Le gbaya-kara (également noté gbáyá kàrà en transcription tonale) est la variété principale du gbaya du Nord-Ouest, une langue du groupe Gbaya parlée dans le nord-ouest de la République centrafricaine (RCA) et dans l'est du Cameroun. Il est notamment connu pour être la langue dans laquelle est désigné le terme tazunu (« pierre debout »), qui désigne les mégalithes de Bouar.
Dénomination et dialectes Le terme « gbaya-kara » (ou « Gbaya du Nord », « Gbaya du Nord-Ouest ») désigne un regroupement de quatre dialectes parlés en République centrafricaine : ɓòdòè ('bodoe), ɓòkpàn, ɓòñìnà et ɓùgùì, auxquels s'ajoutent deux dialectes camerounais, le ɓòyà et le yàáyùùwèè. Le dialecte le mieux décrit scientifiquement est le gbaya kara 'bodoe, parlé dans la région de Bouar (préfecture de la Nana-Mambéré), notamment au village de Ndongué-Bongowen, qui a servi de terrain principal aux recherches linguistiques de Paulette Roulon-Doko et d'Yves Moñino. Le nom « kara » (kàrà) est un ethnonyme partagé avec plusieurs groupes voisins et ne doit pas être confondu avec d'autres langues portant ce nom dans la régionIl existe différents noms alternatifs pour la langue en plus du Gbaya Kara : le Boar et le Gbaya de Bouar..
Localisation géographique Le gbaya-kara est parlé principalement en République centrafricaine dans les sous-préfectures de Bouar et de Baboua (préfecture de la Nana-Mambéré), ainsi que dans les sous-préfectures de Bocaranga et Paoua (préfecture de l'Ouham-Pendé) ; au Cameroun dans le centre-est du pays ; et de façon marginale, en République du Congo (environ ) et au Nigeria (quelques locuteurs dans l'État de Taraba).
Nombres de locuteurs Selon les données de l'ELLAF (Encyclopédie des littératures en langues africaines, Huma-Num/CNRS), le gbaya du Nord-Ouest compte environ : environ en République centrafricaine (données de 1996) et au Cameroun (données de 1980). Il constitue la langue maternelle de l'ensemble des habitants de sa zone de diffusion. Dans le cadre plus large du groupe gbaya-manza, le Petit Futé estime à environ le nombre total de locuteurs des langues gbaya-manza et leurs dérivés en République centrafricaine.
Classification linguistique
Position dans la famille Niger-Congo Le gbaya-kara appartient au phylum Niger-Congo, sous-groupe Adamawa oriental, aujourd'hui généralement désigné comme langue oubanguienne. Il fait partie du grand groupe Gbaya-Manza-Ngbaka (également appelé Gbaya-Mandja-Ngbaka), réparti sur trois pays : la République centrafricaine, le Cameroun et la République démocratique du CongoLa dénomination oubanguienne à la place de Adamawa oriental est discutée dans l'ouvrage de J. M. C. Thomas.. La classification précise des langues gbaya au sein du Niger-Congo est néanmoins débattue. Traditionnellement rattachées aux langues oubanguiennes, elles ont été proposées par Moñino en 2010, suivi par Blench en 2012, comme pouvant être plus proches des langues gur centrales, ou constituer une branche indépendante du Niger-Congo sans former un groupe avec les autres langues oubanguiennes. Cette question reste ouverte dans la littérature spécialisée.
Proto-gbaya et origine Moñino (en 1995) a publié une linguistique comparative historique portant sur vingt et une langues du groupe gbaya, reconstituant un proto-gbaya. Il propose que le territoire d'origine du proto-gbaya se situait dans la région de Carnot, en République centrafricaine. Le vocabulaire proto-gbaya partagé avec les langues adamawa comprend notamment des termes liés à l'agriculture du mil, à l'éléphant, à la pintade et à plusieurs espèces végétales de savane, ce qui est cohérent avec une langue originaire d'un environnement de savane.
Caractéristiques typologiques générales Le gbaya-kara est décrit par Paulette Roulon-Doko comme une langue tonale, isolante à faible morphologie. Ces trois traits caractéristiques signifient que le ton (hauteur mélodique des syllabes) est distinctif et change le sens des mots ou des formes grammaticales ; que les mots ne se fléchissent pas (peu ou pas de suffixes, préfixes ou désinences à valeur grammaticale) ; que les relations grammaticales sont exprimées principalement par l'ordre des mots et par des particules, plutôt que par des modifications de la forme des mots.
Phonologie La description phonologique de référence du dialecte 'bodoe est celle de Moñino et Roulon en 1972, publiée dans la Bibliothèque de la SELAF (Société d'études linguistiques et anthropologiques de France).
Consonnes Le système consonantique du gbaya-kara 'bodoe comprend notamment des consonnes implosives (ɓ, ɗ), des occlusives labio-vélaires (k͡p, ɡ͡b), des consonnes prénasalisées (ᵐb, ⁿd, ᵑɡ, ᵑᵐɡ͡b) et un coup de glotte (ʔ). Le battement labio-dental /ⱱ/ n'apparait que dans les adverbes idéophoniques, en position initiale de mot ou intervocalique.
