Empreintes de crabe est un roman de l’écrivain camerounais Patrice Nganang, publié en 2018 aux éditions JC Lattès, à Paris.
Résumé Le récit suit l’histoire d’un vieil homme appelé Nithap, un Bamiléké originaire de la région de l’Ouest du Cameroun. Il se rend pour la première fois aux États-Unis pour rendre visite à son fils Tanou, un universitaire installé à New York. Ce qui devait être un court séjour se prolonge contre son gré : une maladie l’immobilise, et son fils refuse qu’il rentre seul. Cette proximité inattendue entre un père et un fils qui ne se connaissent pas vraiment devient l’occasion d’une parole longtemps retenue. Nithap commence à raconter sa vie : ses années comme infirmier dans l’ouest du Cameroun, les femmes qu’il a aimées, les amis qu’il a perdus. Puis vient l’essentiel, ce dont on ne parle pas dans la famille ni dans le pays : sa participation à la guerre civile qui a ensanglanté le Cameroun au moment de l’indépendance. Le fils écoute et à travers les récits de son père, c’est toute une histoire enfouie qui remonte à la surface, celle d’un pays qui a choisi l’oubli comme mode de gouvernement.
Structure narrative Le roman est construit sur une double narration. Il fait alterner le présent de Tanou à New York et le passé de Nithap au Cameroun des années 1950-1960, donnant à chaque époque sa propre voix. Ce dispositif permet au lecteur de reconstituer progressivement ce que les personnages ont tu pendant des décennies.
Le roman se distingue aussi par un travail remarquable sur les langues: medumba, nda'nda, pidgin, et camfranglais s’y mêlent au français, rendant compte de la diversité culturelle et linguistique du Cameroun.
Thèmes Empreintes de crabe s’articule autour de plusieurs thèmes qui se répondent tout au long du roman. Le premier est la mémoire de la guerre civile camerounaise des années 1950-1960, un épisode longtemps occulté par les autorités du pays, dans lequel des figures nationalistes comme Ruben Um Nyobè ou Félix-Roland Moumié jouent un rôle central. Le roman traite également de la relation père-fils et du silence qui s’installe entre les générations lorsqu’une histoire est trop lourde à porter. Enfin, l’exil et la vie de la diaspora camerounaise aux États-Unis constituent un troisième registre du roman, qui montre comment on vit entre deux pays, deux cultures et deux temps.
Contexte historique Le roman s’ancre dans la guerre civile camerounaise de 1960 à 1970, menée notamment par le mouvement nationaliste de l’UPC (Union des Populations du Cameroun), dans un contexte marqué par l’influence de la France sur les événements politiques du pays. Patrice Nganang s’est lui-même intéressé à ces figures historiques dès sa jeunesse, après avoir découvert l’essai censuré de Mongo Beti.
Place dans l’œuvre de l’auteur Empreintes de crabe est le cinquième roman de Patrice Nganang, après La Promesse des fleurs (1997), Temps de chien (2001), La Joie de vivre (2003), Mont Plaisant (2010) et La Saison des prunes (2013). Il prolonge une œuvre qui mêle roman familial et roman historique, ancrée dans la mémoire politique du Cameroun.
Réception critique Le roman a été salué pour la richesse de son écriture et son travail de mémoire sur un épisode méconnu de l’histoire africaine. La critique a notamment souligné la force des formules de Nganang et la densité d’un récit qui donne envie d’approfondir la connaissance de l’histoire camerounaise.
Notes et références
Catégorie:Roman camerounais Catégorie:Roman de langue française Catégorie:Roman paru en 2018