L’approvisionnement en eau potable et l’assainissement en Égypte sont marqués par une forte dépendance au Nil, par l’extension importante des réseaux d’eau depuis la fin du , ainsi que par des défis persistants liés à la rareté de l’eau, au traitement des eaux usées, au financement des infrastructures et à la gouvernance du secteur.

Le pays dépend très largement du Nil pour ses ressources en eau douce. La demande nationale en eau dépasse les ressources disponibles, ce qui place l’Égypte dans une situation de déficit hydrique chronique. Depuis les années 1990, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement s’est toutefois fortement amélioré, en particulier grâce à l’extension des réseaux, à la construction de stations de traitement et à des réformes institutionnelles.

Ressources en eau vignette|Le Nil constitue la principale source d’eau douce de l’Égypte.

Le Nil est la principale source d’eau douce de l’Égypte. Le pays dépend d’environ de mètres cubes d’eau du Nil par an, une part qui représente l’essentiel de son approvisionnement en eau.

L’Égypte reçoit très peu de précipitations. La moyenne annuelle est estimée à environ , soit près de de mètres cubes par an. Le pays dispose aussi de plusieurs systèmes aquifères, dont l’aquifère du Nil, l’aquifère nubien, l’aquifère de Moghra et l’aquifère côtier.

Depuis les années 2000, l’Égypte est classée parmi les pays en situation de pénurie d'eau, car la disponibilité annuelle d’eau douce par habitant est inférieure au seuil de par an.

Certaines villes de la côte de la mer Rouge, comme Hurghada, sont alimentées par de l’eau du Nil transportée par canalisation. Des projets de dessalement de l’eau de mer sont également développés pour sécuriser l’approvisionnement de ces zones littorales.

Accès à l’eau et à l’assainissement Entre 1990 et 2010, l’Égypte connaît une forte amélioration de l’accès à l’eau courante. En zone urbaine, l’accès passe de 89 % à 100 %, tandis qu’en zone rurale il progresse de 39 % à 93 %. La défécation à l’air libre recule également fortement dans les zones rurales.

En 2019, 96,9 % de la population a accès à une eau potable gérée en toute sécurité, tandis que la couverture de l’assainissement progresse par rapport à 2015. La proportion des flux d’eaux usées domestiques traités en toute sécurité atteint 62,6 % en 2024.

Selon la Banque mondiale, l’Égypte atteint avant 2015 la cible des objectifs du millénaire pour le développement consistant à réduire de moitié la part de la population sans accès à l’eau potable et à l’assainissement. Les objectifs relatifs à l’assainissement rural, en particulier en Haute-Égypte et dans les gouvernorats frontaliers, restent toutefois plus difficiles à atteindre.

Dans les zones rurales, les latrines à fosse sont fréquentes, mais leur fonctionnement peut être compromis par la proximité de la nappe phréatique, par l’absence de vidange régulière et par des fissures entraînant des infiltrations dans les rues, les canaux ou les eaux souterraines.

Usages de l’eau et comportements d’hygiène vignette|Répartition des usages de l’eau en Égypte.

À l’échelle nationale, l’usage domestique de l’eau est estimé à environ de mètres cubes par an, soit environ 8 % de la consommation totale. La consommation journalière moyenne atteint environ par habitant, mais elle varie fortement selon les régions et les niveaux de pertes dans les réseaux.

Une étude menée dans deux villages du delta du Nil à la fin des années 1980 montre que les habitants utilisaient plusieurs sources d’eau : l’eau courante, les bornes-fontaines, les puits peu profonds et l’eau des canaux. Les canaux étaient utilisés pour la lessive, le nettoyage des ustensiles et le lavage de légumes ou de céréales.

Les conditions d’hygiène et d’assainissement s’améliorent au début du . La défécation à l’air libre en milieu rural passe de 17 % en 1990 à moins de 1 % en 2005.

Infrastructures En 2008, le pays compte 153 grandes stations et 817 petites stations de traitement de l’eau potable, ainsi que 239 stations de traitement des eaux usées. Les réseaux de distribution d’eau atteignent environ , tandis que les réseaux d’assainissement représentent environ .

En 2021, la station de traitement des eaux usées de Bahr El Baqar - Egypte est devenue la plus grande au monde.

Qualité de l’eau potable vignette|La ville d’Assiout, où des problèmes de qualité de l’eau potable sont signalés en 2009.

Au cours des années 2000, les insuffisances des infrastructures d’assainissement exposent une partie de la population à des risques sanitaires. Un rapport de 2007 estime que enfants meurent chaque année de maladies diarrhéiques liées à de mauvaises conditions d’assainissement.

En 2009, une étude du ministère de la Santé indique que l’eau potable consommée par environ personnes à Assiout est impropre à la consommation humaine. Des problèmes similaires sont signalés dans d’autres zones, en raison de défaillances de maintenance, de la contamination des eaux souterraines ou du manque de coordination entre les institutions chargées du contrôle.

Traitement des eaux usées vignette|Station de traitement des eaux usées d’Abou Rawash.

L’Égypte développe fortement ses capacités de traitement des eaux usées depuis les années 1980. En 2012, elle compte 375 stations municipales de traitement, traitant en moyenne de mètres cubes par jour.

La station de traitement des eaux usées de Gabal El Asfar, au nord-est du Caire, constitue l’une des principales infrastructures du pays. Achevée initialement en 1999, elle atteint une capacité de de mètres cubes par jour en 2009, avec des projets d’extension ultérieurs.

La station d’Abou Rawash, située à l’ouest de Gizeh, est également l’un des grands sites de traitement des eaux usées. Un projet d’extension et de passage au traitement secondaire est engagé dans les années 2010 sous forme de partenariat public-privé.

