L’escalade de bloc, aussi appelée simplement bloc dans le jargon de ceux qui la pratiquentLes médias spécialisés ou les publications de la Fédération française de la montagne et de l'escalade disent le « bloc », mais les médias généralistes ou les publications de vulgarisation disent « escalade de bloc(s) »., est une discipline sportive et un type d'escalade, qui consiste à grimper des blocs de faible hauteur. Le bloc se pratique aussi bien en extérieur, sur des sites rocheux, qu'en intérieur, sur des structures artificielles. Les pratiquants sont appelés « grimpeurs » ou encore « bloqueurs ».
De manière générale, la surface à grimper — simplement appelée « bloc » — ne dépasse pas cinq mètres de hauteur, ce qui permet de retomber au sol sans risquer de blessures trop importantes. Le bloc se pratique donc sans l'équipement classique d'assurage en escalade (corde, mousquetons, baudrier).
Ce sport s'est imposé comme une méthode d'entraînement efficace pour l'escalade encordée et l'alpinisme, pour tester des mouvements difficiles, développer l'endurance et augmenter la force des doigts. Au cours des années 1990, il devient une discipline sportive à part entière. Sa pratique ne cesse de se développer à partir des années 2000, et un championnat du monde a lieu tous les deux ans depuis 2001.
Par extension, en escalade, on appelle « pas de bloc. » un court passage d’une voie qui est particulièrement complexe ou difficile par rapport au reste du parcours.
Histoire
Jeu de montagnard thumb|left| upright=1.2| Un bloc inconnu, avec des passages éliminants décrits (usage d'une marche), peut-être escaladé par Eckenstein (à gauche)Photo publiée dans Climbers Club Journal, n°5, 1903.. | alt=Photo en noir et blanc d'un rocher arrondi d'environ quatre mètres et de personnes l'escaladant. L'escalade rocheuse apparait comme une discipline sportive à la fin du , avec l'émergence de l'alpinisme et la conquête des sommets. Dès cette époque, les alpinistes pratiquent l'escalade sur de petits rochers, terrain d'entrainement pour les courses d'alpinisme ou de distraction pour les jours pluvieux rendant les falaises impraticables. Progressivement, émerge une pratique sportive autonome, l'escalade de blocs, pour l'émulation qu'elle suscite et les défis que posent les ascensions difficiles de blocs de faible hauteur, probablement dès les années 1880 en Angleterre et en Écosse.
L'alpiniste anglais Oscar Eckenstein (1858-1921), aux exceptionnelles capacités athlétiques, est parfois considéré comme l'un des précurseurs de cette discipline, sur les blocs de Lake District et du pays de Galles.. En 1898, est rédigé un topo du bloc Y-shaped de Wasdale Head : un plan annoté avec la description des vingt-deux passages possibles, dont certains éliminants.. On suppose que les grimpeurs britanniques atteignent le niveau 5 en bloc (V0/V1) vers 1900. En 1916, est publié Boulder Valley, un véritable topo-guide décrivant des blocs et autres « problèmes » dans les alentours de Coniston.
Au début du , les rochers de la forêt de Fontainebleau en France deviennent aussi un lieu important d'escalade de blocSelon la définition moderne du bloc. La pratique de la randonnée avec des passages rocheux « faciles » débute à Fontainebleau dans les années 1870, mais il faut attendre 1914 pour le . (John Gill). Cette pratique s'est développée dans les années 1930, grâce au Groupe de Bleau et à Pierre Allain (1904-2000), créateur du premier chausson d'escalade, qui atteint le niveau 5 avec la Fissure des Alpinistes vers 1933. En 1946, René Ferlet réalise La Marie Rose, premier 6A de Fontainebleau, en 1950 Robert Paragot réalise Joker (7A). Les bleausards restent toutefois peu nombreux et considèrent leur activité plutôt comme une sorte de jeu, en l'absence de montagne.
vignette| John Gill en bloc, dans un mouvement dynamique, vers 1965| alt=Sur une paroi déversante, à 1m. du sol, un homme se maintient avec les pieds dans le vide.
