Ivaan Kotulsky (né à Cologne le 9 octobre 1944 et décédé à Toronto le 6 décembre 2008) est un artiste canadien né dans un camp de concentration en Allemagne. Parrainée par la famille d’un forgeron d’Alberta en 1949, sa famille s’installe à Toronto où le jeune Ivaan se prend très tôt de passion pour la photographie qu’il étudie à l’institut polytechnique Ryerson. Engagé par la société d’édition Maclean-Hunter il devient rapidement photographe en chef et, outre des scènes de rue et d’actualité, photographie de nombreuses personnalités politiques et artistiques de l’époque. Une visite en 1970 chez le forgeron qui avait parrainé sa famille lui fait découvrir les possibilités offertes par le travail du métal. Tout en continuant à faire de la photographie, il se consacre alors à l’orfèvrerie et à la sculpture sur métal. Une série de crises cardiaques débutant en 2000 l’empêche progressivement de travailler. Il continue toutefois à travailler avec l’aide de son épouse jusqu’à son décès en 2008. Cette dernière continue alors son œuvre jusqu’à la fin de 2018.
Carrière
Photographie
Ivaan Kotulsky naquit dans les derniers mois de la Deuxième Guerre mondiale de parents ukrainiens internés dans un camp de travail forcé près de Cologne (Rép. Féd. d'Allemagne). Lors de sa naissance la baraque où se trouvait sa mère fut bombardée la forçant à fuir les flammes avec son bébé. La guerre terminée, la famille demeura dans un camp de personnes déplacées en Allemagne.
En 1949, parrainée par la famille d’un forgeron de Smoky Bay, communauté agricole d’Alberta, la famille quitta l’Allemagne pour le Canada et demeura deux ans dans la famille du forgeron. C’est là que le jeune Ivaan s’initia aux beautés du métal fondu et transformé. En 1951, la famille partit s’installer à Toronto, acquérant bientôt une maison dans le quartier de Cabbagetown, près de la rivière Don au bord de laquelle le jeune Ivaan put se prendre pour Tom Sawyer, manifestant déjà son esprit d’indépendance et son gout de l’aventure. Il fit ses études au Harbord Collegiate où il s’initia à la photographie, devenant membre du club de photographie. Il poursuivit dans cette voie en étudiant la photographie à l’institut Ryerson Polytechnical.
Très tôt cependant, il quitta une famille où régnaient les valeurs traditionnelles pour donner cours à son caractère artistique et indépendant. Ayant obtenu son diplôme, il fut embauché par la société Maclean-Hunter Publishing où, très rapidement, il fut promu photographe-en-chef. Ceci lui permit de pouvoir photographier des personnalités imminentes comme la reine Elizabeth II, le premier ministre Pierre Elliott Trudeau, les Beatles, Janis Joplin, les Rolling Stones, Jim Hendrix, sans compter le photographe de renommée internationale Yousuf Karsh. Il se distingua toutefois davantage comme photographe de rue. Tout au cours de la décennie 1990, il photographia le centre-ville de Toronto, en particulier les quartiers de Queen Street West et de Bathurst Street, photographiant souvent les mêmes personnes et produisant des photos donnant un portrait de plus en plus personnel et profond des citoyens ordinaires de ces quartiers. On dit qu’il ne quittait jamais son domicile sans apporter sa caméra. Il en possédait du reste une collection de quelque 200 modèles datant des années 1940, 1950 et 1960. Sa collection de photos fut donnée aux archives de la ville de Toronto et nombre d'entre elles furent incluses dans une rétrospective présentée en 2013, « On the Grid : 100 Years of Street Photography in Toronto » (100 ans de photographies de rue à Toronto).
Orfèvrerie
En 1970, alors qu’il avait vingt-cinq ans, le magazine Châtelaine l’envoya faire un reportage dans l’ouest du Canada. Il en profita pour aller rendre visite au forgeron de Smoky Bay qui avait parrainé ses parents un quart de siècle plus tôt. Il fut tellement fasciné en voyant le travail sur métal que faisait ce dernier qu’il décida de changer d’orientation. Tout en continuant à faire de la photographie comme loisir, il quitta Maclean-Hunter en 1973 pour se consacrer uniquement à sa nouvelle passion.
