La parade d'infamie, « parade infamante » ou « marche de la honte », désigne une procession punitive publique destinée à exposer un condamné, un prisonnier, un captif ou un vaincu aux regards de la foule et à l'humiliation publique le long d'un parcours déterminéÀ l’époque contemporaine, ce type d'exposition a également été relayé par les médias, notamment la télévision..
Si certaines formes de parade d’infamie sont associées au Moyen Âge, la pratique de l’exposition publique des prisonniers et des vaincus est attestée bien avant cette période. Des récits remontant à l’Antiquité grecque et romaine mentionnent déjà des défilés de captifs destinés à afficher la victoire et l’autorité du vainqueur.
Dans l'époque contemporaine, durant le , il s'agit notamment d'un châtiment d'humiliation publique pour les femmes, en particulier lors de la guerre d'Espagne - organisées pour les femmes républicaines par les troupes nationalistes dès la prise d'une ville - et à la fin de la Seconde Guerre mondiale durant l'Épuration à la Libération en France, avec les épisodes de femmes tondues.
La « faute » ou les comportements punis par la parade d'infamie La parade d'infamie sert à infliger une punition à la fois symbolique et publique visant à déshonorer le condamné ; historiquement elle vise des fautes très variées selon les époques et les juridictions. . Les motifs pouvant conduire à une parade d’infamie s’étendent des fautes relevant de la vie privée, comme l’adultère, la fraude, le délit religieux, la trahison, la dissidence religieuse, le vol, la prostitution dans certains contextes jusqu’aux actes de nature politique, comme la rébellion contre l’autorité établie et d’autres formes de contestation du pouvoir . Elle peut aussi être utilisée pour mettre en scène la défaite des vaincus par un rituel public d’abaissement et d’infamie. « Les défilés de coupables, avec ou sans animaux, constituent une forme bien connue d’humiliation rituelle pour une variété d’infractions, allant de l’adultère aux coups d’État militaires. »Traduction libre de : Parades of offenders with or without animals are a well-known form of ritual humiliation for a variety of offences from adultery to military coups. .
L'imposition de la peine Après le verdict de culpabilité ou la capture de vaincus, la parade d'infamie peut constituer une peine à part entière, mais elle s'inscrit souvent dans un . Elle peut être précédée ou suivie, entre autres, de flagellation, d'éborgnage, d'amputation, d'exécution .
Les acteurs Le rituel de la parade d’infamie met en scène plusieurs figures ou acteurs : les agents chargés d’exécuter la sentence, la personne exposée, qui en est l’objet et la figure centrale, ainsi que le public, témoin indispensable de son humiliation.
Les représentants de l'autorité L'application de la peine de la parade infamante fait entrer en scène, les agents du pouvoir. Ils encadrent le condamné, assurent le contrôle du cortège et rendent visible l'autorité qui inflige la peine ou qui revendique la victoire. Selon les époques, ils peuvent être représentés par des soldats, des gardes, des archers, des officiers, des magistrats, des bourreaux, des fonctionnaires judiciaires ou des membres de l'entourage du vainqueur. Leur présence rappelle que l'humiliation publique n'est pas un simple acte de violence collective, mais un spectacle organisé et autorisé par une instance de pouvoir.
Le condamné Le cœur de la parade d'infamie reste occupé par le condamné qui peut aussi bien appartenir aux élites civiles ou militaires qu'aux gens du commun. Dans l'Antiquité comme au Moyen Âge et même parfois jusqu'à l'époque moderne, pour subir son châtiment, le coupable peut d’abord être dépouillé de ses attributs personnels (pilosité, oreilles ou nez mutilés, visage souillé ou autres marqueurs) et de ses habits qui définissent son statut social; la tonte des cheveux et de la barbe est une marque d’infamie fréquemment utilisée. La volonté de montrer l'exemple et le recours à l’image dégradée du criminel ou de la personne exhibée sont essentiels.Par exemple, le fonctionnaire ʿAbd al Ǧabbār, de l’administration califale (m. 1025), est dépouillé de ses vêtements et contraint de revêtir un vêtement grossier qui officialise sa déchéance et s’oppose symboliquement au prestige des robes d’honneur (ḫilʿa) attachées à sa charge. La dégradation peut aussi atteindre le corps du condamné, marqué par les supplices qui ont précédé ou accompagné son exposition publique : Traduction libre de : These riders could even be missing limbs and oozing blood, having the smell of “a rotting corpse”, or if they were physically intact, they could still be “draped with refuse”. .
Le public Toute parade d'infamie suppose la présence de spectateurs, lesquels contribuent à l'humiliation du condamné. , ce qui confère une dimension publique et collective à la peine. La foule ne se contente pas d’assister au spectacle, elle participe pleinement au rituel. Qu'elle approuve ou réprouve le châtiment, elle intervient par ses réactions, ses gestes et surtout par sa voix. Les spectateurs peuvent cracher sur le condamné, l'injurier, le huer, lui lancer des rebuts ou des objets. Dans certains cas, les sources rapportent que les condamnés pouvaient être maltraités par la foule comme le fut le général turc Ṣāliḥ b. Waṣīf (869) qui reçut un coup de sabre de la part d'un militaire turc. Lors des parades infamantes infligées aux femmes tondues vers la fin de la Seconde Guerre mondiale et au lendemain du conflit, dans plusieurs villes, dont Paris, Chartres, Bruxelles, les femmes furent exhibées dans les rues sous les cris et les huées.
Certaines parades d'infamie pouvaient attirer des milliers de personnes. C’est le cas du chef militaire ismaélien Ibn ʿAṭṭāsh d'Iṣfahān, conduit en procession dans les rues de la ville avant son exécution qui attira, selon les sources, près de cent mille personnes en 1106Traduction libre de : . . .close to 100,000 people witnessed the public parade of the Ismāʿīlī warlord Ibn ʿAṭṭāsh at Isfahan in 500/ 1106. . C'est aussi le cas de l'exécution des martyres chrétiens à Edo en 1623 dont les sources disent que la foule était immense.
