vignette|droite|redresse=0.7|alt=dessin de Thérèse de Lisieux tenant en mains un cricifix entouré de roses|Dessin de Thérèse de Lisieux par sa sœur Céline.
La spiritualité thérésienne, appelée aussi voie de l'enfance spirituelle, petite voie ou voie de l'abandon, est une spiritualité catholique développée par Thérèse de Lisieux, une carmélite française de la fin du . On la trouve particulièrement dans l'Histoire d'une âme, son autobiographie, qui a connu un succès mondial. Fondamentalement, elle consiste à être face à Dieu comme un petit enfant face à son père., spécialement dans la confiance que cela implique. Cette spiritualité peut être vécue par tous les chrétiens, dans tous les états de vie, à tout moment de l'existence..
L'intuition de Thérèse de Lisieux Thérèse de Lisieux exprime l'intuition qui l'a guidée pour développer une nouvelle spiritualité dans l'Histoire d'une âme. Elle s'adresse dans le Manuscrit C à sa prieure Mère Marie de Gonzague :
l'Acte d'offrande à l'amour miséricordieux Le , le dimanche de la solennité de la Trinité, Thérèse écrit son Acte d'offrande à l'amour miséricordieux du Bon Dieu, qui marque un sommet dans la voie spirituelle qu'elle a découverte et vécue. En voici quelques extraits les plus significatifs : vignette|redresse=1.3|gauche|alt=mosaïque représentant Thérèse environnée de plusieurs des derniers papes.|Mosaïque montrant Thérèse de Lisieux et le rôle de plusieurs papes dans la diffusion de sa spiritualité, dans le nef de la basilique de Lisieux. Lorsqu'elle pose cet acte spirituel particulièrement fort, son âme est envahie par des fleuves de grâce qui sont venus l'inonderHistoire d'une Âme, man. A, folio 84 r°.. Cet acte s'est inséré dans le contexte d'une vie religieuse carmélitaine depuis 7 ans, où « elle était habitée par une humilité extraordinaire et un désir d'aimer Dieu encore plus grand ».. Mais elle découvrit que son désir d'aimer Dieu était ridicule face à l'amour exorbitant de Dieu pour chaque homme, qui est comme un feu dévorant, selon l'image du buisson ardent.. Il y avait une tradition carmélitaine de s'offrir à la justice de Dieu, c'est-à-dire qu'une sœur acceptait de souffrir de façon extrême, ou encore de perdre la raison, en vue d'obtenir que beaucoup de pécheurs soient sauvés et puissent aller au Paradis. Thérèse, elle, rompt avec son milieu pour s'offrir à l'amour de Dieu et non plus à sa justice. Elle peut dire alors, « Oh mon Jésus ! que ce soit moi cette heureuse Victime, consumez votre holocauste par le feu de votre divin amour. » Par là, elle répond à la demande de Jésus : « C'est un feu que je suis venu apporter sur la terre et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ».. Alors, l'amour de Dieu comble la misère de l'homme en la consumant, sans que celle-ci cesse d'être une faiblesse. On retrouve là la petitesse caractéristique de la voie d'enfance spirituelle. Cette offrande à l'amour miséricordieux, qu'elle soit prononcée par Thérèse (après sa première occurrence, elle prononça l'Acte d'offrande très régulièrement, et ce avec quelques autres sœurs du couvent de Lisieux, notamment sa sœur Céline, sœur Geneviève en religion) ou par la suite par ses disciples, exige de se sentir indigne de le prononcer et de vivre par la suite dans la confiance et l'abandon.
