Andrée Ferretti, née Bertrand le à Montréal et morte le dans la même ville, est une militante indépendantiste et écrivaine québécoise.
Elle est l'une des premières femmes à adhérer au mouvement indépendantiste lorsqu'elle entre au début des années 1960 dans le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN). Visage radical de l'indépendantisme québécois dont elle est une figure de proue pendant plus d'une trentaine d'années, tout en élaborant à partir du milieu des années 1980 une abondante œuvre littéraire. Elle n'a jamais adhéré à une institution établie par souci de conserver son entière liberté de pensée, d'expression et d'action. Par ailleurs, elle est attachée à mettre en valeur les militants indépendantistes, de même que les écrivaines et écrivains québécois.
Biographie Une jeune autodidacte Andrée Bertrand nait dans le quartier Villeray de Montréal le dans une famille modeste. Dans Mon désir de révolution, elle explique que, déjà toute jeune, ce qu'elle perçoit être la domination nationale et sociale que subissent les Canadiens français la révolte. Elle prend conscience de cet état d'assujettissement d'abord dans ses cours d'histoire du Canada à l'école primaire publique de son quartier, ce qui l'incite à lire dès l'âge de onze ans les historiens François-Xavier Garneau et Lionel Groulx ; puis en écoutant les conversations familiales sur la grève d'Asbestos en 1949 et la grève de Louiseville en 1952 car des membres de sa parenté comptent parmi les grévistes ; et, plus tard, en assistant au cours public de Maurice Séguin à l'Université de Montréal (1956) et en s'intéressant par elle-même à la grève de Murdochville (1957). Comme elle l'écrit : « Je suis devenue indépendantiste un samedi matin du printemps 1956 alors que j'assistais à un cours de l'historien Maurice Séguin ». D'emblée lui apparaissent reliés l'infériorité économique des Canadiens français, le mépris de leurs employeurs anglophones qui leur répètent souvent « Speak White », ce qu'elle juge être les insuffisances de la langue française que parlent les classes urbaines prolétarisées, et le statut du Québec comme colonie conquise puis annexée et finalement province de plus en plus dépouillée par le centralisme fédéral. Elle quitte l'école au milieu de l'adolescence après une année du cours Lettres-Sciences. En 1957, son premier patron, à la librairie Beauchemin, est Gaston Miron, en qui elle reconnaît un compatriote aussi angoissé qu'elle-même devant le destin des leurs. Chez Beauchemin, elle rencontre des poètes, des artistes et des syndicalistes auprès de qui s'affine sa pensée politique. Avant son mariage en 1958, elle part plusieurs mois en Europe. Ayant découvert Albert Memmi et Frantz Fanon au tournant des années 1960, elle fait sien le concept de "colonisé", qui lui paraît une explication de ce qu'elle interprète comme la soumission et la résignation du peuple canadien-français. Mais la Révolution tranquille est en gestation : "Notre destin national prend un autre relief, et mon inquiétude, la couleur de l'espoir".
Une indépendantiste de gauche au Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) Jean Lesage gagne les élections de 1960 avec le slogan "Il faut que ça change". Sur le plan politique, son programme est autonomiste, même s'il récuse ce vieux mot accolé au régime de Maurice Duplessis. Il sait toutefois être à l'écoute de ses ministres les plus audacieux, tels Paul Gérin-Lajoie et René Lévesque, et de ses conseillers en matière économique et financière, notamment Jacques Parizeau. Les réformes se succèdent, l'État québécois se développe et entreprend de modeler l'économie, la société, la nation. Parallèlement, depuis la fin des années 1950, se développe toute une mouvance carrément indépendantiste, faite de groupes politiques et de revues, tant de droite que de gauche. La parole indépendantiste devient de plus en plus audible, obligeant tous les partis politiques à devenir davantage nationalistes.
En , après l'explosion d'une bombe posée par le Front de libération du Québec, explosion qui cause la mort d'un homme, Andrée Ferretti entre activement dans la vie politique. Tout en partageant globalement l'analyse que font les jeunes du FLQ de la situation, elle juge que la clandestinité et la violence ne sont pas des modes d'action efficaces dans le contexte québécois : dans l'histoire, leur rare usage de la violence s'est en effet toujours retourné contre les Canadiens français. La lutte démocratique pour l'indépendance lui paraît plus porteuse. Elle s'inscrit au Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) et commence à y militer.
Opposée à la décision prise par le RIN le mois précédent () de se transformer en parti politique, ce qu'elle estime à la fois prématuré et conformiste, elle se reconnaît quand même dans ce parti à cause du très grand travail d'éducation politique que celui-ci accomplit auprès de centaines et de centaines d'individus et de familles, partout au Québec, jusqu'à son sabordement en 1968. Diffusions de tracts, cours d'histoire politique, multiplication des assemblées de cuisine et organisation de manifestations contre des entreprises anglophones ou pour McGill français : le RIN est en ces années un véritable mouvement social et un outil important de conscientisation nationale et sociale. À la demande des militants de la région de Montréal, Andrée Ferretti accepte même de se porter candidate pour le parti aux élections de 1966, au cours desquelles elle affronte René Lévesque dans la circonscription de Laurier, dont il est le député ; ce n'est pas l'homme lui-même que les rinistes combattent, plutôt le Parti libéral fédéraliste de Lesage, auquel Lévesque appartient encore. Puis, en 1967, elle gagne haut-la-main la vice-présidence du parti contre l'exécutif et contre Pierre Bourgault, qui la jugent trop radicale. Devant son impuissance à empêcher la fusion du parti avec le Mouvement Souveraineté-Association (MSA) de René Lévesque fondé en , elle démissionne de son poste et quitte le RIN en Radio-Canada. Crise interne au RIN. 29 mars 1968. Page consultée le 23 juillet 2007.. Pour elle, l'accession du Québec à l'indépendance repose beaucoup plus sur la formation d'un vaste mouvement social que sur la voie électoraleNadeau, Jean-François (2007). Bourgault. Lux Éditeur. Québec. 609 p.. Elle fonde alors le Front de libération populaire, mais le laisse rapidement aux activistes.
