Les Khazars sont un peuple turcophone des steppes eurasiennes dont l'existence est attestée entre les à la tête du Khaganat khazar. Potentiellement originaires d'une confédération de tribus turciques, les Khazars émergent dans le contexte des recompositions politiques consécutives à l’effondrement de l’Empire hunnique et à l’expansion des Göktürk.

Au cours du , ils s’imposent comme l’une des principales puissances de la steppe pontique et du Caucase en contrôlant un territoire stratégique pour le commerce eurasien, favorisant une période de stabilité nommée Pax Khazarica. Ils contribuent à l'essor de deux nouvelles voies commerciales, la route commerciale de la Volga et la route commerciale des Varègues aux Grecs. Leurs élites dirigeantes se convertissent au judaïsme entre le . Le khaganat décline pour être finalement défait à la fin du par les campagnes menées par à la tête de la Rus' de Kiev.

Après la disparition du khaganat, une partie des Khazars persistent dans la région caucasienne tandis que d'autres groupes s'exilent ou sont assimilés au sein d'autres populations de la région, comme les Coumans. Leur héritage historique et culturel reste discuté, notamment en raison de diverses hypothèses concernant leur rôle dans l’ethnogenèse de certains peuples d’Eurasie et de théories contestées relatives à une origine khazare des Juifs ashkénazes.

Étymologie L'étymologie du terme khazar reste débattue et repose sur ses nombreuses variantes dans les sources. Leur similarité permet de restituer un ethnonyme originel sous la forme *qazar ou *xazar. Il est également possible que le terme fasse d'abord référence à l'entité politique khazare avant de désigner un peuple. Plusieurs significations sont données au terme ; il proviendrait du turc qazmak qui signifie « errer », « nomadiser », « piétiner la terre » ou « être seul dans la steppe ».. D'autres propositions existent, mais sont généralement moins retenues. L'hypothèse d'un rapprochement avec le titre de César est difficile à soutenir, car jamais évoquée par les Byzantins voisins. On envisage parfois un rapprochement étymologique entre Khazars et Hazaras reposant sur le sens « mille ». Une autre hypothèse étymologique rapproche plutôt le terme Khazars de la racine turque *qas- désignant ce peuple sous la signification d'« oppresseurs », comme chez les Cosaques et les Kazakhs.

+ Noms des Khazars dans différentes langues Langue Nom dans la langue Transcription en françaisArabeal-HazarArménienXazir (pl. Xazirk') Grec moderne Hazaroï Grec ancien Khadzaroï Russe Khazary Ukrainien Khozary Turc Hébreu Kuzarim Tatar de Crimée Xäzärlär Persan Hazar (pl. Hazaran)Syriaque(pl.) Kazaraye Latin , Chazari, Gazari, Caziri, Gasani

Description Les sources relatives aux Khazars ne permettent pas de représenter convenablement leur apparence physique, car les descriptions sont fortement contrastées. Ibn Saïd les décrit au comme ayant , et indique au qu'ils sont . Ces descriptions tardives sont directement contredites par des textes byzantins particulièrement négatifs : . Les textes tardifs opposent également Khazars blancs et Khazars noirs en fonction de leur couleur de peau, alors que l'étude des textes d'époque indique qu'il s'agit en réalité d'un marqueur social et non ethnique.

Les auteurs modernes interprètent ces descriptifs comme proches des traits , mais pas seulement. Ils affichent une variété d'apparences physiques avec des traits europoïdes également, caractéristique des populations turcophones. L'anthropologie physique et la génétique tendent également à confirmer cela. La majorité des tombes identifiées sont consacrées à des individus présentant pour 65 % des traits mongoloïdes et pour 35 % des traits europoïdes. L'identité génétique reste encore insuffisante et les résultats difficiles à interpréter.

