Le Monument à la Suisse secourant Strasbourg est un groupe sculpté réalisé par le sculpteur français Frédéric-Auguste Bartholdi. Il est situé dans le parc Elisabethenanlage, en face de la gare centrale de Bâle. Érigé en marbre de Carrare et en bronze, il commémore l'aide apportée par la Suisse à la population civile de Strasbourg durant la guerre franco-prussienne de 1870-1871Notice..

Contexte En août 1870, lors du siège de Strasbourg, le général prussien August von Werder ordonne à son artillerie de bombarder la ville. Face aux souffrances de la population civile, des responsables politiques de Bâle prennent l'initiative d'organiser des secours. Un comité d'assistance est constitué dans cette ville le 4 septembre 1870, tandis que des associations poursuivant les mêmes objectifs se créent à Berne et à Zurich. Les trois comités unissent rapidement leurs efforts afin de venir en aide aux habitants de Strasbourg. Le 8 septembre 1870, les maires de Berne, Otto von Büren, et de Zurich, Melchior Römer, se rendent à Strasbourg avec l'appui du Conseil fédéral suisse. Au quartier général allemand, ils obtiennent du général von Werder l'autorisation d'évacuer des civils. À partir du 15 septembre et durant les semaines suivantes, la délégation suisse parvient à faire sortir de la ville assiégée près de 1 800 femmes, enfants et personnes âgées exposés aux bombardementsNotice..

Réalisation du monument Une vingtaine d'années après la guerre, le baron alsacien Gilbert Hervé-Gruyer, installé à Montpellier, sollicite l'autorisation du Conseil fédéral suisse afin d'ériger un monument commémorant l'action humanitaire menée en faveur de Strasbourg. Le Conseil fédéral approuve le projet et désigne Bâle comme lieu d'implantationNotice..

Hervé-Gruyer associe Bartholdi à l'entreprise et choisit le marbre de Carrare pour sa réalisation. Le groupe sculpté représente l'esprit de Strasbourg remettant la cité meurtrie aux soins de l'Helvétie. Au centre, un enfant en pleurs symbolise les souffrances de la population civile. Le piédestal est orné de reliefs illustrant l'arrivée de la délégation suisse à Strasbourg. Un autre relief évoque les liens historiques entre Zurich et Strasbourg à travers la navigation de 1576, au cours de laquelle Zurich manifeste sa volonté d'assister la ville alsacienne. En 1891, Bartholdi présente au Conseil fédéral une maquette du monument, qui reçoit son approbation. Au début de l'année 1895, il expose un modèle en plâtre au Salon de Paris et obtient la médaille d'honneur du Salon de la Société des artistes français. Le monument est inauguré le 20 octobre 1895 à proximité de la gare principale de Bâle. Gilbert Hervé-Gruyer étant décédé avant l'inauguration, son fils adoptif le représente lors de la cérémonie aux côtés de Bartholdi.

Description Le groupe sculpté comprend huit figures : quatre à l'avant et quatre à l'arrière. À l'avant, soutenue par un ange représentant la Charité émanant de la Suisse selon les termes de Bartholdi, la ville de Strasbourg, personnifiée par une femme vêtue d'un costume alsacien, ainsi qu'un enfant nu, trouvent refuge auprès de la Suisse. Cette dernière est figurée sous les traits d'une femme vêtue à l'antique, portant sur son bouclier une croix celle de la Croix-Rouge, symbole adopté après la Convention de Genève de 1864. Une fleur d'edelweiss orne son col.

À l'arrière, une jeune mère de dos serre contre elle ses deux enfants tandis qu'un adolescent blessé à la main, assis à ses pieds, semble reprendre des forces. Plusieurs auteurs ont souligné les ressemblances entre la figure de la Suisse et celle de la Liberté du monument de Bartholdi intitulé La Liberté éclairant le monde, inauguré à New York en 1886. Le groupe de la mère et de ses enfants préfigure également l'œuvre L'Adieu au pays, présentée par l'artiste à l'Exposition universelle de 1900.

Un obus et des décombres reposent sur la plinthe afin d'évoquer le siège de Strasbourg. La signature de l'artiste est gravée à droite du groupe sculpté. La partie supérieure du piédestal est décorée d'une frise de lierre entre laquelle alternent les écussons de la Suisse, de Strasbourg ainsi que des cantons de Bâle, Zurich et Berne. L'observation des photographies anciennes laisse supposer que ces éléments étaient à l'origine polychromes.

Au centre du piédestal se trouvent quatre plaques de bronze, dont deux représentent des scènes historiques. Les faces avant et arrière du monument comportent des décors en relief et demi-relief. Un lettrage gravé, autrefois doré à la feuille, figure également sur la base.

Restauration en 2014 Après plus d'un siècle d'exposition aux intempéries, le monument fait l'objet d'une restauration en 2014. À cette occasion, les surfaces en pierre sont nettoyées et protégées par une fine couche de calcaire. La frise de lierre et les blasons retrouvent leurs polychromies.

Réductions en bronze À partir de 1897, les fondeurs Jaboeuf et Bézout réalisent à Paris, sous la supervision de Bartholdi, sept réductions en bronze du groupe sculpté : un chef-modèle et six épreuves. Ces exemplaires ne sont pas destinés à la commercialisation et reviennent à Alfred Hervé-Gruyer, neveu et héritier du commanditaire. Conformément aux volontés de son oncle, Alfred Hervé-Gruyer offre plusieurs exemplaires à des proches. L'épreuve no 1 est envoyée au musée de Strasbourg en 1898 puis déposée en 1920 au musée historique de la ville, où elle est conservée. L'épreuve no 2 est offerte à Jacques Kling et expédiée au château de Molsheim avant d'être transférée après 1945 au château de Sorans. Elle y est volée en 1994. La localisation actuelle de l'épreuve no 3 demeure inconnue. L'épreuve no 4 est acquise par le musée Bartholdi. L'épreuve no 5, passée par le château d'Osthoffen et appartient à un collectionneur privé. L'épreuve no 6 revient à Bartholdi et est léguée en 1906 à la Ville de Paris par sa veuve Jeanne-Émilie Bartholdi ; elle est conservée exposée au Petit Palais. Quant au chef-modèle, transformé en épreuve ordinaire par suppression des clavettes d'assemblage, il est expédié à Zurich en 1901 à un destinataire non identifié. Le nettoyage de la maquette en plâtre conservée au musée Bartholdi de Colmar a révélé plusieurs inscriptions manuscrites tracées par l'artiste. Ils mesurent Notice..

Galerie

Notes et références

Catégorie:Sculpture en Suisse Catégorie:Sculpture française du XIXe siècle Catégorie:Sculpture en marbre Catégorie:Sculpture d'Auguste Bartholdi Catégorie:Monument de la guerre franco-allemande de 1870 en France Catégorie:Œuvre d'Auguste Bartholdi en Europe Catégorie:Œuvre d'art à Bâle Catégorie:Ange dans la sculpture Catégorie:Statue représentant une femme