En , dans la foulée de l'adoption de la Loi sur les mesures de guerre par le Parlement canadien à l'instigation du premier ministre Pierre Elliott Trudeau, Andrée Ferretti est emprisonnée pendant cinquante-et-un jours, jusqu'au , d'abord au centre de détention de la rue Parthenais puis à la prison Tanguay, qui était la prison des femmes. Elle a raconté son séjour en prison dans "Octobre de Lumière", une des nouvelles de son recueil La Vie partisane.
Une militante pour l'indépendance au Parti québécois et en dehors de celui-ci Pour Andrée Ferretti, "René Lévesque n'était pas indépendantiste. Autrement, il aurait rejoint les rangs du RIN, dont les membres l'auraient accueilli les bras ouverts". Pour elle, troquer le projet de "liberté" qu'est l'indépendance contre le projet d'"égalité" du MSA est dès le départ voué à l'échec et correspond à un détournement de l'objectif d'indépendance nationale. Mais si elle se méfie de Lévesque et du MSA, en retour Lévesque se méfie du RIN, avec lequel il ne souhaite aucune fusion. Le RIN lui parait en effet trop radical, y compris ses militants plus modérés. Le RIN se saborde en 1968 sans avoir rien obtenu. Ses membres doivent se contenter d'entrer un par un dans le Parti québécois.
Pendant les années 1970, plusieurs sociétés nationales et organisations syndicales se déclarent indépendantistes. Le mouvement social prend de l'ampleur, il mène une lutte vigoureuse pour obtenir que le français soit déclaré seule langue officielle du Québec. Tout cela conduit à l'élection de du Parti québécois aux élections générales de 1973. Après la Crise d'octobre, Andrée Ferretti a un emploi au Conseil central de Montréal de la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Devant le résultat décevant de 1973, elle décide de joindre les rangs du Parti québécois, alors la seule organisation qui fédère les indépendantistes. Elle ne s'intègre pas dans ses structures, mais y continue son militantisme en faveur de l'indépendance. Elle publie plusieurs textes dans les journaux pour défendre cette option et continue de prononcer des conférences. Le , le parti remporte les élections. Parallèlement, elle obtient un baccalauréat en philosophie de l'UQAM (1972-1975).
En 1979, pour l'ensemble de sa contribution à l'avancement du projet indépendantiste, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal désigne Andrée Ferretti patriote de l'année. Elle est présentée par Camille Laurin, lauréat du prix l'année précédente et père de la Charte de la langue française (loi 101). Durant toute l'année 1979, dans le cadre de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, elle milite en faveur du oui au référendum annoncé pour même si elle déplore que la question ne porte pas sur l'indépendance mais sur un simple mandat de négocier avec Ottawa. Elle fait alors la tournée de tous les cégeps du Québec et des centres d'hébergement pour personnes âgées.
Pour elle, le résultat de ce référendum est une "défaite capitale". Celle-ci ouvre tout grand la porte au rapatriement unilatéral de la constitution canadienne en 1982, et à l'affaiblissement des pouvoirs de l'État provincial québécois. Elle conduit aussi à la désorientation et à des déchirements internes très graves au Parti québécois, notamment en 1984, après que René Lévesque ait imposé l'acceptation du "beau risque" proposé par le premier ministre fédéral Brian Mulroney que le Québec adhère à la constitution canadienne "dans l'honneur et l'enthousiasme". Andrée Ferretti quitte alors le parti.
Il faut attendre les jugements de la Cour suprême contre la loi 101 et l'échec de l'Accord du lac Meech, en 1990, pour que les forces indépendantistes sortent de leur torpeur. Andrée Ferretti reprend alors la lutte, par du militantisme, mais aussi sur un autre terrain. En 1992, en effet, avec Gaston Miron, elle publie ce qui sera finalement le premier de deux tomes d'une anthologie des grands textes indépendantistes. En 1994, alors que les forces indépendantistes se mobilisent en vue du second référendum sur la souveraineté du Québec, elle fait partie du comité pour le oui de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) et reçoit la responsabilité d'écrire le mémoire de cet organisme. Elle l'intitule Le monde ou la province. Après la défaite du oui, Andrée Ferretti continue le combat indépendantiste surtout par l'écriture. Pour elle, Ferretti, Andrée (1996). Le Parti québécois : pour ou contre l'indépendance. Lanctôt Éditeur. Montréal. 109 p.. "L'accession du Québec à l'indépendance politique et du peuple à la souveraineté nationale : il n'y a pas d'autre moyen d'assurer notre existence sur notre territoire et notre présence originale sur la scène mondiale".
La littérature : un autre engagement vital Andrée Ferretti fait partie des écrivains québécois qui, comme Gaston Miron ou Hubert Aquin, ont été des militants indépendantistes très engagés. Mais dans son cas, malgré la qualité reconnue de son œuvre littéraire, la personnalité politique a souvent éclipsé l'écrivaine. Dans son œuvre, les femmes déterminées constituent la plus importante cohorte de ses personnages, mais ses figures masculines (souvent des étrangers) ne sont pas moins complexes et intéressantes. Tous les critiques parlent en outre du « style » de Ferretti, ciselé, court, moderne.