En philosophie des sciences, l'inférence forte (de l'anglais strong inference) est un modèle d'investigation scientifique qui met l'accent sur la nécessité de recourir à des hypothèses alternatives, plutôt qu'à une hypothèse unique, afin d'éviter le biais de confirmation.

Le terme « strong inference » a été forgé par John R. Platt, biophysicien à l'université de Chicago. Platt observe que certains domaines, comme la biologie moléculaire et la physique des hautes énergies, semblent adhérer fortement à l'inférence forte, avec des résultats très bénéfiques pour le rythme des progrès dans ces domaines.

Le problème de l'hypothèse unique

Le problème des hypothèses uniques, le biais de confirmation, a été décrit avec justesse par Thomas Chrowder Chamberlin en 1897 :

Malgré les mises en garde de Platt, les évaluateurs de demandes de financement exigent souvent « une hypothèse » dans la proposition (au singulier). L'évaluation par les pairs de la recherche peut aider à éviter les erreurs liées aux hypothèses uniques, mais seulement tant que les évaluateurs ne sont pas eux-mêmes captivés par la même hypothèse. S'il existe un engouement partagé parmi les évaluateurs pour une hypothèse communément admise, l'innovation devient alors difficile, car les hypothèses alternatives ne sont pas sérieusement prises en compte, et parfois même pas autorisées.

La méthode

La méthode, très proche de la méthode scientifique, est décrite ainsi : élaborer des hypothèses alternatives ; concevoir une expérience cruciale (ou plusieurs), avec des résultats possibles alternatifs, chacun excluant, autant que possible, une ou plusieurs des hypothèses ; réaliser l'expérience (ou les expériences) de manière à obtenir un résultat net ; recommencer la procédure, en formulant des sous-hypothèses ou des hypothèses séquentielles afin d'affiner les possibilités restantes, et ainsi de suite.

Les méthodes de la théorie des systèmes gris mettent effectivement en œuvre l'inférence forte. Dans ces méthodes, la première étape consiste à invalider l'hypothèse unique en supposant que l'information véritable sur le système étudié n'est connue que partiellement.

Critiques

L'article original exposant l'inférence forte a été critiqué, notamment pour avoir exagéré le degré auquel certains domaines utilisaient effectivement cette méthode.

Inférence forte « plus »

Les limites de l'inférence forte peuvent être corrigées en ajoutant deux phases préalables : une phase exploratoire : à ce stade, l'information est insuffisante, de sorte que les observations sont choisies au hasard, intuitivement, ou sur la base de la créativité scientifique ; une phase pilote : au cours de cette phase, la puissance statistique est déterminée en répliquant les expériences dans des conditions expérimentales identiques.

Ces phases produisent l'observation (ou les observations) germinale(s) cruciale(s) sur laquelle peuvent se fonder les hypothèses alternatives.

Notes et références

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