vignette|343x343px|Illustration de l'article « L'autre hérésie sentimentale » (Fantasio, 1 juin 1909), représentant les clientes du Hanneton. vignette|343x343px|Photographie du boulevard de Montmartre aux alentours de 1890. Le Hanneton est un bar lesbien parisien situé au 75 rue Pigalle, dans le quartier de Montmartre, qui ouvre aux alentours de 1890 et ferme aux alentours de 1910. Il appartient à Madame Armande Brazier et inspire des artistes comme Henri de Toulouse-Lautrec.
Contexte historique En 1890, la Butte de Montmartre est déjà largement fréquentée par les « incohérents et autres artistes décadents », qui se rassemblent au Chat Noir ou au Moulin Rouge, par exemple.
Le Hanneton est une brasserie qui, avec La Souris et Le Rat Mort, façonne la réputation de Montmartre comme un quartier fédérateur pour les lesbiennes à la Belle Époque. Jehan le Kellec dit du quartier que « Lesbos [s’y] trouve à tous les coins de rue ». Cette libération des mœurs est rendue possible par la décriminalisation de l'homosexualité promulguée sous la Révolution (durant l'Ancien Régime, les homosexuels encourent la peine de mort). Les homosexuels continuent cependant d'être ciblés par la police qui les arrête sous le prétexte d'indécence publique ou de prostitution illégale, bien que la procédure soit dorénavant plus complexe donc moins fréquente.
Pour cette raison, des salons privés lesbiens s'organisent dans les maisons bourgeoises de Neuilly et du Faubourd Saint-Germain. Ces salons mondains permettent la rencontre des grandes figures lesbiennes lettrées et fortunées de l'époque : Colette, Eva Palmer, Lucie Delarue-Mardrus, Radclyffe Hall et Djura Barnes. Le Hanneton et les autres « bars à femmes » en sont le penchant public et populaire.
La brasserie Madame Armande Brazier, une ancienne prostituée également connue sous le nom d'Amandine, ouvre les portes du Hanneton au début des années 1890. La brasserie emploie Louise Jost, qui reprend la direction de La Souris en 1900 jusqu'à sa mort en 1916.
Les clientes du Hanneton et des autres établissements lesbiens de Montmartre sont décrites par Jean Lorrain comme un mélange éclectique de jeunes filles et de femmes mûres, de chanteuses, de modèles de peintre et de bourgeoises. Ces personnalités féminines sont rejointes par des « hommes-femmes », terme parfois utilisé pour désigner les female husbands, ces « effroyables androgynes » qui se travestissent en homme, ou tout du moins empruntent à la mode masculine. La mode lesbienne de l'époque est marquée par les vestes « sévères » et noires ou « vestons cintrés » pour celles qui tendent vers une expression de genre masculine.
Le Guide des Plaisirs à Paris décrit la brasserie comme une « curiosité pathologique ». Le Hanneton fait partie des passages obligés dans les « tournées des grands-ducs », c'est-à-dire les itinéraires informels proposés aux touristes en quête de sensations fortes pour leur faire voir « les dessous » de Paris, sa vie nocturne.
Madame Armande Brazier gère Le Hanneton jusqu'à sa fermeture au début des années 1900, sûrement au moment où commence la Première Guerre Mondiale.
Représentations dans l'art et la littérature vignette|Henri de Toulouse-Lautrec, Au Hanneton. vignette|Henri de Toulouse-Lautrec, La Grande Loge, 1896-1897. Le lesbianisme est relativement accepté dans les mœurs parisiennes de la Belle Époque en partie grâce à un guide des courtisanes publié au Royaume-Uni, qui fait des « pratiques homosexuelles des prostituées » une « véritable obsession » pour les touristes.
