Jules-Napoléon Guérin, né à Madrid le et mort à Paris le , est un journaliste français, directeur de l'hebdomadaire L'Antijuif et qui fut au centre de l'affaire Fort Chabrol.

Biographie Né à Madrid en Espagne, il est le fils de Virginie Simyan et Pierre Guérin.

Début de carrière Son père, ingénieur, avait été appelé pour construire la première usine à gaz espagnole, commanditée par la Société des huiles minérales de Colombes dirigée par M. Mallet. Ce dernier va embaucher le jeune Jules ainsi que son frère Louis, vers 1877, comme jeunes apprentis. En , Jules y devient directeur du personnel. En , il est condamné par le tribunal de commerce pour concurrence déloyale vis-à-vis de la Société de Colombes ; il connaît par la suite quelques ennuis financiers dont une faillite jugée frauduleuse.

Journaliste militant antisémite Au départ proche de Jean Allemane et des socialistes, il se rapproche des radicaux puis s'en éloigne avant de rejoindre, en 1889, la Ligue nationale anti-sémitique de France fondée par Drumont et Biez. Le marquis de Morès participant au financement de la ligue, il s'en rapproche et une amitié grandit ; il fonde ensuite une association, « Les Amis de Morès » (consultable en ligne sur Internet Archive)..

A partir de 1893, il collabore au journal antisémite fondé par Édouart Drumont, La Libre Parole, ainsi que sa version illustrée, La Libre Parole illustrée.

Contre le Grand Orient de France, il fonde, en , la Ligue antimaçonnique et antisémite, qu'il renommera en 1899 Grand Occident de France : elle est particulièrement active et virulente lors de l'affaire Dreyfus, qui devient une affaire nationale à partir de . Guérin est alors financé par le duc d'OrléansLaurent Joly, « Antisémites et antisémitisme à la Chambre des députés sous la IIIe République », in Revue d’histoire moderne et contemporaine, , mars 2007, p. 63-90. et par le millionnaire catholique Edmond ArchdeaconBertrand Joly, A droite de la droite, éditions du Septentrion, 2012, p. 44-50..

En , il fait huit jours de prison à Alger pour voies de fait, après avoir rencontré Max Régis, fondateur de L'Antijuif algérien.

Les tensions entre la direction de la Libre Parole et la Ligue antisémite amène Guérin à créer son propre journal : L'Antijuif en .

Guérin était également membre de la Ligue de la patrie française.

Fort Chabrol Il fut impliqué dans le coup d'État manqué de février 1899 mené notamment par Paul Déroulède ce qui lui valut d'être poursuivi pour complot contre la sûreté de l'État.

Du au , il se réfugia alors dans l'immeuble qu'occupait l'organisation du Grand Occident de France dans la rue de Chabrol (siège de son journal) avec une douzaine d'hommes armés et y soutint un siège qui dura 38 jours (épisode dit du « Fort Chabrol »). L'épisode, où la garde républicaine et la police dirigée par le préfet Lépine apparurent inefficaces, suscita des railleries dans l'opinion publique. Jules Guérin fut arrêté après sa reddition et condamné en 1900 à une peine de dix ans de détention, commuée l'année suivante en bannissement ; le gouvernement de défense républicaine avait en effet décidé de poursuivre les meneurs en Haute Cour.

Fin de vie Les détestations et jalousies des différents protagonistes des évènements de 1899 rendaient une nouvelle union des droites ou l'organisation de tentatives de coup d'état impossible. Jules Guérin poursuivra malgré tout son activité antisémite et sa propagande anti-dreyfusarde jusqu'à sa mort.

Domicilié à Ablon-sur-Seine, il meurt à Paris le rue Oudinot dans le , laissant une veuve, Jeanne Rouvière, âgée de 32 ans au moment du décès.

D'après le témoignage de ses proches, Marcel Proust aurait assisté à ses obsèques. Il est enterré à Paris au cimetière de Montmartre. Sa tombe, restée sans nom pendant 80 ans, a été restaurée par l'Association Mémoire Jules Guérin.

Louis-Ferdinand Céline lui rend hommage dans Maudits soupirs pour une autre fois :

Publications La faillite du socialisme, Paris, Guillaumin et Cie, 1902 (en ligne) Les Trafiquants de l'antisémitisme. La maison Drumont and C°, Paris, Félix Juven, 1905 (en ligne)

Dans la fiction Jules Guérin est interprété par Hubert Delattre dans la série française Paris Police 1900, qui développe plusieurs épisodes de sa vie, notamment lorsqu'il dirige le journal L'Antijuif, ou encore ses rapports familiaux et ses liens avec Édouard Drumont.

Dans la mini-série télévisée pour Antenne 2 Émile Zola ou la Conscience humaine (1978) de Stellio Lorenzi, son rôle est joué par Jean-Pierre Bagot.

Notes et références

Annexes Bibliographie sur le coup d'État de la Patrie française Charles Chenu, Affaire de la “Patrie française”, 18-. du Tribunal correctionnel. Plaidoirie de Me Chenu, Paris, Plon-Nourrit, 1899. Haute Cour de justice. Affaire Buffet, Déroulède, Guérin et autres, inculpés de complot, 8 fascicules, Paris, Imprimerie nationale, 1899. Le Procès de la Patrie française, Perrin et Cie, 1899.

En général

Éric Fournier, La Cité du sang, Paris, Libertalia, 2008 ( en ligne)

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