Nicola Zaccaria, de son vrai nom Nikos Zachariou (), né le au Pirée et mort le à Athènes, est une basse d'opéra grecque dont la carrière internationale s'étend des années 1940 au début des années 1980.

Formé au Conservatoire national d'Athènes de Manolis Kalomiris, il en sort diplômé en 1951. En 1953, il remporte le concours international de La Scala de Milan, théâtre auquel il reste lié pendant vingt ans, où il tient le poste de basse principale pendant environ quinze ans.

Sa voix est décrite comme chaude, résonante et souple, avec une affinité pour les répertoires du bel canto et de Verdi. Il se produit sur des scènes européennes et américaines, dont le Royal Opera House de Londres, l'Opéra d'État de Vienne et le Festival de Salzbourg. Au cours de sa carrière, il collabore avec des chefs tels que Tullio Serafin, Herbert von Karajan, Antonino Votto et Gianandrea Gavazzeni.

Il est connu pour sa collaboration suivie avec la soprano Maria Callas, aux côtés de laquelle il chante sur scène à plusieurs reprises et avec qui il enregistre neuf opéras complets pour EMI. Au total, il enregistre plus de trente opéras intégraux pour les principales maisons de disques de son époque.

Biographie

Jeunesse et formation

Nicola Zaccaria naît le au Pirée, ville portuaire proche d'Athènes, de parents grecs. Son nom de naissance est Nikos Zachariou. Sa jeunesse se déroule dans le contexte de l'occupation de la Grèce par les puissances de l'Axe pendant la Seconde Guerre mondiale : dans un entretien accordé en 1988 au journaliste musical américain Bruce Duffie, il évoque les années 1941 et 1942 comme une période de disette sévère, au cours de laquelle il reste privé de pain pendant deux ans.

Sa formation vocale débute au Conservatoire national d'Athènes de Manolis Kalomiris, dont il sort diplômé en 1951. Avant ses débuts comme soliste, il chante dans le chœur de la Sainte-Trinité du Pirée et dans le chœur du Pirée. Il reçoit également des leçons d'Elvira de Hidalgo, qui fut l'une des premières enseignantes de Maria Callas. Il se perfectionne ensuite à Milan auprès du baryton Apollo Granforte, qui compte parmi ses élèves Raffaele Arié, Leyla Gencer ou Flaviano Labò.

Débuts en Grèce

En 1943, Zaccaria est engagé au chœur de l'Opéra national de Grèce. En , à l'âge de 26 ans, il fait ses débuts professionnels sur la scène de l'Opéra national de Grèce d'Athènes, sous son vrai nom, dans le rôle de Raimondo de Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti – le Virtual Museum de l'Opéra national de Grèce situe ses débuts comme soliste en 1950 dans ce même rôle.

Pendant trois ans, il chante à Athènes un répertoire d'opéra et d'opérette qui comprend notamment Rigoletto, Der Bettelstudent, O vaftistikos (Le Filleul), Fedora, Der fliegende Holländer, ainsi que Ta xotika nera (Les Eaux ombragées). L'expérience acquise lors de ces engagements lui permet d'accéder à une carrière internationale.

La Scala de Milan et la consécration internationale (1953–1960)

En 1953, Zaccaria poursuit ses études à l'École de La Scala de Milan, où le directeur du théâtre l'engage comme soliste. Il remporte la même année le concours international organisé par La Scala. Le , il y fait ses débuts dans le rôle de Sparafucile de Rigoletto de Giuseppe Verdi, dans une production qui réunit Leonard Warren dans le rôle-titre, Giuseppe Di Stefano en duc de Mantoue et Rosanna Carteri en Gilda, sous la direction de Nino Sanzogno. Zaccaria garde un souvenir ému de cette soirée aux côtés de Warren :

Il occupe la fonction de basse principale de La Scala pendant près de quinze ans et reste attaché à cette maison pendant vingt ans, dans des rôles de premier plan comme dans des parties secondaires. Il prend part à de nombreuses productions, notamment sous la direction de Tullio Serafin, Antonino Votto, Gianandrea Gavazzeni, Carlo Maria Giulini et Victor de Sabata.

