Honorat de Marseille est un évêque et hagiographe latin du , auteur de la Vita Hilarii (Vie d'Hilaire d'Arles), rédigée vers 475-480.
Biographie
Origines et vie monastique Honorat de Marseille fut certainement moine avant d'être évêque. Son monastère fut peut-être celui qu'Hilaire d'Arles avait fondé au milieu de la cité peu après son élection épiscopaleVita, 7, 15-16 ; 10, 18-22 ; 15, 16-17.. Il fut un proche d'Hilaire et vécut dans son entourage immédiat. Leurs relations font penser à celles qu'ont eues le Christ et Jean, le disciple que Jésus aimait.
Épiscopat Honorat était évêque de Marseille en 490J.-R. Palanque, Le Diocèse de Marseille ; J.-M. Roux, Provence historique, p. 412.. Il l'était encore au temps du pape Gélase (492-496), avec lequel il a correspondu..
La Vita Hilarii
Date et circonstances de rédaction L'introduction à l'édition des Sources Chrétiennes par Paul-André Jacob (1995) situe la rédaction de la Vita Hilarii autour des années 475-480, soit une quarantaine d'années après la mort d'Hilaire d'ArlesP.-A. Jacob, Vie d'Hilaire d'Arles, Sources Chrétiennes, Paris, 1995.. La Vita est en tout cas postérieure à la mort du pape Léon (461) et a été rédigée après 465/470 et avant 494.
Pour écrire la Vita, Honorat de Marseille s'est servi de ses souvenirs personnels en tant que proche d'Hilaire. Il a également utilisé la Vita Honorati, panégyrique qu'Hilaire avait prononcé au jour anniversaire de la mort d'Honorat d'Arles, le De laude eremi d'Eucher de Lyon dont il cite des passages, ainsi que l'éloge en vers écrit par Edesius.
Sources et témoignages Honorat de Marseille fut témoin de certains événements qu'il rapporte. Au moment des obsèques d'Hilaire, il évoque personnellement la douleur des Arlésiens : il se souvient d'avoir entendu, durant la cérémonie, des chants en langue hébraïqueVita, 29, 7-8.. Il connaît l'affaire de Chélidonius, parle de Germain d'Auxerre, raconte le voyage qu'Hilaire fit à Rome pour se justifier auprès du pape Léon, et précise qu'avant de se rendre auprès du pontife, Hilaire se recueillit auprès des tombeaux des apôtres et des martyrs.
Il cite également deux passages de la lettre qu'Auxiliaris, préfet de Rome, envoya à Hilaire pour lui demander de faire preuve de plus de souplesseVita, 14, 39-45 ; 22, 29-46..
Personnalité de l'auteur
Un moine cultivé Honorat de Marseille est un lettré dont le style d'exorde est recherché et précieux. Dans le récit de la fuite d'Hilaire, il aime jouer avec les mots et les répéter intentionnellement, comme avec le terme agnoscere : (« il est accepté et il accepte ; il se montra grand en ce qu'il fut accepté, il apparut plus grand en ce qu'il accepta »)Vita, 10, 8-9.. Il insiste également sur le terme consecrare pour évoquer la consécration d'HilaireVita, 10, 13-16..
Honorat avait certainement étudié les classiques et n'avait pas honte de sa culture profaneP. Courcelle, « Nouveaux aspects de la culture lérinienne », dans Revue des études latines, 46 (1968), p. 379-409.. Il apparaît comme un témoin de la culture arlésienne, et les habitudes rythmiques qu'il utilise sont caractéristiques de son temps.. Le rythme de la Vita constitue une forme intermédiaire entre le système des mètres de la langue classique, fondé sur la quantité de syllabes, et le système rythmique fondé sur l'accent des mots.
Un théologien Ce lettré est aussi un théologien. Il aborde avec prudence le problème de la grâce : disciple d'Hilaire d'Arles, moine de Lérins, il accepte, sans condamner la doctrine de Jean Cassien, la pensée d'Augustin et de Prosper d'Aquitaine qui semble devenir l'enseignement officiel de l'Église. Son vocabulaire théologique est original et varié : pour désigner Dieu ou le Christ, il utilise fréquemment Auctor, employé toujours absolument ; le Christ est présenté comme Sponsor et LargitorCette richesse du vocabulaire théologique rappelle les grandes vérités chrétiennes : Dieu, créateur et maître de tout, est présenté comme auctor, conditor, creator ; le Christ est dit spectator, auctor, iudex, largitor, sponsor : Témoin, Auteur, Juge, Dispensateur, Garant.. Ces termes sont rarement employés dans les Vitae.
Un homme de cœur Honorat est enfin un passionné. Certes, il se soumet aux règles du style hagiographique, mais en écrivant la Vita, il laisse percer une véritable émotion. Il s'exclame, après avoir raconté l'élection d'Hilaire : Vita, 10, 12.. Il confesse que, si la promptitude de son esprit s'enflamme, l'efficacité de son discours est impuissante pour parler de la bonté et de la charité d'Hilaire envers les faibles et les maladesVita, 10, 23-25.. Il lance, lorsqu'il évoque la chasteté et la bonté d'Hilaire : Vita, 11, 28-29.
La Vita est ainsi un plaidoyer sans lequel on n'aurait connu Hilaire qu'à travers les textes officiels que sont les lettres du pape Léon et le rescrit de Valentinien III.
Éditions et traductions .
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Hilaire d'Arles Honorat d'Arles Lérins Sources Chrétiennes Hagiographie latine
Bibliographie . P. Courcelle, « Nouveaux aspects de la culture lérinienne », dans Revue des études latines, 46 (1968), p. 379-409. . É. Griffe, La Gaule chrétienne à l'époque romaine, t. 2. J.-R. Palanque, Le Diocèse de Marseille. J.-M. Roux, Provence historique.
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