Histoire Origines vignette|droite|Site d'Itil, Atil / Samosdelka (2005). Les tribus associées aux Khazars ne constituent pas une entité unifiée, mais plutôt une confédération de peuples nomades de la steppe eurasienne dominée par une composante turcophone. Beaucoup de groupes turcs, tels que les peuples de langues oghoures (Saragoures, Oghours, Onoghours et Bulgares) déjà présents au sein de la confédération de Tiele, sont attestés assez tôt dans l'ensemble khazar. Ils ont été poussés vers l'ouest par les Sabires, qui eux-mêmes fuient les Avars et commencent à se répandre dans la zone comprise entre la Volga, la mer Caspienne et la mer Noire dès le . Ils sont notamment mentionnés par l'historien Priscus lorsqu'ils envoient une ambassade à Constantinople en 463. Tous ces peuples viennent des confins mongols et sibériens et émergent après l'effondrement de l'Empire hunnique. Une alliance de ces tribus turques, rassemblant aussi des peuples iraniens, proto-mongols et paléo-sibériens, triomphe du khaganat Rouran en 552 et se dirige vers l'ouest, amenant avec elle tout un conglomérat multi-ethnique originaire de Sogdiane.

L'origine ethnique des Khazars ne fait pas consensus et plusieurs théories sont proposées. La première voudrait qu'il s'agisse des Akatzir, présentés par certains historiens comme des proto-Khazars, un groupe hunnique pouvant se retranscrire *Aq Qazar. Une deuxième théorie en ferait une confédération tribale d'Onoghours, Sabires et autres peuples turciques. La troisième propose un autre groupe proto-khazar : les Sabires, alors implantés au nord du Caucase. La quatrième leur attribue une origine ouïghoure. La cinquième propose qu'il s'agisse de Shvetahûna qui auraient migré vers le Caucase et formé une union avec les Sabires.

Au , la confusion est particulièrement grande. Il est difficile de suivre précisément les mouvements de recomposition de ces différents peuples avec l'arrivée des Outigoures et des Koutrigoures, mais surtout des Avars qui font véritablement irruption en Europe orientale à partir des années 550 et s'attaquent aux peuples qui y sont présents. Ils sont eux-mêmes bousculés par les Göktürk, un peuple divisé en deux khanats qui, réunis, s'étendent de la mer Noire orientale jusqu'aux confins de la Sibérie orientale.

Khaganat khazar

vignette|droite|Carte de la steppe pontique aux environs de l'an 650. Au cours des premières décennies du , parvient à stabiliser le Khaganat turc occidental, mais dès sa mort, celui-ci se dissout après avoir été un allié précieux des Byzantins face aux Sassanides. En effet, il subit la pression intense des armées de la dynastie Tang qui pénètre en Asie centrale. Deux fédérations émergent de cet effondrement, composées chacune de cinq tribus. Pendant un temps, elles s'opposent aux Tang dans le Turkestan oriental tandis qu'à l'ouest, deux États nomades apparaissent : l'Ancienne Grande Bulgarie, dirigée par Koubrat, et la confédération . Koubrat devient le principal rival des Avars dans la région du Kouban alors que le khaganat des Khazars commence à se structurer, plus à l'ouest, probablement dirigé par un rejeton des Ashinas, le clan dirigeant du Premier Khaganat turc. Si les Tang s'imposent en Orient, la steppe occidentale est dominée par les Bulgares et les Khazars. Une tradition historiographique remontant au établit la fondation indépendante d'un khaganat khazar en 626, mais le souverain identifié à cette date est en réalité toujours sujet du Khaganat turc occidental.

Finalement, les Khazars s'imposent et les Bulgares se soumettent ou bien décident de pénétrer plus loin vers les Balkans sous la direction d'Asparoukh qui défait les Byzantins lors de la bataille d'Ongal, à l’été 680. Le clan dominant au sein de cette confédération semble être celui des AshinasOmeljan Pritsak, « The Khazar Kingdom's Conversion to Judaism », Harvard Ukrainian Studies, vol. 2, no. 3, 1978, p. 261.Peter B. Golden, « Irano-Turcica: The Khazar Sacral Kingship Revisited », Acta Orientalia Academiae Scientiarum Hungaricae, vol. 60, no. 2, 2007, p. 165.. Néanmoins, l’historien Constantin Zuckerman est plus sceptique sur le rôle des Ashinas dans la fondation de l'ensemble khazar. Golden note que les sources chinoises et arabes concordent et fait l'hypothèse que leur chef pourrait être Irbis Seguy qui disparaît vers 651, rattaché au clan des Nushibis.

