Les (Actes du divin Auguste) sont le testament politique du premier empereur romain, Auguste, dans lequel il offre un compte-rendu à la première personne de ses actions et de ses réalisations.
Le texte n'est pas complet, car certaines parties manquent, et d'autres sont parvenues sous forme de fragments. Le texte est complété par d'autres découvertes archéologiques, effectuées à Ancyre en 1555, à Antioche de Pisidie et à Sardes.
Le contexte L'empereur Auguste confia en dépôt aux Vestales, un an avant sa mort en l'an 14, trois rouleauxSuétone, Vie d’Auguste, 101 scellés (ou quatre selon Dion CassiusDion Cassius, 56, 33, 1) contenant : des indications sur la manière de régler ses funérailles ; le compte-rendu de ses actions (en latin ), qui devait être gravé sur des tables de bronze à placer devant son mausolée à Rome ; un état de situation de tout l'Empire (), indiquant les effectifs de l'armée et le bilan financier du trésor public, du trésor impérial et des redevances.
Le second rouleau, appelé , fut effectivement gravé sur deux tables de bronze fixées à des piliers devant le mausolée d'Auguste, et des copies en ont été faites et affichées sur les murs des nombreux temples d’Auguste à travers l’EmpireClaude Nicolet, L’inventaire du monde, Géographie et politique aux origines de l’Empire romain, Fayard, 1988, , p 29.
Le quatrième volume, très discuté, contenait peut-être des conseils au Sénat et donc à Tibère sur la politique intérieure et extérieure à suivre pour l’Empire.
Les découvertes archéologiques
Bien que les tables de bronze de Rome aient disparu, le texte des est connu grâce aux copies qui ont été découvertes à Ancyre en 1555, à Antioche de Pisidie (près de la ville turque d'Yalvaç) entre 1914 et 1924 sous forme de nombreux fragments de l'original latinRéférence épigraphique ZPE-154-227 , à Apollonie de Pisidie en 1930L'inscription d'Apollonie de Pisidie a été publiée dans Monumenta Asiæ minoris antiqua, volume IV, 1933, n° 143 (cf. commentaire composée de fragments en grecCumont F., Revue belge de philologie et d'histoire, 1936, vol. 15, , p. 179 et récemment à Sardes.
La copie d'Ancyre (aujourd'hui Ankara) est la plus complète et sert de baseRéférences épigraphiques et texte latin : CIL 03, p 0774 (p 1054, 2328,57) = IGRRP-03, 00159 = IDRE-02, 00394 = Scheid = Cooley = GLIA-01, 00001 = = AE 2007, +00037 = AE 2009, +00035. Elle a été découverte en 1555 par Ogier Ghislain de Busbecq, un humaniste et diplomate flamand chargé par l'empereur Ferdinand d'une ambassade auprès de Soliman le MagnifiqueHubert Le Bourdellès, « Busbecq : 1521-1591. Un humaniste et un homme d'action européen » [Conférence de la section lilloise de l'association Guillaume Budé], Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°2, juin 1991. p. 207 lire en ligne. Cet homme curieux de tout se promenait le long du « Temple de Rome et d'Auguste » (le ) reconverti en mosquée quand il leva les yeux et vit des caractères non arabes. Elle est accompagnée d'une traduction grecque, puisqu'elle se situe dans la partie orientale de l'Empire.
Les épigraphistes du s'enthousiasmèrent pour ce texte prestigieux lié à la personne d'Auguste. En 1862, l'archéologue Georges Perrot réalisa des fac-similés grandeur nature qu'il exposa au musée Napoléon III et des photographies de l'inscription d'Ancyre. Vu son importance historique, Theodor Mommsen, qui dirigeait la publication du Corpus Inscriptionum Latinarum (CIL), monumental recueil des inscriptions latines, choisit d'en faire en 1865 l'édition dans un ouvrage séparéBesnier Maurice, « Lettre de Mommsen à Léon Renier sur la dédicace des Res Gestæ Divi Augusti à l'Académie des Inscriptions », Journal des savants, , Avril 1914, pp. 176-182, lire en ligne, p. 178. L'inscription fut ensuite publiée en 1871 dans le tome III du CIL dédié aux inscriptions latines d’Asie, des provinces grecques d’Europe et d’Illyrie.
En 1914, Sir William Mitchell Ramsay trouvait dans les fouilles du forum d'Antioche de Pisidie une soixantaine de fragments du texte latin des Res Gestæ, qui furent publiés à Baltimore par en 1926. Ces fragments confirmèrent la plupart du temps le texte d'Ancyre, ou introduisirent des variantes minimes qui ne changeaient pas le sens du texteJardé Auguste. David M. Robinson. « The deeds of Augustus as recorded on the monumentum Antiochenum » (Extrait de l'American Journal of Philology, XLVII, 1). In: Revue des Études Grecques, tome 42, fascicule 195-196, Avril-juin 1929. p. 210, lire en ligne.