Inspiré par les artistes modernes de Lalique et de Guimard, mais surtout par les anciens artistes de la Renaissance, il produisit des bijoux faits de divers métaux ainsi que d’un alliage qui lui était propre fait de chrome et de fer. Utilisant l’ancienne technique de la cire perdue pour ses moules, il faisait lui-même le polissage et la finition pour s’assurer de la qualité finale du produit dont les détails étaient aussi raffinés que complexes :
En 1979, le Musée des beaux-arts de l'Ontario lui confia le soin de créer une série de bijoux pour son exposition Toutânkhamon. Koltulsky produisit des bagues en forme de scarabées, des pendentifs, des boucles de ceinture et des bracelets inspirés de l’ancienne Égypte. Le succès fut tel que l’artiste put les regrouper dans une exposition individuelle à l’association artisanale Craft Ontario.
Dans la même veine, il créa une série de broches en forme d’étoile pour le Festival international du film de Toronto (TIFF) ainsi qu’une statuette en forme de griffon commandée par la société du barreau pour son « prix de la Justice ».
En 1995 il ouvrit sa propre boutique sur Queen Street. La même année il épousait Eya Donald Greenland, une amie de longue date rencontrée en 1969 alors qu’il était encore photographe pour Maclean. La bague de mariage qu’il créa pour l’occasion portait en son centre non une émeraude géante mais une pièce de verre retravaillée faite à partir d’une vieille bouteille de Seven Up.
En 2000, Kotulsky subit une première crise cardiaque qui devait le laisser partiellement paralysé. Il continua néanmoins à travailler s’adjoignant son épouse en 2005, laquelle s’initia à la technique de la cire perdue et continua à travailler à partir des moules et concepts originaux. Les médecins réalisèrent que les crises successives étaient causées par une artère endommagée du cerveau, conséquence possible des conditions difficiles de sa naissance. Il devait mourir d’une dernière crise survenue alors qu’une opération au cerveau était en voie de réparer l’artère endommagée. Il avait soixante-quatre ans.
Il fut inhumé au cimetière The Necropolis de Toronto; les archives municipales de cette ville firent l’acquisition de sa vaste collection de photographies prises entre 1990 et 2000, lesquelles servirent de base à l’exposition Life On the Grid : 100 Years of Street Photography in Toronto, en 2013.
Héritage
Au moment de son décès, diverses commandes étaient encore en suspens. Avant son opération Ivaan avait demandé à son épouse de continuer son héritage artistique. Quelque deux mois après son décès, Eya reprit le flambeau et, utilisant les quelque 2000 moules que son mari avait accumulés en quarante ans de carrière, se mit au travail, complétant les commandes déjà passées et en acceptant de nouvelles de personnes qui avaient admiré l’œuvre de son époux et voulaient en conserver la mémoire.
Eya vendit alors sa maison pour acquérir un petit local commercial qui lui servit d’atelier et de galerie à la mémoire de son époux, perpétuant ainsi non seulement son souvenir, mais aussi son œuvre : « Bien que nous utilisions mes mains, nous utilisions vraiment son intelligence ».
L’ « Atelier Ivaan » ferma ses portes le 31 décembre 2018.
Honneurs 1996 : Prix d’or et d’argent du National Magazine pour son reportage photo « No Fixed Address » publié par le magazine Toronto Life. 2013 : L’exposition « Life on the Grid : 100 Years of Street Photography in Toronto” met en vedette le travail d’Ivaan Kotulsky. 2017 : La ville de Toronto nomma l’une de ses allées « Ivaan Kotulsky Lane » en son honneur.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Photographie au Canada Photographie de rue Cire perdue Ukraino-Canadiens
Liens externes
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