C'est donc sur les décombres d'un empire steppique que se constitue celui des Khazars. Après s'être imposé sur la région de la basse Volga jusqu'aux espaces entre le Danube et le Dniepr, le khaganat des Khazars devient la force dominante de la steppe eurasiatique vers 670. Selon Omeljan Pritsak, la langue de la fédération bulgare devient la lingua franca de l'Empire khazar, qui impose une sorte de Pax Khazarica. La Khazarie domine alors le commerce de la région, permettant aux marchands venus d'Europe de traverser les vastes plaines de l'Europe orientale en sécurité.

Les guerres arabo-khazares animent fortement le Khaganat Khazar qui s'allie à l'Empire byzantin. Dès 721, le conflit s'ouvre clairement pour le contrôle de Derbent. En 724, une contre-offensive musulmane permet d'intégrer l'Ibérie du Caucase au Califat ; cinq ans plus tard, les Khazars reprennent le contrôle du nord-est de la Transcaucasie et s'enfoncent dans l'Azerbaïdjan iranien jusqu'à Mossoul. En 737, une expédition musulmane s'enfonce à son tour dans le Khaganat et oblige le Khagan à se convertir à l'islam ; l'instabilité au sein du califat omeyyade et le soutien des Byzantins lui permettent cependant de reprendre rapidement son indépendance. La conversion au judaïsme, vers 740, pourrait être une réaction à cette tentative d'islamisation forcée.

vignette|droite|Le site de la forteresse khazare de Sarkel, découvert et fouillé par Mikhaïl Artamonov dans les années 1930.

Au terme de ces guerres, l'Empire khazar traverse une période de prospérité. La Pax Khazarica désigne cet épisode de stabilité et de tolérance politique qui favorise la sécurité et le maintien de l’ordre dans les steppes pontiques et le Caucase, ce qui renforce l'influence khazare sur le réseau trans-eurasien de la route de la soie. Quelques conflits surviennent encore avec la puissance arabo-musulmane tandis que, du côté byzantin, l'alliance est préservée afin de se prémunir des Varègues. En 830, cette alliance se renforce avec la construction de la forteresse de Sarkel à la croisée des deux empires par l'empereur byzantin Théophile, ce afin de résister aux groupes magyars, petchénègues ou varègues. La politique extérieure khazare semble avoir un temps tiré avantage de la présence varègue, formant un Khaganat Rus'.

Cependant, à partir de la seconde moitié du , les tensions aux frontières augmentent et la Rus' de Kiev d'Oleg le Sage devient un acteur indépendant de la région. L'alliance khazaro-byzantine disparait également au début des années 900. Constantin VII Porphyrogénète, l'auteur du De administrando Imperio, s'interroge sur la meilleure manière d'isoler les Khazars. Les Byzantins commencent à s'allier avec les Petchénègues et les Rus' avec des fortunes diverses. Dans le même temps, les échanges connaissent une évolution sensible dans la région, car les musulmans ouvrent de nouvelles routes commerciales qui les relient directement aux Bulgares de la Volga convertis à l'islam sans passer par la Khazarie. Cette dernière pourrait avoir vu une chute de près de 80 % de ses revenus commerciaux, avec des conséquences drastiques sur son équilibreAlex M. Feldman, « The Decline and Fall of Khazaria – Might or Money? », Vostok (Oriens), vol. 4, 2022, p. 75-84.. Dans ces conflits, les Rus' sont utilisés comme mercenaires par l'un et l'autre pouvoir. En 941, les Khazars soutiennent le déclenchement du raid rus' sur Constantinople ; deux ans plus tard, les Byzantins soutiennent une expédition rus' vers Barda en territoire khazar.

Disparition vignette|droite|Khazarie vers 950.