Le Teatro Sant'Apollinare, aussi connu sous le nom de Teatro Sant'Aponal, est une salle de spectacle de Venise en activité entre 1651 et 1661. Il accueille alors des représentations publiques d'opéra, à une période où ce genre prend son essor dans la ville.

Installé dans un bâtiment résidentiel de la paroisse de Sant'Aponal, dans le sestiere de San Polo, il doit son nom à cette église toute proche. Loué par le librettiste et imprésario Giovanni Faustini en mai 1650, il sert de cadre aux dernières créations issues de sa collaboration avec le compositeur Francesco Cavalli, parmi lesquelles figure La Calisto. Après la mort de Giovanni Faustini en décembre 1651, son frère Marco Faustini reprend la direction de l'établissement, qu'il conserve jusqu'en 1657. Le théâtre cesse ensuite toute activité lyrique en 1661, avant que l'édifice ne retrouve sa fonction résidentielle d'origine.

Histoire

Origines et location par Giovanni Faustini Au début de l'année 1650, Giovanni Faustini se trouve dans une situation délicate dans le milieu théâtral vénitien. Après l'échec de son accord avec les propriétaires du Teatro San Moisè, il cherche un nouvel espace pour y faire jouer ses ouvrages avec son collaborateur habituel, Francesco Cavalli. Le Teatro San Cassiano, où Cavalli avait fait ses débuts d'imprésario, est alors déjà loué à d'autres exploitants, tandis que le n'est pas disponible. Faustini se tourne donc vers une salle de comédie désaffectée, de dimensions comparables à celles du Teatro San Moisè : le petit Teatro Sant'Aponal. Le contrat de location, signé le avec la propriétaire Zanetta Piamonte, lui donne l'usage du théâtre contre un loyer annuel de soixante ducats, soit un montant inférieur à celui demandé dans d'autres salles vénitiennes. Cette opération, vraisemblablement facilitée par les compétences financières de son frère Marco Faustini, contribue à réduire les charges d'exploitation du librettiste.

Une part du théâtre reste toutefois entre les mains d'un autre propriétaire, Francesco Ceroni, ce qui entraîne des tensions juridiques entre lui et les Faustini. L'édifice, situé dans ce qui correspond à la , tire son nom de sa proximité avec l'église de Sant'Aponal.

L'imprésariat de Giovanni Faustini (1651) Pendant la saison 1650-1651, Faustini fait jouer au Sant'Apollinare deux opéras, Rosinda et Oristeo, dont les préfaces indiquent sa volonté d'éponger les dettes accumulées. À cette époque, il est rare qu'un théâtre vénitien présente plus d'un opéra par saison, ce qui distingue d'emblée l'entreprise de Faustini de celle de ses contemporains.

Pour la saison suivante, le librettiste prépare deux nouveaux ouvrages, La Calisto et Eritrea. Contrairement à ses habitudes d'invention narrative, La Calisto s'appuie sur la mythologie antique, en mêlant l'épisode de la séduction de Callisto par Jupiter et celui des amours de Diane et d'Endymion. Faustini choisit de faire représenter cet opéra en premier, dès le mois de , soit plusieurs semaines avant le début habituel du carnaval de Venise, tandis quEritrea, plus conforme à ses schémas ordinaires, est réservé à la pleine saison carnavalesque. Un livre de comptes tenu par Marco Faustini pour cette saison, considéré comme le plus ancien document de ce type conservé pour un théâtre vénitien, détaille les dépenses liées aux décors, aux costumes, aux machines et aux musiciens engagés pour les deux productions. Les décors de La Calisto comprennent des sommets montagneux, une plaine, une étendue sauvage et plusieurs espaces allégoriques imaginés par Faustini, dont la grotte de l'Éternité.

Le théâtre dispose d'une machinerie scénique élaborée pour une salle de cette taille, avec notamment des chars permettant de faire monter et descendre les divinités, ainsi qu'une fontaine et la figure du serpent de l'Éternité. Le Teatro Sant'Apollinare ne compte cependant pas parmi les plus grandes salles de la ville ; sa capacité est alors estimée à un peu plus de spectateurs.

La production de La Calisto connaît pourtant plusieurs difficultés. Le castrat alto Bonifacio Ceretti, chanteur réputé de la chapelle Saint-Marc, qui doit tenir le rôle principal d'Endymion dans les deux opéras de la saison, tombe gravement malade vers le et meurt le . Cavalli doit alors adapter la partition prévue pour ce chanteur, et des traces de transposition subsistent dans les partitions conservées des deux œuvres. Le nouveau chanteur engagé pour le rôle, dont l'identité n'est pas connue, est un soprano, ce qui oblige Cavalli à transposer une grande partie de la musique d'Endymion.La Calisto ne rencontre qu'un succès public limité. L'œuvre n'est donnée que onze fois entre le et le , certaines représentations n'attirant qu'une cinquantaine de spectateurs. La soirée d'ouverture réunit elle-même spectateurs payants dans une salle pouvant en accueillir plus de . C'est au cours de cette saison difficile que Giovanni Faustini meurt, à l'âge de trente-six ans, le , après trois jours de maladie. Sa mort survient alors que la salle connaît l'une de ses plus faibles affluences, avec seulement cinquante-six spectateurs quelques jours plus tôt. Les représentations continuent néanmoins après son décès, sans que les recettes semblent en souffrir.

L'opéra Eritrea, présenté ensuite, reçoit un accueil plus favorable que La Calisto et sera par la suite repris dans plusieurs autres villes italiennes. La dédicace imprimée de son livret, publiée alors que Faustini venait de mourir, associe explicitement la mort fictive du personnage éponyme à celle, bien réelle, du librettiste.

