L'histoire des loups à Yellowstone retrace la présence et l'absence de l'espèce dans le parc, depuis leur arrivée jusqu'aux épisodes de réintroduction.
Genèse Le loup, depuis des milliers d'années, est présent en Amérique du Nord. Mais, en 1872, les populations de loups étaient déjà en déclin dans les États du Montana, du Wyoming et de l'Idaho. Malgré la création du Parc national de Yellowstone en 1872, le loup finit quand même par disparaitre en 1926. Il vient de faire l'objet d'une réintroduction en 1975 dans le parc national et dans le Grand Écosystème de Yellowstone. En effet, la création du parc national n'a pas permis de protéger les loups ni les autres prédateurs. Puis, les programmes gouvernementaux de contrôle des prédateurs mis en place au début du siècle ont largement contribué à l'élimination du loup gris à Yellowstone.
À partir des années 1950, les gestionnaires du parc, les biologistes, les défenseurs de la nature et les écologistes ont lancé ce qui allait devenir une campagne pour réintroduire le loup gris dans le parc national de Yellowstone. Lorsque la loi américaine sur les espèces menacées (Endangered Species Act) a été adoptée en 1973, la voie vers une réintroduction légale est devenue claire. En 1995, les loups gris ont été réintroduits à Yellowstone, dans la vallée de Lamar.
Les loups du Parc de Yellowstone
Le parc national de Yellowstone est un parc national des États-Unis, ainsi qu'un site du patrimoine mondial protégé par l'UNESCO, à cheval sur trois États, le Wyoming, l'Idaho, et le Montana. Crée en 1872 il est le plus ancien parc national du monde.
Le Yellowstone comporte plusieurs centaines d'espèces de plantes. Le parc abrite plusieurs espèces menacées (pygargue à tête blanche, grizzli, lynx, grue américaine).
La faune est riche de plusieurs espèces de grands mammifères herbivores : mouflons d’Amérique, bisons, wapitis, élans, chèvres des montagnes Rocheuses, cerf mulet, pronghorn et cerfs de Virginie.
Cette faune attire naturellement des grands prédateurs comme l'ours noir, le lynx du Canada, le coyote, le grizzli, le puma, le carcajou et notamment : le loups gris.
Plus précisément, au départ, le Loup des Rocheuses septentrionales (Canis lupus irremotus) était considéré comme une sous espèce du loup gris. Grâce à ses talents de chasseur il jouait un rôle crucial dans l'écosystème de Yellowstone. En tant que prédateur principal, il régulait les populations de wapitis, ce qui était essentiel pour maintenir l'équilibre des chaînes alimentaires.
La réintroduction des loups à Yellowstone a longtemps été un sujet controversé, tout comme les programmes de réintroduction des loups dans le reste du monde.
Leur extinction (1872–1926)
En 1872, lorsque le parc national de Yellowstone fut créé, il n’existait encore aucune protection légale pour la faune du parc. Durant les premières années, les administrateurs, les chasseurs et les touristes étaient pratiquement libres de tuer tout animal qu’ils rencontraient.
Le loup faisait partie des proies recherchées par les trappeurs pour leur fourrure, surtout au Canada, mais également aux États-Unis. Ainsi la figure de droite montre la vente de fourrures de loups en Pennsylvanie.
En janvier 1883, le secrétaire américain à l’Intérieur, Henry M. Teller, publia des règlements interdisant la chasse de la plupart des animaux du parc. Toutefois, ces règlements ne s’appliquaient pas aux loups, aux coyotes, aux ours, aux pumas ni à d’autres petits prédateurs
vignette|Loup gris tué au Montana, en 1928
Le 1er août 1890 peu après que l’armée américaine eut pris en charge l’administration du parc, le capitaine Moose Harris, premier surintendant militaire, autorisa la chasse publique de toute espèce sauvage et laissa entièrement le contrôle des prédateurs à l’administration du parc. Les archives officielles montrent cependant que l’armée américaine ne commença à appliquer une politique d’abattage systématique des loups qu’en 1914.
En 1885, le Congrès créa la Division d’ornithologie et de mammalogie économiques dans le but explicite de mener des recherches scientifiques pour la protection de la faune En 1907, sous la pression politique des éleveurs de bétail de l’Ouest, cette agence lança un vaste programme de contrôle des prédateurs, qui fut plus tard appelé « Animal Damage Control » (contrôle des dégâts causés par les animaux). Ce programme entraîna à lui seul la mort d’environ 1 800 loups
En 1916, lors de la création du Service des parcs nationaux (National Park Service), la loi fondatrice autorisa le secrétaire à l’Intérieur à « prévoir, à sa discrétion, la destruction des animaux et de la végétation susceptibles d’être nuisibles à l’utilisation desdits parcs, monuments et réserves »
En 1926, il est généralement admis que les meutes viables de loups gris avaient disparut du parc national de Yellowstone. Néanmoins, une étude financée par le National Park Service entre 1975 et 1977 révéla que, durant la période 1927-1977, plusieurs centaines d’observations probables de loups avaient été signalées dans le parc.
Chiffres officiels de la chasse au loup
Avant que le Service des parcs nationaux ne prenne le contrôle du parc en 1916, l’armée américaine avait abattu 14 loups pendant sa période de gestion (1886-1916), principalement durant les années 1914 et 1915. Des recherches plus récentes menées dans les années 1980 ont confirmé que le dernier abattage officiel de loups dans le parc eut lieu en 1926, lorsque deux louveteaux découverts près de furent tués par des gardes du parc.