Pratique moderne
Dans les années 1960, l'Américain John Gill, ancien gymnaste, intègre de nouveaux principes à cette pratique de bloc, inspirés par la gymnastique artistique : l'enchainement de mouvements déterminés (plutôt que la simple ascension du rocher), un système de cotation des difficultés d'enchainement, l'importance de l'entrainement à la force plutôt qu'à la technique, la valorisation des mouvements « contrôlés dynamiques » (les jetés). Gill introduit aussi l'usage de la magnésie pour maintenir les mains des grimpeurs sèches. Tous ces principes, étrangers à la pratique classique de l'alpinisme et de l'escalade, devinrent peu à peu la norme pour la pratique moderne du bloc.. Fin des années 1960, John Gill réalise des blocs jusqu'à 7A+, exceptionnellement autour 7C/+.
Dans les années 1970, l'Américain Jim Holloway se consacre comme quelques autres exclusivement au bloc, comme style de vie. Il est surtout l'un des premiers à tenter (« travailler ») un bloc particulier pendant plusieurs jours ou semaines, et même à s'entrainer pour un passage particulier sur un simulateur bricolé à domicile (pan). Holloway réalise ainsi dans les années 1970 de nombreux blocs autour de 8A/8A+, une difficulté exceptionnelle pour l'époque, à l'exemple de Trice (1975, 8A+/V12)..
Cette pratique moderne et athlétique, focalisée sur la difficulté maximale des blocs et l'entrainement physique spécifique (force), prend son essor plus tardivement en Europe. À partir des années 1980, émerge ainsi une nouvelle génération de grimpeurs à Fontainebleau, réalisant des blocs très difficiles après travail. En 1977, Jérôme Jean-Charles réalise Carnage premier 7B de Fontainebleau ; en 1983, Pierre Richard réalise L'Abbé Résina (7C) ; en 1984 Jacky Godoffe C’était demain (8A) puis en 1989 Mouvement perpétuel (8B).
Engouement pour le bloc thumb|upright=1.3| Fred Nicole, grimpeur de premier plan des années 1990 et 2000, pendant un essai du Boa (8C).|alt= Un homme escaladant un pan déversant de rocher, au-dessus d'un matelas. Jusqu'aux années 1990, la discipline reste relativement confidentielle, restreinte à quelques lieux historiques d'escalade : Fontainebleau, Yosemite (USA), Peak District (Angleterre), Frankenjura (Allemagne). La pratique du bloc ne suscite encore ni l'enthousiasme ni l'intérêt des autres grimpeurs puis se diffuse progressivement parmi eux pour devenir populaire. De nouveaux sites de blocs sont explorés dans différentes parties du monde, comme Hueco Tanks et Bishop (USA), Squamish (Canada), Rocklands (Afrique du Sud), Albarracín (Espagne), Ticino et Magic Wood (Suisse). Quelques compétitions de bloc commencent à être organisées à la fin des années 1990.
Les premiers crash pads apparaissent vers 1990 à Hueco Tanks. ; en 1993, l'équipementier Black Diamond propose les premiers crashs pads disponibles à la vente L. Story, « No Need for a Mountain », The New-York Times, 2011.. Ces tapis de réception limitent les risques de blessures et permettent d'escalader des blocs qui seraient trop dangereux sans cet équipement de protection. Par la suite, l'usage occasionnel de cordes (travail en moulinette) disparait de la pratique du bloc.
Les structures artificielles de bloc se multiplient également durant les années 1990 : elles permettent aux grimpeurs de poursuivre leur entrainement toute l'année, à l'intérieur, quelles que soient les conditions météorologiques.
En 1990, le Suisse Fred Nicole réalise Radja, premier 8B+. En 1998, la Française Catherine Miquel réalise le premier 8A bloc féminin, en 2002 le premier bloc féminin 8B.. En 2000, Fred Nicole réalise Dreamtime qui devient, temporairement, le premier bloc 8C.
thumb|left| Adam Ondra, Coupe du monde 2015. | alt=Vue rapprochée d'un homme dans un mouvement d'escalade sur un mur artificiel. Au début des années 2000, le bloc devient beaucoup plus populaire avec le partage de vidéos sur Internet (Youtube, Facebook) qui facilitent l'apprentissage de techniques et la promotion des réalisations les plus difficiles. De même, des réseaux sociaux dédiés à l'escalade favorisent la médiatisation des réalisations, à l'instar du site 8a.nu. ou de bleau.info. qui conforte l'image d'un sport de portée mondiale, jeune, communautaire et ouvert aux femmesVoir et Grimper, « Bleaurama : "bleau point net" », mai 2015. À la même époque, le circuit mondial des compétitions s'organise. Par la médiatisation de l'activité (couverture des compétitions, films et annonces des réalisations en extérieur) et le sponsoring par les équipementiers, certains bloqueurs de haut niveau deviennent sportifs professionnels, comme le très médiatisé Chris Sharma qui se consacre pendant plusieurs années à des réalisations en bloc.
