Milan Lukić (né le 7 mars 1967 à Višegrad, en République socialiste de Bosnie-Herzégovine, République fédérative socialiste de Yougoslavie) est un paramilitaire serbe de Bosnie ayant dirigé un groupe armé associé aux Aigles blancs durant la guerre de Bosnie-Herzégovine. Il est considéré comme l'un des principaux responsables des crimes perpétrés contre la population bosniaque de Višegrad en 1992. Reconnu coupable de crimes contre l'humanité et de violations des lois ou coutumes de la guerre par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), il est définitivement condamné en 2012 à la réclusion criminelle à perpétuité.
Biographie
Peu d'informations fiables existent sur la vie de Milan Lukić avant le déclenchement de la guerre de Bosnie-Herzégovine. Il réside dans la région de Višegrad avant le début du conflit.
Guerre de Bosnie-Herzégovine Au printemps 1992, dans le contexte de la désintégration de la Yougoslavie, des dirigeants politiques serbes poursuivent l’objectif de regrouper les populations serbes et les territoires revendiqués dans une entité politique commune. Avec le soutien de la Serbie, de l’Armée populaire yougoslave (JNA) et de diverses formations paramilitaires, les forces serbes prennent progressivement le contrôle de plusieurs municipalités de l’est de la Bosnie-Herzégovine, notamment Bijeljina, Višegrad, Foča et Zvornik. Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie décrit ce processus comme l’établissement progressif de structures politiques, administratives et militaires serbes dans les territoires concernés.
À Višegrad, ville à majorité bosniaque, Milan Lukić dirige un groupe paramilitaire opérant en coopération avec des membres de la police locale, des forces de la République serbe de Bosnie et d'autres formations armées serbes. Selon les jugements du TPIY, son unité participe activement à une campagne de persécution et de nettoyage ethnique visant la population bosniaque de la municipalité.
Le groupe est impliqué dans des arrestations arbitraires, des pillages, des actes de torture, des violences sexuelles, notamment des viols commis dans le bâtiment de Vilina Vlas (hôtel utilisé comme lieu de détention), des disparitions forcées, des traitements cruels et de nombreux meurtres de civils bosniaques. Le Tribunal a considéré que ces crimes s'inscrivaient dans une attaque généralisée et systématique dirigée contre la population civile non serbe de la région.
Principaux crimes attribués
Massacre de Višegrad Entre le printemps et l'été 1992, plusieurs centaines de civils bosniaques sont tués à Višegrad dans le cadre d'une campagne de persécution visant la population non serbe. Des exécutions sommaires, des disparitions forcées, des violences sexuelles et des expulsions massives sont documentées.
Les jugements du TPIY ont établi la participation de Milan Lukić et de son groupe paramilitaire à plusieurs de ces crimes, notamment des meurtres commis sur les rives de la Drina ainsi que des exécutions sommaires à proximité du Pont Mehmed Pacha Sokolović.
Massacre de la rue Pionirska Le 14 juin 1992, environ 70 civils bosniaques, principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées, sont enfermés dans une maison de la rue Pionirska à Višegrad. Après avoir bloqué les issues, Milan Lukić et ses complices mettent volontairement le feu au bâtiment.
Seules quelques personnes parviennent à s'échapper. La majorité des victimes meurent brûlées vives ou succombent à leurs blessures en tentant d'échapper aux flammes. Le TPIY qualifie ce crime d'une cruauté exceptionnelle.
Massacre de Bikavac Le 27 juin 1992, environ 70 civils bosniaques sont enfermés dans une maison du quartier de Bikavac, à Višegrad. Le bâtiment est ensuite incendié délibérément à l'aide de produits inflammables.
La quasi-totalité des personnes présentes périt brûlée vive. Le TPIY considère ce massacre, conjointement avec celui de la rue Pionirska, parmi les crimes les plus odieux perpétrés contre des civils durant la guerre de Bosnie-Herzégovine.
Massacre de Sjeverin Le 22 octobre 1992, seize civils bosniaques originaires du village de Sjeverin, en Serbie, sont enlevés à bord d'un autobus circulant entre Priboj et Rudo par des membres du groupe dirigé par Milan Lukić. Les victimes sont conduites à Višegrad, torturées puis exécutées sur les rives de la Drina. Leurs corps n'ont jamais été retrouvés.
Massacre de Štrpci Le 27 février 1993, des membres du groupe de Milan Lukić arrêtent le train Belgrade–Bar à la gare de Štrpci, en Bosnie-Herzégovine. Vingt passagers non serbes, principalement des Bosniaques mais également un Croate, sont extraits du train, emmenés dans la région de Višegrad, torturés puis exécutés. Leurs dépouilles sont ensuite dissimulées dans la Drina et dans des fosses clandestines.
Le TPIY a souligné la gravité exceptionnelle des crimes commis par le groupe de Milan Lukić et leur inscription dans une campagne de persécution dirigée contre la population bosniaque de l'est de la Bosnie-Herzégovine.
Procès devant le TPIY
Après plusieurs années de fuite, Milan Lukić est arrêté en Argentine le 8 août 2005 à la suite d'un mandat d'arrêt international émis par le TPIY. Il est transféré peu après au centre de détention des Nations unies à La Haye.
Son procès s'ouvre en 2008. L'acte d'accusation retient plusieurs chefs de crimes contre l'humanité et de violations des lois ou coutumes de la guerre.
Le 20 juillet 2009, la Chambre de première instance le déclare coupable de persécutions, meurtres, assassinats, extermination, actes inhumains et traitements cruels. Les juges soulignent le caractère particulièrement sadique et prémédité des massacres de la rue Pionirska et de Bikavac.
Le 4 décembre 2012, la Chambre d'appel confirme sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité.
Le cousin de Milan Lukić, Sredoje Lukić, ainsi que son proche associé Mitar Vasiljević, ont également été jugés par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. Sredoje Lukić a été condamné à 30 ans d’emprisonnement et Mitar Vasiljević à 15 ans d’emprisonnement pour leur participation à des crimes commis à Višegrad.
Condamnation Le TPIY reconnaît Milan Lukić coupable de: persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, meurtres, assassinats, extermination, actes inhumains et traitements cruels.
Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, l'une des peines les plus lourdes prononcées par le Tribunal.
Voir aussi Massacre de Višegrad Atrocités à Višegrad Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie Nettoyage ethnique dans la guerre de Bosnie-Herzégovine Guerre de Bosnie-Herzégovine
Références
Catégorie:Naissance en 1967 Catégorie:Crime de guerre en Bosnie-Herzégovine Catégorie:Criminel de guerre serbe de Bosnie Catégorie:Guerre de Bosnie-Herzégovine Catégorie:Paramilitaire serbe de Bosnie Catégorie:Personnalité condamnée par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie