Les Lesbiennes de Jussieu sont un collectif féministe lesbien radical, fondé à Paris en . Réuni autour de l'université de Jussieu, le groupe est considéré comme le premier collectif français à se réclamer explicitement du lesbianisme radical. Influencé par les analyses matérialistes féministes et les travaux de Monique Wittig, il développe une critique de l'hétérosexualité conçue comme une institution politique participant à l'oppression des femmes. Son activité contribue aux débats qui traversent le mouvement féministe français au début des années et préfigure la création du Front des lesbiennes radicales en .

Historique Le groupe des Lesbiennes de Jussieu est créé à Paris en et tient ses réunions à l'université de Jussieu, dont il tire son nom... Il est fondé dans un contexte où l'autonomie des groupes lesbiens se développe au sein du mouvement féministe français, et dans le prolongement des débats qui traversent alors le Mouvement de libération des femmes (MLF).. Le collectif est fortement influencé par les analyses matérialistes du rapport entre les genres, ainsi que par les textes de Nicole-Claude Mathieu. et par ceux publiés par Monique Wittig dans la revue Questions féministes en , notamment « La Pensée straight » et « On ne naît pas femme » (qui sera repris dans La Pensée straight en ).... Il s'inscrit dans une conception de la société fondée sur l'existence d'une « classe des hommes » et d'une « classe des femmes », dont les intérêts sont envisagés comme antagonistes..

Les 21 et , le groupe organise à Paris une manifestation lesbienne autonome et une rencontre nationale de lesbiennes.. La manifestation du est considérée comme la première marche lesbienne organisée en France..... Des slogans tels que « Lesbiennes guérillères contre la classe des hommes » ou « Mobilisation contre tous les hommes » y sont affichés, tandis que les tracts distribués lors de la rencontre développent une analyse politique de l'hétérosexualité comme institution de domination.

Les prises de position du groupe suscitent d'importantes controverses au sein des milieux féministes et lesbiens. Lors de la rencontre de , certaines militantes affichent notamment des slogans assimilant l'hétérosexualité à une forme de « collaboration » avec la « classe des hommes ». L'emploi de cette terminologie provoque de vives réactions et contribue à accentuer les divisions déjà présentes entre lesbiennes radicales et féministes hétérosexuelles... Les débats autour du lesbianisme radical jouent en effet un rôle dans la scission du collectif éditorial de la revue Questions féministes en : les positions défendues par les Lesbiennes de Jussieu constituent l'un des principaux points de cristallisation du conflit entre une partie des féministes et les lesbiennes radicales...

En , les Lesbiennes de Jussieu sont exclues d'une rencontre de féministes radicales au Mans en raison de ce qui est présenté comme leur « dogmatisme ». Malgré cette marginalisation, leur influence contribue à la constitution du Front des lesbiennes radicales en : celui-ci demeure actif jusqu'en , avant de disparaître à la suite de tensions internes..

Positionnement politique Les Lesbiennes de Jussieu sont généralement considérées comme le premier groupe français à se revendiquer explicitement du lesbianisme radical.. Leur réflexion s'inscrit dans le courant du féminisme matérialiste et dans les analyses développées par Monique Wittig sur l'hétérosexualité et les rapports sociaux entre les genres. En effet, le collectif analyse la société comme structurée par un rapport d'exploitation entre une « classe des hommes » et une « classe des femmes » : dans cette perspective, l'hétérosexualité n'est pas envisagée comme une simple orientation sexuelle mais comme une institution sociale et politique assurant la reproduction du patriarcat.

Les militantes du groupe définissent donc le lesbianisme comme une « position politique » ou une pratique de résistance à l'oppression des femmes.. Elles considèrent que le refus des relations hétérosexuelles constitue une forme de rupture avec le système patriarcal.. Cette analyse conduit le groupe à développer une critique de ce qu'il appelle l'« hétéroféminisme », terme désignant les courants féministes qui ne remettent pas en cause l'hétérosexualité comme structure politique : les Lesbiennes de Jussieu leur reprochent de ne pas prendre pleinement en compte le rôle de l'hétérosexualité dans l'oppression des femmes.

Le groupe défend également la création d'espaces autonomes non-mixtes lesbiens. Le slogan « Créons nos espaces lesbiennes » constitue l'un des mots d'ordre associés à son action et influence plusieurs initiatives visant à établir des lieux de rencontre et d'organisation pour les lesbiennes au début des années 1980..

Les positions du groupe ont fait l'objet de critiques dès leur formulation. L'un des aspects les plus controversés de sa pensée réside dans l'utilisation du terme « collaboration » pour désigner l'hétérosexualité et la participation des femmes au système de domination masculine : cette notion fait l'objet de nombreuses polémiques dès 1980, plusieurs féministes jugeant inacceptable l'assimilation symbolique entre hétérosexualité féminine et collaboration avec le régime nazi. Les militantes lesbiennes radicales soutiennent quant à elles que le terme renvoie à une situation structurelle de domination plutôt qu'à une condamnation morale des femmes hétérosexuelles.

Une partie des militantes féministes ont vu dans le lesbianisme politique défendu par les Lesbiennes de Jussieu une forme de séparatisme et une radicalisation des analyses en termes de « classes de sexe ». D'autres y ont au contraire identifié une tentative de pousser jusqu'à ses conséquences les plus extrêmes la logique du féminisme matérialiste..

Membres notables Michèle Larrouy rejoint les Lesbiennes de Jussieu dès , avant de participer au Front des lesbiennes radicales entre et . Elle s'éloigne ensuite du lesbianisme radical pour développer un militantisme lesbien davantage tourné vers la culture..

Bibliographie

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Notes et références

Voir aussi

Articles connexes

Lesbianisme politique Lesbiennes radicales Féminisme matérialiste Monique Wittig Lesbiennes en France

Liens externes

Lettre au mouvement féministe des lesbiennes féministes radicales de l’ex-collectif de Questions Féministes, mars 1981

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