La direction de Marco Faustini (1651-1657) Après la mort de son frère, Marco Faustini, avocat de profession, reprend la gestion du théâtre, comme l'indique la formulation du contrat de location qu'il signe le avec les propriétaires. Ce contrat doit courir pendant dix ans à partir de juin 1656, date d'expiration du bail initial de son frère. Il ne détient toutefois que la moitié des droits sur le théâtre, l'autre moitié restant entre les mains de Francesco Ceroni, avec lequel les litiges se poursuivent jusqu'en 1657.

L'héritage littéraire laissé par Giovanni constitue un atout majeur pour Marco, qui n'est pas lui-même librettiste. Dans un contexte de forte concurrence dans le théâtre vénitien, les livrets inédits de Giovanni Faustini lui permettent de faire vivre la salle pendant plusieurs saisons, en attendant de commander de nouveaux textes. Au total, Marco Faustini fait représenter cinq opéras au Sant'Apollinare après la mort de son frère, dont l'un sur un livret laissé par celui-ci, et deux chacun sur des textes des nouveaux librettistes Castoreo et Aurelio Aureli.

Sur le plan musical, Francesco Cavalli, qui a été l'interlocuteur privilégié de Giovanni Faustini pendant une dizaine d'années, se montre réticent à travailler pour Marco. Le compositeur n'accepte ainsi de fournir la musique que pour un seul de ces ouvrages, Erismena. Pour les autres productions, Marco Faustini se tourne vers des compositeurs moins expérimentés : Francesco Lucio pour Pericle effeminato (1653), puis Pietro Andrea Ziani, alors encore débutant, pour les trois autres ouvrages, La guerriera spartana (1653), Eupatra (1654) et La fortuna di Rodope e Damira (1657).

Malgré le succès d'''Erismena, Marco Faustini estime que le Teatro Sant'Apollinare ne correspond pas à ses ambitions, comme son frère l'avait déjà laissé entendre. Il quitte la salle en 1657, sans doute à cause des conflits coûteux qui l'opposent à Ceroni, pour prendre la direction du Teatro San Cassiano, dont il signe le contrat de gérance le avec les frères Tron, pour une durée de dix ans qu'il n'achèvera pas. Il poursuit ensuite sa carrière d'imprésario au Teatro Santi Giovanni e Paolo, qu'il dirige de 1660 à 1668.

Fermeture et reconversion Après le départ de Marco Faustini, le Teatro Sant'Apollinare continue encore d'accueillir des productions lyriques pendant quelques années. Une dernière représentation, Le fortune di Rodope e Damira, est donnée en 1657, dans une mise en scène dont les décors et les machines sont confiés à Francesco Santurini et à un certain Mauro. L'activité théâtrale prend définitivement fin en 1661, après quoi les locaux retrouvent leur destination résidentielle d'origine.

Répertoire Au cours de ses dix années d'activité, le Teatro Sant'Apollinare accueille un nombre limité de créations, issues pour l'essentiel de la collaboration entre les librettistes de la maison Faustini et plusieurs compositeurs actifs à Venise au milieu du . Parmi les ouvrages les mieux documentés figurent Rosinda (1651) et Oristeo (1651), sur des livrets de Giovanni Faustini, ainsi que La Calisto (1651) et Eritrea (1651), également de Giovanni Faustini, mis en musique par Francesco Cavalli. La création de La Calisto a lieu le .

Sous la direction de Marco Faustini sont ensuite présentés Pericle effeminato (1653), sur une musique de Francesco Lucio, La guerriera spartana (1653), Eupatra (1654) et Le fortune di Rodope e Damira (1657), ces trois derniers ouvrages étant mis en musique par Pietro Andrea Ziani, ainsi quErismena (1655), composé par Francesco Cavalli.

Postérité historiographique Le Teatro Sant'Apollinare a attiré l'attention des historiens en raison de la conservation d'archives relatives à son fonctionnement dans les années 1650, notamment les papiers personnels de Marco Faustini. La première étude consacrée à cette salle est la thèse de doctorat de la musicologue britannique Jane Glover, intitulée The Teatro Sant'Apollinare and the Development of Seventeenth-Century Venetian Opera, soutenue à l'Université d'Oxford en 1975. Cette recherche, qui transcrit les documents relatifs à la location du théâtre, sert de base à plusieurs travaux ultérieurs, dont l'ouvrage de référence d'Ellen Rosand, Opera in Seventeenth-Century Venice: The Creation of a Genre, publié en 1991.

Les recherches archivistiques menées au début des années 1990 par les musicologues Beth L. Glixon et Jonathan E. Glixon, notamment autour du livre de comptes tenu par Marco Faustini pour la saison 1651, permettent de mieux comprendre le fonctionnement économique du théâtre et les conditions de production des spectacles. Ces travaux sont ensuite repris et développés dans leur ouvrage Inventing the Business of Opera: The Impresario and His World in Seventeenth-Century Venice, publié en 2006, qui retrace l'ensemble de la carrière de Marco Faustini comme imprésario.

L'histoire architecturale et institutionnelle du théâtre est également étudiée dans l'ouvrage collectif '', dirigé par Franco Mancini, Maria Teresa Muraro et Elena Povoledo, qui situe l'édifice dans le tissu urbain vénitien et retrace ses transformations successives.

Références

Voir aussi

Articles connexes Opéra baroque Opéra italien

Liens externes Les théâtres d'opéra à Venise à l'époque baroque

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