés par le gouvernement bosnien ou vers l'étranger.

vignette|Camp de Manjača, près de Banja Luka Les actes d'intimidation, les descentes nocturnes, les perquisitions arbitraires, les menaces, les viols et la pose d'engins explosifs dans les domiciles de non-Serbes étaient monnaie courante. Sous la pression des autorités locales, des forces de sécurité et de groupes armés, plusieurs dizaines de milliers de Bosniaques et de Croates quittent progressivement la région. Le nettoyage ethnique de Banja Luka s'inscrit dans une campagne plus vaste menée à l'échelle de la Bosanska Krajina. Dans son rapport final, la Commission d'experts des Nations unies évoque un système de « camps de concentration et déportations » dans lequel des milliers de civils non serbes sont détenus dans des camps tels qu'Omarska, Keraterm et Trnopolje .

Dans la municipalité de Banja Luka, huit centres de détention ainsi que le camp de Manjača sont mis en place. Selon plusieurs sources, entre 3 000 et 5 000 non-Serbes y auraient été internés, en grande majorité des civils, parmi lesquels figuraient également des femmes, des personnes âgées et des mineurs (paragraphes 176-179). De nombreux détenus sont soumis à des mauvais traitements, à des actes de torture et à des violences physiques ; certains sont tués en détention (paragraphes 436-440. Selon plusieurs sources, une vingtaine de civils détenus seraient morts par asphyxie lors de leur transfert vers le camp de Keraterm, effectué dans des camions bâchés et dans des conditions inhumaines. Les cas de détention arbitraire, de torture, de disparition forcée et de meurtre de civils commis dans la région de Banja Luka ont été largement documentés par des organisations internationales de défense des droits humains ainsi que par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).

Destruction du patrimoine religieux L’ensemble des mosquées de Banja Luka, soit environ quinze édifices religieux musulmans, a été détruit entre 1992 et 1995 dans le cadre d’actes de destruction systématique du patrimoine religieux. Parmi celles-ci figuraient notamment les mosquées historiques Ferhadija et Arnaudija. Plusieurs églises catholiques ont également été endommagées ou détruites.

Ces destructions, réalisées par pose d’explosifs, sont documentées par plusieurs organisations internationales et s’inscrivent dans le contexte des politiques de persécution visant les populations non serbes de la région.

Conséquences À la fin de la guerre, environ 40 000 Bosniaques et Croates de la région de Banja Luka avaient été expulsés, avaient fui ou avaient été déplacés de force (paragraphe 139). Dans le même contexte, des réfugiés serbes, notamment en provenance de Croatie, s’installent dans la région, contribuant à une modification importante de sa composition démographique, la population serbe atteignant environ 89 %.

Les événements survenus dans la région de Banja Luka sont évoqués dans plusieurs procédures du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie relatives aux politiques de persécution et de déplacements forcés menées pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine.

Bibliographie

Voir aussi Guerre de Bosnie-Herzégovine Nettoyage ethnique dans la guerre de Bosnie-Herzégovine Nettoyage ethnique de Prijedor Camp de Manjača Camp de concentration d'Omarska Camp de Keraterm Mosquée Ferhadija Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie

Références

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