L'abandon dans la spiritualité thérésienne vignette|droite|redresse=1.3|alt=sculpture de Thérèse de Lisieux et de son père sur un banc|Thérèse demandant avec confiance à son père de pouvoir entrer au Carmel à 15 ans. Toutes les spiritualités chrétiennes, d'une manière ou d'une autre, intègrent l'abandon. Thérèse de Lisieux, dans l'Histoire d'une âme, l'évoque aussi, en termes très vigoureux : « C'est l'abandon seul qui me guide, je n'ai point d'autre boussole...! »Histoire d'une âme, man. A, folio 82 v°. Ce mouvement intérieur d'abandon qu'elle vit et propose, elle le rattache à la science de l'amour qu'elle découvre dans sa vie de carmélite : « Je comprends si bien qu'il n'y a que l'amour qui puisse nous rendre agréables au Bon Dieu que cet amour est le seul bien que j'ambitionne. Jésus se plaît à me montrer l'unique chemin qui conduit à cette fournaise divine, ce chemin c'est l'abandon du petit enfant qui s'endort sans crainte dans les bras de son Père... »Histoire d'une âme, man. B, folio 1 r°. Alors il n'y a plus de place pour les peurs, pour le désir de sécurité humaine, pour le besoin de tout contrôler.. Cet abandon s'appuie aussi sur la doctrine de l'Évangile : « Ne vous inquiétez pas de la nourriture ou du vêtement... Tout cela, les païens du monde le recherchent sans répit, mais vous, votre Père sait que vous en avez besoin ».. La doctrine de l'abandon peut être rapprochée du quiétisme, mais en réalité, on retrouve aussi chez Thérèse l'autre pôle de la vie spirituelle : elle agit comme si tout dépendait d'elle : « Il faut faire tout ce qui est en soit, donner sans compter, se renoncer constamment, en un mot, prouver son amour par toutes les bonnes œuvres en son pouvoir. Mais à la vérité, comme cela est peu de choses...Il est nécessaire, quand nous aurons fait tout ce que nous croyons devoir faire, de nous avouer des serviteurs inutiles, espérant toutefois que le Bon Dieu nous donnera, par sa grâce, tout ce que nous désirons ».. Dès lors, pour Thérèse de Lisieux, lorsqu'il y a des difficultés, des combats intérieurs, il ne s'agit pas de les nier, de les fuir, mais de les regarder en face. Ensuite, on peut les accepter et y adhérer, ce qui revient à aimer la volonté de Dieu dans ces circonstances concrètes. La dernière étape de ce processus consiste à s'en remettre à Dieu dans la confiance. Alors, on entre dans une dynamique de confiance, car « ce qui attire le plus de grâces du Bon Dieu, c'est la reconnaissance, car si nous le remercions d'un bienfait, il est touché et s'empresse de nous en faire dix autres,... ».
Principaux aspects de cette voie spirituelle On peut analyser la spiritualité thérésienne de bien des manières. Nous proposons ici de le faire d'après l'enseignement de Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus dans son ouvrage majeur Je veux voir Dieu. Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus en distingue huit aspects que voici : cultiver la confiance et la pauvreté en esprit ; maintenir le regard sur Dieu constamment et à travers tout ; pratiquer l'ascèse de petitesse ; ne pas aller vers l'extraordinaire ; accepter les mortifications imposées ; remplir tout son devoir d'état ; aller aux actions de charité : faire tout cela dans la joie..
Cultiver la confiance et la pauvreté en esprit La confiance, d'abord, c'est l'espérance théologale tout imprégnée d'amour. Par ailleurs, la misère, qui est une autre manière d'exprimer la pauvreté en esprit, offre à l'amour une capacité réceptive beaucoup plus grande et moins de droits stricts à ses bienfaits. Cela est dans la droite ligne de l'ÉvangileVoir par exemple la déclaration de Jésus sur Marie Madeleine, .. Cela peu déconcerter l'image habituelle que nous nous faisons de Dieu, car comme le fils prodigue., nous sommes « armés de cette justice égalitaire qui voudrait régulariser les effusions de l'Amour infini ». C'est là pourtant le fondement de la doctrine spirituelle de Thérèse de Lisieux. Ainsi explique-t-elle à Sœur Marie du Sacré-Cœur : « ce qui plaît [au Bon Dieu] c'est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c'est l'espérance aveugle que j'ai en sa miséricorde... Voilà mon seul trésor »Lettre de Thérèse 197, du 17 septembre 1896..