C'est à La Scala que débute son association avec Maria Callas, avec qui il se produit dans des représentations du renouveau du bel canto, notamment dans Lucia di Lammermoor, Médée, Norma, Il trovatore et Un ballo in maschera. Il l'accompagne aussi au Royal Opera House et à l'Opéra de Dallas. Dans un entretien accordé en 1988, Zaccaria décrit la soprano comme une personnalité d'une force singulière, dont le rayonnement scénique ne pouvait être pleinement saisi sans l'avoir vue en représentation.

Création de l'« Assassinio nella cattedrale » (1958)

Le , Zaccaria prend part à la création mondiale de l'opéra Assassinio nella cattedrale d'Ildebrando Pizzetti, donné à La Scala sous la direction de Gianandrea Gavazzeni. Il y interprète le rôle du Troisième Tentateur aux côtés de Nicola Rossi-Lemeni (Thomas Becket), Leyla Gencer (première coryphée), Mirto Picchi, Dino Dondi et Lino Puglisi.

Carrière dans les grandes scènes européennes et américaines

Parallèlement à ses engagements à La Scala, Zaccaria mène une carrière internationale. Il se produit à Vienne, Paris, Berlin, Londres, Moscou, Bruxelles, en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique du Sud et en Australie, ainsi que dans les festivals de Salzbourg, Édimbourg et Athènes.

vignette|upright=1.6|Nicola Zaccaria (à droite) avec Franco Corelli et Maria Callas lors de l'enregistrement de l'opéra Norma de Vincenzo Bellini, Teatro alla Scala, Milan. 1962.

Il chante régulièrement au Royal Opera House de Londres, où il paraît notamment dans Norma et Médée aux côtés de Maria Callas, en particulier lors de la production du 30 juin 1959, dans laquelle il tient le rôle de Créon, avec Jon Vickers en Jason et Fiorenza Cossotto en Néris.

Il se produit également à l'Opéra d'État de Vienne, au Festival de Salzbourg — où il est présent de 1957 à 1966 dans des rôles tels que Don Fernando de Fidelio de Beethoven, le Commandeur de Don Giovanni de Mozart ou Ferrando de Il Trovatore de Verdi — et dans plusieurs villes françaises. Il chante régulièrement à l'Opéra de Dallas à partir de la fin des années 1950, où il retrouve Maria Callas pour des productions de Médée.

Son répertoire relève principalement de l'opéra italien. Il comprend les grandes basses verdiennes, ainsi que les œuvres de Bellini (La Sonnambula, I Puritani) et de Rossini (Il barbiere di Siviglia). Il aborde aussi des œuvres de Mozart, de Puccini et d'Pizzetti. En dehors du répertoire italien, il chante Don Fernando dans Fidelio, le Roi Marke dans Tristan und Isolde de Wagner — à Dallas aux côtés de Jon Vickers — et le Hollandais volant à la radio. Dans le répertoire français, il chante dans Pelléas et Mélisande de Debussy sous la direction de Herbert von Karajan à La Scala, à Vienne, au Festival d'Aix-en-Provence et à Bordeaux, ainsi que dans Mignon d'Ambroise Thomas et dans La Navarraise de Jules Massenet.

En dehors de la scène, Zaccaria mène une activité dans la musique sacrée et l'oratorio. Il participe à des exécutions du Requiem de Verdi — notamment au Théâtre antique d'Épidaure en 1965 sous la direction d'Herbert von Karajan —, de la Missa Solemnis de Beethoven, du Requiem de Mozart et du Stabat Mater de Rossini.

Il travaille avec des metteurs en scène tels que Luchino Visconti, Margherita Wallmann, Jean-Pierre Ponnelle et Giorgio Strehler.

Retour à l'Opéra national de Grèce

Zaccaria collabore de nouveau avec l'Opéra national de Grèce entre 1970 et 1975, où il chante La sonnambula, La forza del destino, Boris Godunov, Aida, Simon Boccanegra et Don Carlo.

Vie personnelle

Nicola Zaccaria épouse la mezzo-soprano américaine Marilyn Horne. Zaccaria évoque le talent de sa compagne et le renom qu'elle s'est acquis auprès des critiques italiens et du public milanais.