Dans les années 2010, se distinguent de nombreux grimpeurs professionnels, « chasseurs de croix » ou compétiteurs, venus d'Europe comme Adam Ondra, Nalle Hukkataival, Alexander Megos, Jan Hojer, Anna Stöhr, Shauna Coxsey, de nombreux Américains comme Daniel Woods, Jimmy Webb, Paul Robinson, Dave Graham, Alex Puccio et la jeune Ashima Shiraishi et, plus récemment, des grimpeurs asiatiques de très haut niveau (Japon, Corée)Voir par exemple Les grimpeurs qui ont repoussé les limites de l'escalade sur climbingaway.fr. Des grimpeurs issus du bloc se distinguent à haut niveau dans d'autres styles d'escalade (falaise, difficulté). De même, la pratique du bloc est devenue une méthode incontournable d'entrainement (force, gestuelle) pour les grimpeurs d'autres disciplines.
En 2012, Tomoko Ogawa réalise le premier 8B+ féminin.. En 2016, Ashima réalise Horizon, premier 8C/V15 féminin..
Dans le cadre des compétitions de bloc, on peut mentionner chez les femmes Sandrine Levet, Anna Stöhr, Janja Garnbret, Akiyo Noguchi, Natalia Grossman, Myriam Motteau, Shauna Coxsey, ainsi qu'Olga Bibik, Yulia Abramchuk, Stéphanie Bodet, Juliane Wurm, Olga Shalagina, Mélanie Sandoz, Miho Nonaka, Petra Klingler, Juliette Danion, Natalija Gros, Chloé Graftiaux, Alex Puccio, Mélissa Le Nevé, Fanny Gibert, Staša Gejo, Brooke Raboutou, Oriane Bertone, ou Jessica Pilz.
Pendant la quinzaine d'années qui suivent la réalisation de Dreamtime (2000), l'ouverture de blocs toujours plus difficiles se poursuit mais la cotation 8C a subi une déflation constante et de nombreux blocs 8C sont réévalués 8B+ (Dreamtime).. En 2016, la cotation 8C+ (V16) n'a pas été confirmée pour les blocs les plus difficiles comme l'emblématique Gioia (Italie) ouvert par Christian Core en 2008 ou des blocs plus récents ouverts par Adam Ondra, Daniel Woods ou le Japonais Dai Koyamada.. De plus, les meilleurs grimpeurs mondiaux semblent réussir avec une relative facilité les blocs inférieurs à 8C/8C+ comme Ondra qui flashe Jade 8B+ ou Jimmy Webb qui réussit Jour de Chasse (8B+/8C) en 15 minutes. Parmi les nouvelles tendances dans la difficulté extrême, émergent des blocs aux nombreux mouvements (traversée, highball) et qui nécessitent 60 ou 70 mouvements comme Wheel of Life (8C), réclamant de l'endurance et brouillant la frontière entre le bloc, la falaise et le solo.. Après des années de travail, en , Hukkataival ouvre et propose la première cotation 9A bloc..
Depuis, plusieurs autres voies de bloc ont été cotées 9A. : « No Kpote » par Charles Albert en ., dans le secteur Rocher brûlé à Fontainebleau, qui sera ensuite décôté plusieurs fois ; « Assis » par Simon Lorenzi en à Fontainebleau., décôté à 8C+ par Nicolas Pelorson, avant une nouvelle ascension de Camille Coudert qui propose de nouveau 9A. ; « Soudain Seul » à Fontainebleau (France), libérée et cotée par en ; « » à Red Rock (États-Unis), libérée et cotée par Daniel Woods en . C'est un bloc qui rallonge de plusieurs mouvements un 8C+ bien connu, « ». ; « Alphane » à Chironico (Suisse), libérée et cotée par Shawn Raboutou au printemps 2022. ; « Megatron » à Eldorado Canyon (États-Unis) libérée et cotée par Shawn Raboutou en . ; « L’ombre du Voyageur » au Salève (France), libérée et cotée par Charles Albert. ;