L'alphabet phonétique utilisé par Roulon-Doko dans ses travaux comprend : a, b, ɓ, d, ɗ, e, ɛ, f, g, gb, h, i, k, kp, l, m, mb, n, nd, ng, ngb, ɲ, ŋ, nm, p, ɔ, r, s, t, u, v, ʋ, w, y, z, ʔ.
Voyelles Le gbaya-kara 'bodoe distingue des voyelles orales et des voyelles nasales, toutes deux pouvant être brèves ou longues :
Les voyelles orales : i/iː, e/eː, ɛ/ɛː, a/aː, ɔ/ɔː, o/oː, u/uː. Les voyelles nasales : ĩ/ĩː, ɛ̃/ɛ̃ː, ã/ãː, ɔ̃/ɔ̃ː, ũ/ũː.
Dans ses travaux, Roulon-Doko note les voyelles nasales avec un tilde sous la lettre (exemple : a̰, ɛ̰, ḭ, ɔ̰, ṵ). Au Cameroun, l'alphabet basé sur l'alphabet général des langues camerounaises note les nasales avec une cédille sous la lettre (exemple : a̧, ɛ̧).
Une recension du Dictionnaire gbaya-français (en 2008) note cependant une légère discordance dans la description de Roulon-Doko elle-même : l'auteure mentionne six voyelles orales dans l'introduction de l'ouvrage mais n'en présente que cinq, et annonce quatre voyelles nasales mais en fournit cinq.
Tons Comme toutes les langues gbaya, le gbaya-kara est une langue à tons. Les tons jouent un rôle grammatical dans le système verbal (formes aspectuelles et modales).
Grammaire
Système verbal Le système verbal du gbaya-kara a été décrit de façon approfondie par Roulon en 1975 dans Le Verbe en gbáyá (SELAF), une étude qui fait suite directement à la phonologie de 1972, puis dans l'article Le système verbal gbaya publié dans Le système verbal dans les langues oubanguiennes.
Le système verbal est organisé autour de catégories aspectuelles et modales (temps, aspect, mode), exprimées par des particules et par le ton, plutôt que par des affixes verbaux. En termes de catégories grammaticales, une analyse statistique du Dictionnaire gbaya-français révèle que la catégorie la plus fournie après le nom est celle de l'adjectif-adverbe, loin devant le verbe, ce qui est une caractéristique typologique notable.
Détermination nominale La détermination nominale en gbaya kara 'bodoe a été décrite par Roulon-Doko (en 1987) dans le cadre d'un ouvrage collectif sur les degrés de la détermination nominale dans les langues d'Afrique centrale.
Discours rapporté et marqueurs de discours En gbaya, tout discours rapporté est du discours direct. Les marqueurs de discours reposent sur trois éléments qui discriminent le repérage du locuteur : l'un (mɛ̀) marque une identification (locuteur = locuteur source), l'autre (mỹ) une différenciation, et le troisième (gɔ̀ɔ̀) une rupture. Ces formes structurent l'énoncé en deux parties interdépendantes. Le rôle spécifique des pronoms logophoriques, qui permettent de coréférer le sujet grammatical d'un contenu de discours avec le locuteur source, a également été décrit par Roulon-Doko.
Idéophones et interjections Le gbaya-kara présente des procédés idéophoniques attestés dans tout le lexique, mais particulièrement développés dans la catégorie des adjectifs-adverbes. Ces idéophones se caractérisent par une phonologie non standard, utilisant de façon régulière des traits phonétiques marginaux pour le reste du lexique.
Système d'écriture Il n'existe pas d'écriture traditionnelle pour le gbaya-kara. La notation scientifique la plus répandue est celle utilisée par Roulon-Doko dans ses travaux, basée sur l'alphabet phonétique international adapté. Au Cameroun, un alphabet pratique basé sur l'alphabet général des langues camerounaises est utilisé, notamment pour la traduction de la Bible en gbaya publiée par l'Alliance biblique du Cameroun.
La langue secrète d'initiation : le la'bi Pour les rites d'initiation masculine, les Gbaya Kara utilisaient historiquement une langue ésotérique appelée la'bi. Cette langue rituelle, qui ne compte aucun locuteur natif, est apparentée au mbum et comporte de nombreux emprunts à des langues sara. Elle était pratiquée dans la région de Touboro, à la jonction des frontières de la République centrafricaine, du Tchad et du Cameroun. Selon Roulon-Doko, les initiations masculines la'bi et féminines bana ont été abandonnées depuis environ soixante ans (à la fin des années 1940). Moñino, en 1977, a publié une analyse ethnolinguistique de cette langue.
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie
Liens externes
Catégorie:Langue oubanguienne Catégorie:Langue gbaya Catégorie:Langue en République centrafricaine Catégorie:Langue au Cameroun Catégorie:Langue nigéro-congolaise Catégorie:Langue à tons Catégorie:Langue isolante Catégorie:Langue ayant des voyelles nasales