Dernières années et mort

Dans les dernières années de sa vie, Zaccaria n'assure plus que des engagements ponctuels. Dans l'entretien de 1988, il indique ne chanter qu'occasionnellement, et réserve ses interventions à des projets choisis. Il meurt le à Athènes, à l'âge de 84 ans, des suites de la maladie d'Alzheimer.

Voix et style

La voix de Nicola Zaccaria est décrite par ses contemporains comme une basse profonde, résonante et au timbre chaud, avec une émission lisse et une souplesse d'expression.

Son chant se distingue par une articulation soigneuse et une attention aux valeurs du texte, qu'il considère comme indissociables de la qualité du son. Dans l'entretien de 1988, il insiste sur l'importance de la prononciation italienne : Il revendique une formation fondée sur le travail de la technique vocale, notamment par la pratique du récitatif chanté, et cite Monteverdi comme une étape de l'apprentissage vocal.

Zaccaria apprécie la production en studio pour sa capacité à permettre à l'artiste de donner le meilleur de lui-même, tout en reconnaissant l'intérêt des captations en direct, dont il apprécie les enregistrements pirates pour leur authenticité non retouchée.

Réception et analyse de la carrière

La réception critique de Nicola Zaccaria reste liée aux enregistrements studio réalisés pour EMI à Milan dans les années 1950 et 1960, en particulier dans le répertoire belcantiste aux côtés de Maria Callas.

Dans le répertoire belcantiste, Zaccaria est décrit comme un partenaire solide et fiable sur le plan stylistique. À propos de l'enregistrement studio de Norma de Vincenzo Bellini réalisé en 1960 sous la direction de Tullio Serafin, Roy Westbrook relève, en 2025, « la force des qualités vocales et dramatiques comparables » des partenaires principaux, en citant explicitement « la basse Nicola Zaccaria dans le rôle d'Oroveso », aux côtés de Franco Corelli et de Christa Ludwig. Pour La sonnambula, enregistrée en 1957 sous la direction d'Antonino Votto, Ralph Moore estime, en 2022, que « Zaccaria et une jeune Fiorenza Cossotto apportent un soutien admirable dans les rôles secondaires, même si Zaccaria n'a pas tout à fait les timbres de basse brunis que Siepi déploie dans l'enregistrement de Capuana ».

La fin de carrière de Zaccaria fait l'objet d'une réception convergente lors de la parution de l'enregistrement studio de Mignon d'Ambroise Thomas, réalisé en 1977 sous la direction d'Antonio de Almeida et publié en 1978. Trois critiques anglophones soulignent alors la chaleur du timbre et la crédibilité dramatique du chanteur, tout en notant l'usure du registre aigu liée à l'âge.

Dans Gramophone, en , Alan Blyth écrit que « le vétéran Nicola Zaccaria tire chaque pépite d'or du rôle du père de Mignon, une aubaine pour une basse chaleureuse », tout en relevant que « ses notes aiguës manquent de focus » et qu'il reste « invariablement attachant ».

Dans Stereo Review, en , George Jellinek estime que Zaccaria « compense l'usure que l'âge a imposée à ses notes aiguës en chantant avec régularité et de façon touchante », et qu'« il rend le père de Mignon à la fois crédible et attachant ».

Dans Gramophone, en , J. B. Steane note que « la voix de Nicola Zaccaria, malgré sa constance, ne peut s'empêcher de trahir l'âge avancé du chanteur ».

Discographie

Zaccaria grave plus de trente opéras intégraux pour les grandes maisons de disques de son époque, principalement EMI (sous les labels Columbia et Angel Records), Decca et RCA. Il est présent dans la discographie du label EMI dans les années 1950 et 1960, en particulier dans les enregistrements produits sous la direction de Tullio Serafin et d'Antonino Votto.

Sa collaboration discographique avec Maria Callas reste la plus documentée : il enregistre avec elle neuf opéras intégraux entre 1955 et 1960. Selon le musicologue John Ardoin dans son ouvrage The Callas Legacy, Zaccaria apparaît également sous le pseudonyme de Giulio Mauri dans deux de ces enregistrements, Il trovatore (1956) et Turandot (1957).

Sélection d'enregistrements intégraux