Le texte
Le second rouleau, proprement appelé Res gestæ et gravé sur des tables de bronze, se compose de 35 paragraphes qui peuvent être regroupés en quatre sections, et d'un court appendice. Première partie (paragraphes 1 à 14) : elle décrit la carrière politique d'Auguste, son cursus honorum, les charges, offices et honneurs qu'il a occupés ou reçus. Deuxième partie (paragraphes 15 à 24) : elle cite les distributions d'argent, les constructions et restaurations de monuments, de temples, de portiques, de forums, de routes et de ponts. Auguste mentionne aussi les jeux et les spectacles qu'il a organisés, impliquant au total gladiateurs, bêtes sauvages ainsi qu'un spectacle de combat naval où participèrent hommes. Troisième partie (paragraphes 25 à 33) : elle décrit ses hauts faits militaires et son action diplomatique qui ont étendu l'Empire romain vers la Gaule, l'Asie et l'Afrique, jusqu'en Arabie et en Éthiopie. Quatrième partie (paragraphes 34 et 35) : elle met en évidence les origines des noms Auguste et père de la patrie. Appendice : écrit à la troisième personne contrairement au reste du texte, il n'est probablement pas de la main d'Auguste. Cet appendice résume l'ensemble du texte, cite l'exceptionnelle position d'Auguste au sein du gouvernement, et liste les différents monuments qu'il a construits ou rénovés sur ses propres fonds.
Analyse politique De par leur nature, les ne sont pas objectifs, et font l’apologie du principat institué par Auguste. Ils se concentrent sur les événements intervenus entre l'assassinat de Jules César, le père adoptif d'Auguste, et la victoire d'Actium à partir de laquelle le pouvoir d'Auguste n'est plus contesté. Les assassins de César, Brutus et Cassius, ne sont pas nommés mais évoqués par la périphrase . La bataille de Philippes n'est mentionnée qu'en passant mais jamais désignée par son nom. De même, les adversaires d'Auguste Marc Antoine et Sextus Pompée, restent anonymes, le premier est , et le second simplement un .
Le texte ne mentionne pas l'imperium maius d'Auguste. Souvent citée, la position officielle d'Auguste illustre la volonté de celui-ci de se présenter comme le « restaurateur » de la vieille république romaine, dont le chef ne serait qu'un premier entre les égaux (position légale), alors qu'il concentre entre ses mains la réalité du pouvoir (de par la puissance tribunicienne).
Les constituent une tentative unique de relations publiques de la part du premier empereur romain, alors que la nature du nouveau régime était encore expérimentale. Les historiens ultérieurs (anciens et modernes) ont utilisé les pour définir le règne d'Auguste à plusieurs reprises, ce qui est un véritable succès en matière de communication.
Aspects géographiques Les paragraphes 25 à 33 des sont également un document géographique qui donne une vision d’ensemble du monde connu des Romains au début de l’Empire et affirme leur maîtrise directe ou indirecte sur le monde habité, l’. Pas moins de 55 noms géographiques y figurent, dont certains sont mentionnés pour la première fois en langue latineClaude Nicolet, ouvrage précité, p 34-35 : Les quatorze provinces romaines : Achaïe, Égypte, Afrique, Asie, Cyrénaïque, Gaules, Germanie, Hispanie, Illyrie, Macédoine, Narbonnaise, Pisidie, Cilicie, Syrie ; 24 peuples ou pays annexés ou soumis, ou ayant des rois désignés par les Romains, ou ayant reçu des explorations romaines comme l’Éthiopie et sa ville de Nabata et l’Arabie heureuse jusqu'à Mariba, ou ayant envoyé des ambassades auprès d'Auguste comme l’Inde et la Dacie ; 9 toponymes, dont le Danube, le Rhin, l’Albis (Elbe, mentionné pour la première fois en latin) et le Tanaïs (Don), les Alpes, l’Océan, exploré depuis l'embouchure du Rhin jusqu'aux confins des Cimbres (identifié comme étant le Jutland), les mers Adriatique et Tyrrhénienne ;
Selon Claude Nicolet, par cette impressionnante énumération, Auguste signifiait l’achèvement de la conquête du monde connu.
Notes et références
Bibliographie Traductions . .
Traductions commentées Theodor Mommsen, ed., Res gestæ Divi Augusti, 1865, réédité en 1883. . Présentation de cet ouvrage par Constans L.-A. dans le Journal des savants, Novembre-, pp. 276-277, lire en ligne. . Note de présentation dans « Livres offerts », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, , N. 1, 2008, p. 44, lire en ligne.
Études Claude Badami, La traduction grecque des Res Gestæ Diui Augusti, 2013, Connaissances et Savoirs, 212 pages . Concetta Barini, Monumentum ancyranim, Res Gestæ divi Augusti, 1930, Milan. Présentation de cet ouvrage dans le Journal des savants, , pp. 230-231, lire en ligne.
Articles connexes Épigraphie Monument d'Ancyre
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