Extrait du rapport annuel du directeur du parcSur le site « Montana History Portal » https://www.mtmemory.org/nodes/view/12997 : Années Nombre de loups tués 1915 7 1916 14 1917 4 1918 36 1919 6 1920 28 1921 12 1922 24 1923 8 1924–1935 0
Les conséquences de leur disparition (1926–1995) Impacts écologiques
Une fois les loups disparus, les populations de wapitis commencèrent à augmenter. Au cours des années suivantes, l’état écologique du Yellowstone National Park se dégrada fortement.
Une équipe de scientifiques ayant visité Yellowstone en 1929 et en 1933 Report Upon Winter Range of the Northern Yellowstone Elk Herd and a Suggested Program for Its Restoration (1934) rapporta :
« Les pâturages étaient dans un état déplorable lorsque nous les avons observés pour la première fois, et leur détérioration n’a cessé de s’aggraver depuis. »
Suite à la perte de leur principal prédateur les élans se multipliaient en masse dans le parc, et les espèces ligneuses à feuilles caduques, telles que les trembles et les peupliers, souffraient d’un broutage excessif.
Le Service des parcs nationaux entreprit alors de capturer et de déplacer les élans. Lorsque cette mesure se révéla inefficace, il commença à les abattre. Ces méthodes de contrôle des populations d’élans furent appliquées pendant plus de trente ans.
L’abattage des élans fut finalement abandonné comme méthode de gestion, ce qui permit à leur population d’augmenter à nouveau. Avec cette hausse des effectifs, la qualité des pâturages se dégrada davantage, affectant de nombreuses autres espèces animales.
La disparition des loups a eu un fort impacte sur la biodiversité et les écosystèmes du parc du Yellowstone, ce qui a entrainé un déséquilibre dans la chaîne alimentaireStolzenburg, William (2008). Where the Wild Things Were. Jeffers Literary Press..
Initiatives de réintroduction (avant 1995) Dans les années 1960, l’évolution des connaissances scientifiques et culturelles sur les écosystèmes modifia progressivement les attitudes envers le loup et les grands prédateurs.
En 1970, le spécialiste américain du loup David Mech publia The Wolf: The Ecology and Behavior of an Endangered Species, une étude majeure sur le comportement du loup et son rôle dans l’écosystème.
En 1978, le biologiste John Weaver conclut son étude ''Wolves of Yellowstone par la recommandation suivante :
« Par conséquent, je recommande de restaurer ce prédateur natif en introduisant des loups à Yellowstone. » Le premier plan de récupération fut publié en 1980, mais eut peu d’impact. En 1987, une version révisée, le Northern Rocky Mountain Wolf Recovery Plan, fut publiée et ouvrit la voie à la réintroduction.
En 1991, le Congrès demanda au U.S. Fish and Wildlife Service de réaliser une étude d’impact environnemental (EIS) sur la réintroduction des loups à Yellowstone et dans le centre de l’Idaho. Le rapport final fut publié le 14 avril 1994 et proposa cinq options : atteindre et maintenir au minimum 10 couples reproducteurs dans chacune des trois zones de rétablissement pendant au moins trois années consécutives.
L’option retenue fut la première : la réintroduction expérimentale d'une populations de loups.
Les États et les tribus étaient encouragés à coopérer avec le service fédéral pour gérer les loups en dehors des parcs. Mais le projet suscita des oppositions. Le Sierra Club et la National Audubon Society estimaient que les protections accordées aux populations expérimentales étaient insuffisantes une fois les loups sortis du parc. De leur côté, les fédérations agricoles de l’Idaho, du Wyoming et du Montana contestaient le choix de la sous-espèce de loup réintroduite par peur d'attaque sur leur troupeaux de bétails.
Malgré ces controverses, les objections furent surmontées et, en janvier 1995, le processus de réintroduction physique des loups à Yellowstone débuta.
Leur réintroduction Réintroductions (1995–1996)
En janvier 1995, des responsables de la faune américains et canadiens capturèrent 14 loups issus de plusieurs meutes à l’est du parc national de Jasper, près de Hinton, en Alberta (Canada). Ces loups furent transférés à Yellowstone en deux envois : le 12 janvier 1995 (8 loups) et le 20 janvier 1995 (6 loups).
Ils furent relâchés dans trois enclos d’acclimatation — Crystal Creek, Rose Creek et Soda Butte Creek — situés dans la vallée de Lamar, au nord-est du Yellowstone National Park.
En mars 1995, les enclos furent ouverts et, entre le 21 et le 31 mars 1995, les 14 loups étaient tous en liberté dans Yellowstone.
Dix-sept loups supplémentaires capturés au Canada arrivèrent à Yellowstone en janvier 1996 et furent relâchés dans le parc en avril 1996 depuis les enclos de Chief Joseph, Lone Star, Druid Peak et Nez Perce.
Le programme de réintroduction était initialement prévu pour durer 3 à 5 ans, mais ces animaux furent les derniers loups relâchés dans le parc, les autorités estimant que la reproduction naturelle et la survie des individus étaient suffisantes pour assurer la poursuite du rétablissement de la population.
Évolution annuelle de la population de loups depuis la réintroduction