L'art roman toscan définit un style architectural qui s'est développé sur le territoire correspondant à la Toscane aux et au début du ., d'abord à Pise puis dans toute la Toscane, en Corse et en Sardaigne.
Contexte Au , se conjuguent diverses conditions favorables qui rendent possibles le développement et l’expansion de l'art roman en Toscane à une époque précoce et d'une manière créative. L'art roman apparaît vers l'an 1000 alors que l'Europe sort d'une période troublée par les invasions et destructions répétées d'édifices civils et religieux par les Hongrois, les Sarrasins et les Normands sur le territoire de la Toscane. Ces troubles ont provoqué la dislocation de l'Empire carolingien, l'installation et la conversion des envahisseurs aux dogmes chrétiens et la naissance de la féodalité. Par la suite, la période de prospérité liée à l'expansion territoriale du monde chrétien occidental en Méditerranée permet la construction d'édifices de grandeur ampleur où sont réinterprétés les modèles antiques architecturaux et décoratifs paléochrétiens. Les rivalités et l'émulation artistique entre cités toscanes marchandes est à la source de l'épanouissement de l'art roman toscan.
Histoire vignette|Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Pise. vignette|Basilique San Miniato al Monte à Florence. Avant le , l'art en Toscane a primitivement été influencé par l'art paléochrétien (plan basilical, charpentes apparentes et construction sans clocher) et lombard (frise d'arceaux dans les parties hautes, présence d'une tour-lanterne sur coupole à la croisée du transept), influences qui s'estomperont progressivement avec la diffusion des modèles locaux originaux. En effet, dès le début du , un art roman spécifique à la Toscane apparaît dans la république de Pise. Cette ville fortifiée connaissait à cette époque une expansion notable avec la conquête de la Sardaigne et de la Corse et une grande prospérité économique basée sur l'établissement de comptoirs commerciaux dans la Méditerranée occidentale. La conquête temporaire de Palerme sur les Sarrasins a permis de piller les richesses de cette ville et la participation de Pise à la première croisade lui permet d'intégrer d'autres apports en provenance de l'orient chrétien. Entre 1063 et 1070, est érigée la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Pise, édifice majeur de l'art roman toscan. Elle sera ultérieurement entourée par la tour de Pise () et le baptistère Saint-Jean (). Le style roman pisan s'étend par la suite dans toute la Toscane et dans les colonies de Pise (Sardaigne et Corse).
À Florence, le roman toscan se manifeste principalement par le baptistère Saint-Jean de Florence () et par la basilique San Miniato al Monte (). Á la basilique, la façade en marbre blanc de Carrare et en serpentinite verte (ou marbre vert de Prato) comporte une mosaïque sur fond d'or, du , dans laquelle sont rassemblés la Vierge, le Christ et saint Miniat. Ces deux édifices sont encore fortement marqués par l'art paléochrétien basé sur le plan architectural de l'antique basilique vaticane. Leur façade présente un parement blanc incrusté de motifs linéaires de marbre de couleur selon le modèle pisan. Cette formule est reprise dans l'église Badia Fiesolana () et à la collégiale de saint André d'Empoli. À Sienne, le campanile de la cathédrale Santa Maria Assunta, achevé en 1313, est de style roman toscan, la façade restant rythmée par l'alternance de bandes blanches en marbre et verts foncées en serpentinite.
D'autres styles architecturaux trouvant leur origine dans les ordres monastiques bourguignons marqueront par la suite l'architecture et la sculpture romane toscane : les cisterciens (à l'abbaye de San Galgano, de San Gaudenzio, de Santa Maria di Mirteto, de San Pantaleone di Monte Faeta) et clunisiens (à l'abbaye de Sant'Antimo).
Caractéristiques L'art roman toscan est caractérisé par une décoration aux formes géométriques variées (décrivant des cercles, demi-cercles, losanges, rectangles, triangles, bandes horizontales, verticales) avec un revêtement alterné (parfois en serpentine) de marbre en bandes claires et foncées polychromes héritée de l'empire romain. Le contraste des couleurs procure une grande lisibilité aux motifs géométriques et une élégance aux façades où domine la clarté du marbre. Cette somptueuse décoration est possible grâce à l'abondance de marbre de carrare dans les Alpes apuanes géographiquement proches des villes de Lucques et Pise. Le plan architectural, quant à lui, épouse en façade le modèle de l'antique basilique paléochrétienne de Rome dont la partie supérieure surplombe les nefs latérales et comporte un fronton triangulaire à son faîte et, dans les basiliques majeures, un dôme à la croisée du transept. Un campanile est souvent adjoint à la basilique, collé au transept droit de l'édifice ou à proximité immédiate. Il reproduit les motifs décoratifs de la basilique et abrite dans sa partie sommitale des cloches servant à appeler les fidèles à la prière. Un baptistère de forme ronde ou octogonale complète cet ensemble, en particulier à Pise et à Florence.
À Pise, on trouve à l'extérieur une superposition de rangées d'arcades aveugles et des galeries de loggias portées par un alignement de fines colonnettes occupant toute la largeur de la façade principale. La cathédrale de Pise est également couverte de mosaïques sur les tympans et de marbre sur le reste de l'édifice. Elle adopte en outre la forme d'une croix latine. Ce parti décoratif rencontre un grand succès en Toscane notamment à la cathédrale Saint-Martin et à l'église San Michele in Foro à Lucques, à Pistoie et sur la façade de l'église Santa Maria della Pieve d'Arezzo. La plupart des églises sont à charpente en bois apparente sans voûtes. Des mosaïques de style byzantin viennent enrichir la décoration de certains édifices. vignette|Vue intérieure de la basilique San Miniato al Monte. vignette|Basilique de la Sainte-Trinité de Saccargia (Sardaigne). À Florence, on retrouve le parement d'un puissant effet décoratif de marbre clair en fond et foncé polychrome structurant les façades en diverses formes géométriques. vignette|Baptistère Saint-Jean de Florence.
Notes et références
Annexes
Bibliographie
Xavier Barral I Altet, Le monde roman, éd. Taschen, Cologne, 1998. Arta Bodet-Kokkinaki, Histoire de l'art, éd. Grange batelière, Paris, 1973. Italo Moretti, Renato Stopani, Toscane romane, éd. Zodiaque, La Pierre-qui-Vire, Yonne, 1982 Eugène Müntz, Florence et la Toscane : paysages et monuments, mœurs et souvenirs historiques, éd. Hachette & Co, Paris, 1897 (it) Renata Serra, Sardegna romanica, Milano, Jaca Book, 1988 Jacques Loubatière, Bible de l'art roman, éd. Ouest-France, 2010.
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Articles connexes
Art paléochrétien Art préroman Art roman Architecture romane Iconographie des modillons romans Renaissance du Sculpture romane Art roman lombard Architecture romane en Sardaigne
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