Déroulement Après que la personne ait été jugée et condamnée et que la parade d'infamie est prononcée comme sanction, cette dernière constitue une forme de châtiment destinée à rendre publique la faute, le déshonneur ou la défaite. Elle peut constituer une peine autonome, mais elle s’intègre souvent dans un dispositif punitif plus large : elle est alors précédée ou accompagnée d’autres sanctions telles que la tonsure forcée ou le rasage des cheveux, la flagellation, la mutilation ou le marquage au fer rouge, et peut être suivie de la mise à mort ou de l’exil. Pendant la parade infamante, les personnes exhibées peuvent être conduites, entre autres, à pied, sur le dos d’un âne, ou à cheval comme dans le cas du père Jérôme à Edo en 1623, dans une charrette comme dans plusieurs exécutions au gibet de Montfaucon, ou à l’époque contemporaine, elles peuvent être transportées sur la remorque d’un camion et exposées devant la foule, comme dans certains cas des femmes tondues de la Libération.
Utilisation d'animal comme monture Le recours à des bêtes de somme pour transporter ou exhiber les condamnés est mentionné depuis l'Antiquité et fréquemment observé dans l’Occident médiéval. . L’âne et le mulet comptent parmi les animaux très souvent cités. Leur utilisation peut revêtir une dimension symbolique et ajouter à l'infamie, notamment par le contraste entre ces animaux dévalorisés et le cheval associé au prestige militaire ou aristocratique . D'autres animaux sont également employés dans les mises en scène infamantes. L'usage de chameaux est rapporté dès l’Antiquité romaine tardive. (IIIᵉ-Vᵉ siècles apr. J.-C.) et apparaît encore à de périodes plus récentes, comme dans le cas de la parade d'infamie qui eut lieu à Alexandrie en mars en 1183 et où on fit défiler des prisonniers francs sur des chameaux . Les sources mentionnent également l’usage de l’éléphant souvent relié à un opposant au pouvoir. Sa taille exceptionnelle permet une mise en scène proportionnée à la gravité du crime et rend le condamné encore plus visible, placé en hauteur. Ce fut notamment le cas, entre autres exemple, de al Layṯ b. ʿAlī et qui, en 909, fut exhibé dans la ville sur un éléphant.
La position infamante sur l’animal Pour accroître le déshonneur et l'humiliation, la position à rebours sur l'animal (face à l'arrière-train) pouvait être imposée au condamné ou au vaincu lors de son exposition publique. Elle ajoutait à l'infamie d'autant plus lorsque la personne exhibée était un haut dignitaire. Dans Riding Backwards: Theme of Humiliation and Symbol of Evil, Ruth Mellinkoff analyse la chevauchée à rebours et mentionne la connotation scatologique de cette position, qui consiste à rapprocher le nez de la victime de l’arrière-train de l’animalTraduction libre de : According to Mellinkoff, the ride backwards had scatological connotations by placing the victim’s nose closer to the animal’s rear, especially when the rider is made to hold the tail.. Selon les Chroniques de Théophane (v. 758-818), le patriarche Constantin II de Constantinople (r. 754-765) connut ce sort et Traduction libre de : « . . .suffered the plucking of his beard, hair, and eyebrows, before being seated backwards on a saddled donkey and made to hold its tail in a public parade, during which the populace cursed him and spat on him. » . Cette pratique ne se limite toutefois pas au monde byzantin et Ruth Mellinkoff a relevé des exemples Traduction libre de : … from the first century B.C.E. all the way to the twentieth, covering a variety of regions, including Greece, England, Scotland, France, Germany, Italy, Spain, Sweden, Denmark, Persia, India, Turkey, Egypt, Mexico, and the United States..
Le parcours À travers les époques, le parcours — dont l'itinéraire est généralement bien défini — participe à l'exposition publique. La parade d'infamie emprunte très souvent des lieux de passage incontournables qui deviennent de véritables chemins de la honte. Elle se déroule principalement dans les espaces publics les plus fréquentés : les voies de circulation des cités antiques, les agoras et les forums, les rues des bourgs, des villages ou des villes, les places du marché, les carrefours, les grandes places urbaines ou encore des lieux symboliques comme la mairie ou la place Rouge. Dans le Paris médiéval, le parcours devient
Humiliation comme finalité L’humiliation fait partie intégrante de la parade d'infamie et elle constitue un élément déterminant dans la peine. La façon de présenter le condamné à la foule — par son apparence, ses vêtements, son corps mutilé ou non, sa posture ou les contraintes qui lui sont imposées — varie selon les époques, mais une constante demeure : l'humiliation en est la finalité. En rendant visible la faute, la défaite ou la disgrâce, la parade soumet le condamné ou le captif à l’opprobre et au regard de la communauté. Le châtiment ne vise donc pas seulement le corps de l’individu, mais également son statut social, le soumettant à la honte publique. La parade transforme ainsi la peine en un spectacle où l'individu est montré publiquement, insulté, parfois raillé ou maltraité par les spectateurs. Dans certaines sociétés, cette honte peut également atteindre sa famille ou son lignage.
La parade d'infamie dans l'histoire Ci-dessous sont présentées quelques parades d’infamie. Cette liste est, bien évidemment, non -exhaustive, mais elle donne un aperçu de cette pratique à travers les différentes périodes de l’histoire.
Antiquité et monde classique Grèce antique La promenade et l’exposition ignominieuses apparaissent dans le système pénal de nombreuses cités de la Grèce antique. .
République romaine