Maintenir le regard sur Dieu constamment et à travers tout Tout au long de son autobiographie, nous voyons Thérèse lire les éléments de sa vie sous un regard de foi. C'est ce que révèle l'épisode de la tartine : « L'après-midi passait vite, bientôt il fallait rentrer aux Buissonnets, mais avant de partir je prenais la collation que j'avais apportée dans mon petit panier ; la belle tartine de confitures que vous m'aviez préparée avait changé d'aspect : au lieu de sa vive couleur je ne voyais plus qu'une légère teinte rose, toute vieillie et rentrée... alors la terre me semblait encore plus triste et je comprenais qu'au Ciel seulement la joie serait sans nuages... »Histoire d'une âme, man. A, folio 14 v°.. Thérèse fait une expérience similaire en voyant la mer : « J'avais six ou sept ans lorsque Papa nous conduisit à Trouville. Jamais je n'oublierai l'impression que me fit la mer, je ne pouvais m'empêcher de la regarder sans cesse ; sa majesté, le mugissement de ses flots, tout parlait à mon âme de la Grandeur et de la Puissance du Bon Dieu.[...] Le soir, à l'heure où le soleil semble se baigner dans l'immensité des flots laissant devant lui un sillon lumineux, j'allai m'asseoir toute seule sur un rocher avec Pauline... Alors je me rappelai la touchante histoire “Du sillon d'or!...” Je contemplai longtemps ce sillon lumineux, image de la grâce illuminant le chemin que doit parcourir le petit vaisseau à la gracieuse voile blanche... Près de Pauline, je pris la résolution de ne jamais éloigner mon âme du regard de Jésus, afin qu'elle vogue en paix vers la Patrie des Cieux !... »Histoire d'une âme, man. A, folio 21 v°, et sq.. Mais c'est surtout dans la nuit de la foi qu'elle vivra durant ses deux dernières années où Thérèse a le regard obstinément fixé vers Dieu. Voici ce qu'elle écrit :
Pratiquer l'ascèse de petitesse L'ascèse de petitesse est définie par Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus comme un effort énergique et confiant malgré l'échec, qui consiste à « lever son petit pied en comptant sur Dieu pour le succès ». Cette image a été proposée par Thérèse de Lisieux à une de ses novices : Elle lui vient d'un épisode de son enfance : à deux ans environ, elle monte un escalier, marche après marche, en appellant à chaque fois sa maman pour que cette dernière reste auprès d'elle et l'encourage. Elle le relate dans l'Histoire d'une âmeHistoire d'une âme, man. A, folio 5 r°..
Ne pas aller vers l'extraordinaire Thérèse, tout en étant très généreuse, écartera tout ce qui est extraordinaire, c'est-à-dire selon Marie-Eugène, « tout ce qui brille ou exige une grande dépense de forces, en n'étant pas dans la ligne du devoir ordinaire ». Pourtant, dans son enfance, Thérèse était par exemple fascinée par les exploits de Jeanne d'ArcLettre de Thérèse 224 à l'Abbé Bellière, du 25 Avril 1897.. Mais elle découvrit que « pour parvenir à la vraie gloire, il n'était pas nécessaire de faire des œuvres éclatantes mais de se cacher et de pratiquer la vertu en sorte que la main gauche ignore ce que fait la main droite »Histoire d'une âme, man. A, folio 31 v°.. Cela marquera toute sa spiritualité et en sera un trait caractéristique.
Accepter les mortifications imposées Toutes les souffrances qu'imposent les événements providentiels ou qui sont le résultat direct de l'action de Dieu, entrent dans la volonté de Dieu, et ouvrent donc leur champ immense à la générosité et à la confiance en la grâce de Thérèse de Lisieux. Elle dit ainsi en s'adressant à Jésus :
Cette mortification est vécue en particulier dans les préceptes de la Règle carmélitaine, dans les usages de l'Ordre ou dans les prescriptions minutieuses et parfois changeantes de sa prieure ou de ses officières. Et il est plus ardu de se laisser imposer la mortification, par Dieu en l'occurrence, que de la choisir elle-même.
Remplir tout son devoir d'état Le devoir d'état est une notion de théologie catholique désignant les actes que l'on doit accomplir selon son état, par exemple l'exercice appliqué de sa profession si l'on travaille, le soin des enfants si l'on en a, etc. Tous les devoirs d'états qui apparaissent dans la vie religieuse de Thérèse, elle les vit dans une fidélité rigoureuse, avec une obéissance sans failles et un amour extraordinaire.
Aller aux actions de charité Thérèse pratique la charité fraternelle dans le quotidien de sa vie de religieuse avec une exquise délicatesse. Voici ce dont elle témoigne par exemple avec Sœur Saint Pierre : On pourrait multiplier les exemples.