Bien que les hommes se fassent rares au Hanneton selon le Guide des Plaisirs à Paris, ils n'échappent pas à cet engouement. Pour Nicole G. Albert les bars lesbiens du acquièrent « droit de cité d’abord à travers le regard et le discours des hommes ». En effet, ce sont les écrits et les images produites par des hommes artistes qui donnent de la visibilité à la « sous-culture lesbienne » naissante. La clientèle s'avère « friand[e] de cette nouvelle tendance qui correspond pour beaucoup à leurs fantasmes ».
Il en découle un certain voyeurisme, parfois encouragé par les patronnes qui commercialisent l'image des lesbiennes qu'elles accueillent. Jean Lorrain est un premier exemple de ce phénomène.
Arts visuels Parmi les rares hommes admis, le peintre Henri de Toulouse-Lautrec, qui habite à proximité entre 1897 et 1899 fréquente régulièrement Le Hanneton. Son croquis Au Hanneton représente Madame Armande Brazier attablée dans la brasserie. Elle figure aussi, dans une veste typique de la mode lesbienne, dans la lithographie Une loge au théâtre, où elle est assise en compagnie de la danseuse bisexuelle Émilienne d'Alençon, une cliente régulière du Hanneton. Henri Perruchot décrit l'affection maternelle d'Armande Brazier pour Lautrec. Il la surnomme « La Gambetta », en référence à Léon Gambetta qui, comme elle, n'a qu'un œil.
Littérature documentaire La première mention du Hanneton dans la littérature apparaît dans le dictionnaire de Charles Virmaître. Dans l'argot de l'époque, les clientes des bars lesbiens sont appelées « les accouplées » et définies ainsi : « dans un monde spécial les habituées du Rat Mort, de La Souris, du Hanneton, deux femmes qui s’aiment avec une ardente passion et en conséquence détestent les hommes ».
Le Guide des Plaisirs à Paris n'est qu'un exemple des nombreux guides touristiques, pamphlets et fascicules dédiés à la vie nocturne parisienne qui mentionne Le Hanneton.
En dissimulant la brasserie derrière le sobriquet « La Coccinelle », le magazine Fantasio fait le portrait du Hanneton en amplifiant le caractère scandaleux de l'endroit et des femmes qui s'y rencontrent.
Dans la lignée de Jean Lorrain, Gustave Coquiot raconte les scènes de vie dont est témoin Toulouse-Lautrec au Hanneton, qui va y voir « une superbe expression de fumier humain » pour inspirer et alimenter son œuvre.
Poésie et romans Dans son Roman Comique du Chat Noir, Gabriel Montoya dédie le poème « Les Lesbiennes » « pour ces dames du Hanneton et de La Souris ». Il décrit les clientes du bar comme des « fleurs perverses de l’amour », des « androgynes et [d]es sphinges » qui « nourrissent des ardeurs étranges ».
La dernière mention potentiellement contemporaine au Hanneton revient à Paul André, en 1913. La protagoniste de Corruptrice ! s'y réfugie à deux heures du matin, au moment de la fermeture où « les patronnes du lieu spécial pressent sans aménité leur clientèle féminine, qui s’attarde autour d’un tapis rouge en une interminable partie de manille ».
La postérité continue sur la lancée de ces auteurs contemporains au Hanneton. Dans une version romancée du Paris de la Belle Époque, Richard Balducci décrit « Les petites femmes du Hanneton » parmi lesquelles Nathalie Barney est « la grande attraction ». Le récit est introduit par une citation de Colette : « Ton mari te baise la main et moi, je te baise tout le reste ».
Annexes
Articles connexes Le Monocle (bar lesbien) Le Moune ou Chez Moune La culture LGBT à Paris Palmire Dumont Regard masculin
Bibliographie
Références
Liens externes
Catégorie:Années 1890 en France Catégorie:Histoire des LGBT en France Catégorie:Lieu lesbien en France Catégorie:Bar lesbien Catégorie:Histoire lesbienne Catégorie:Débit de boisson Catégorie:Lesbianisme dans la peinture Catégorie:Lesbianisme dans la littérature Catégorie:Lesbianisme dans le dessin