En 2021, la station de traitement des eaux usées de Bahr El Baqar est achevée avec une capacité de de mètres cubes par jour. Elle fournit de l’eau traitée pour l’irrigation dans le cadre du développement de la péninsule du Sinaï.

En 2023, la station de traitement des eaux usées du Nouveau Delta atteint une capacité de de mètres cubes par jour. Elle soutient le projet de mise en valeur agricole du Nouveau Delta et contribue à réduire la pollution du lac Mariout et de la mer Méditerranée.

Un projet soutenu par la Banque européenne d'investissement vise aussi à limiter les microplastiques rejetés vers la mer à partir de stations d’épuration d’Alexandrie. Il comprend un volet de traitement des boues, de production de biogaz et de réduction de l’usage de combustibles fossiles.

Histoire

Des premières compagnies privées à la nationalisation Les premières compagnies modernes de distribution d’eau en Égypte sont créées par des investisseurs privés européens à Alexandrie et au Caire dans les années 1860, sous le khédivat d'Égypte. La Compagnie du canal de Suez assure également l’approvisionnement en eau potable de villes du canal, comme Port-Saïd, Suez et Ismaïlia.

Les compagnies du Caire et d’Alexandrie sont nationalisées en 1956, dans le contexte de la nationalisation du canal de Suez par le gouvernement de Gamal Abdel Nasser.

Ouverture économique et aide internationale À partir des années 1970, l’ouverture économique engagée sous Anouar el-Sadate s’accompagne d’une arrivée importante d’aide étrangère. L’USAID finance des projets dans le Grand Caire, à Alexandrie et dans les villes du canal de Suez, tandis que les villes provinciales et les campagnes sont initialement moins concernées.

Les investissements financés de l’extérieur permettent d’accroître la capacité de production d’eau potable, qui passe de de mètres cubes par jour en 1982 à en 2004.

Réformes de 1981 En 1981, le gouvernement réforme le secteur en fusionnant deux organismes d’investissement dans une nouvelle structure, le National Organisation for Potable Water and Sanitary Drainage (NOPWASD). La réforme encourage également la création de compagnies autonomes d’eau et d’assainissement dans les gouvernorats, sur le modèle du Caire et d’Alexandrie.

La première société provinciale est créée dans le gouvernorat de Beheira en 1981. D’autres sociétés voient ensuite le jour dans le delta du Nil, avec l’appui de bailleurs de fonds internationaux.

Réformes de 2004 Une nouvelle réforme est engagée en 2004 avec la création de la Holding Company for Water and Wastewater (HCWW). Les sociétés publiques d’eau et d’assainissement existantes sont transformées en sociétés affiliées de cette holding, chargée de moderniser les services, d’acheter certains équipements et de former le personnel.

En 2006, l’Egyptian Water Regulatory Agency (EWRA) est créée pour assurer la régulation économique et technique des services, examiner les propositions tarifaires, suivre les normes techniques et traiter les plaintes des usagers.

Après le Printemps arabe, les réformes du secteur sont ralenties. Les finances des opérateurs se détériorent en raison d’augmentations salariales non compensées par des hausses tarifaires ou des subventions suffisantes.

Organisation institutionnelle

Politique et régulation La politique du secteur de l’eau et de l’assainissement est répartie entre plusieurs institutions. Le ministère chargé du logement et des services publics joue un rôle dans l’organisation du secteur, tandis que le ministère des Ressources en eau et de l’Irrigation est responsable de la gestion des ressources en eau et de l’irrigation. Le ministère de la Santé et de la Population contrôle la qualité de l’eau potable, et l’Agence égyptienne des affaires environnementales intervient sur les questions d’environnement et de suivi des usages de l’eau.

Lors de sa visite en Égypte en 2009, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur le droit à l’eau potable et à l’assainissement relève des problèmes de transparence, d’accès à l’information et de responsabilité institutionnelle. Elle souligne en particulier la confusion entre les organismes compétents pour recevoir les plaintes relatives à la qualité de l’eau potable.

Fourniture des services La construction des infrastructures relève principalement de trois organismes : le Cairo and Alexandria Potable Water Organisation pour les deux plus grandes villes, le NOPWASD pour le reste du pays, et la New Urban Communities Authority pour les nouvelles villes.

L’exploitation et la maintenance sont assurées par la Holding Company for Water and Wastewater et ses sociétés affiliées, réparties par gouvernorats. Ces sociétés gèrent les réseaux d’eau et d’assainissement dans la plupart des régions du pays.

Participation du secteur privé La participation du secteur privé reste limitée. Elle concerne principalement des projets de construction, exploitation et transfert, ou BOT, pour des stations de traitement des eaux usées. Le premier grand contrat de ce type est attribué pour la station de traitement des eaux usées du Nouveau Caire, d’une capacité de par jour.

D’autres projets concernent l’extension et la modernisation de la station d’Abu Rawash, ainsi que des projets de dessalement sur la mer Rouge et dans le Sinaï.

Efficacité économique et financement

Eau non facturée La part d’eau non facturée est estimée à 32 % en 2012-2013, contre 34 % en 2005 et entre 40 % et 50 % dans les années 1990.

Tarifs et recouvrement des coûts Les tarifs de l’eau et de l’assainissement en Égypte sont parmi les plus faibles au monde. Les faibles tarifs, les difficultés de recouvrement et les réticences politiques à les augmenter limitent la capacité du secteur à couvrir ses coûts.

En 2012-2013, le taux global de recouvrement des coûts est estimé à 62 %, et celui des coûts d’exploitation et de maintenance hors amortissement à 76 %. Le taux moyen de recouvrement des factures est estimé à 47 %.