Julien Théry, également connu sous le nom de Julien Théry-Astruc, né en 1971, est un historien français spécialiste de l'histoire médiévale. Ses travaux portent principalement sur les relations entre le religieux et le politique dans l'Occident médiéval, en particulier sur le gouvernement pontifical, l'Inquisition, les hérésies et le procès de l'ordre du Temple. Il est également reconnu comme un spécialiste de l'historien Marc Bloch.
Agrégé d'histoire, archiviste-paléographe diplômé de l'École nationale des chartes et docteur en histoire, il a enseigné l'histoire médiévale à l'université de Montpellier Paul-Valéry, d'abord comme maître de conférences puis comme professeur, avant de rejoindre l'université Lumière-Lyon-II. Ses principaux maîtres sont Jean-Louis Biget, Jacques Chiffoleau et Robert I. MooreJulien Théry, Jacques Chiffoleau, « Jean-Louis Biget à Fanjeaux », dans Elites laïques et religion urbaine (XIIe-XVe s.), Cahiers de Fanjeaux 59, 2025, p. 13-41 (lire en ligne) ; « Robert I. Moore est mort », L'Histoire, 7 février 2025 (lire en ligne).
De 2006 à 2012, il est éditeur des Cahiers de Fanjeaux. De 2019 à 2024, il assume la responsabilité scientifique des Presses universitaires de Lyon. Il a également été président de l'entreprise de presse Le Média (EDPLM). Depuis 2024, il siège au conseil de surveillance de la SCIC Le Média, média en ligne de gauche radicale, où il produit l'émission d'histoire La Grande H. Il est décrit comme de La France insoumise.
En , la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme lui reproche d'avoir publié un message jugé antisémite sur Facebook. La présidence de l'université Lumière-Lyon-II signale les faits au procureur de la République de Lyon, qui ouvre une enquête, puis annonce la suspension de Julien Théry début .
Biographie Formation et diplômes Reçu à l'agrégation d'histoire en 1995, Julien Théry obtient en le diplôme d'archiviste-paléographe de l'École nationale des chartes avec une thèse intitulée La parole aux albigeois : le procès de Bernard de Castanet, évêque d'Albi (1307-1308)..
En , il soutient, à l'université Lumière-Lyon-II, sa thèse de doctorat intitulée Fama, enormia : l'enquête sur les crimes de l'évêque d'Albi Bernard de Castanet (1307-1308) : gouvernement et contestation au temps de la théocratie pontificale et de l'hérésie des bons hommes, sous la direction de Jacques Chiffoleau.. Il devient ensuite docteur en histoire à l'université de Lyon..
Carrière universitaire Membre de l'École française de Rome de 2001 à 2004, il y prépare sa thèse de doctorat. Maître de conférence à l'université de Montpellier Paul-Valéry, il obtient son habilitation à diriger des recherches en 2010 et est nommé professeur des universités en 2011 dans le même établissement... En 2015, il rejoint le Centre d'histoire et d'archéologie des mondes chrétiens et musulmans médiévaux (CIHAM) à l'université Lumière-Lyon-II, où il continue d'enseigner l'histoire médiévale.
Ses recherches portent sur les dynamiques du religieux et du politique dans l'Occident médiéval, notamment l'histoire de l'Inquisition, des mouvements hérétiques et des relations entre la royauté française et l'Église..
Travaux Sa thèse de doctorat analyse l'histoire de la justice criminelle inquisitoire à travers l'enquête menée contre l'évêque d'Albi, Bernard de Castanet, en 1307-1308. Elle met en évidence le rôle central des notions juridiques de fama (renommée commune) et d’enormia (crimes énormes) dans le développement de la procédure inquisitoire. L'étude de cas montre comment une partie de l'élite albigeoise a réussi à retourner cette procédure contre l'évêque, qui cumulait pouvoir seigneurial et répression religieuse. Julien Théry souligne les liens fréquents entre opposition politique à l'évêque et dissidence religieuse vis-à-vis de l'ÉgliseJacques Chiffoleau, « Le procès comme mode de gouvernement », dans L’età dei processi. Inchieste e condanne tra politica e ideologia nel ’300, ed. Antonio Rigon, Francesco Veronese, Rome, ISIME, 2009, p. 319-347.Corinne Leveleux-Teixeira, « La construction de l’infamie dans le droit romano-canonique médiéval (XIIe-XIIIe siècles) », Histoire de la justice, 35/1, 2024, p. 29‑40..
Julien Théry est l'un des chefs de file du mouvement de remise en cause du récit traditionnel sur l'hérésie dite « cathare », à la suite de Monique Zerner et Jean-Louis Biget. Pour ce courant historiographique, développé aussi en France par Uwe Brunn et Alessia Trivellone, à l'étranger par Robert I. Moore et Mark G. Pegg, il n'y a pas eu de contre-Église dualiste comme l'Église voulait le faire croire de façon à construire un ennemi intérieurAlessia Trivellone, "La Fabrique de l'hérétique", La Vie des idées, 16 avril 2026.. Les mouvement déclarés hérétiques étaient en fait des résistances évangéliques et anticléricales aux nouveaux pouvoirs de l'Église et de la papautéDeborah Shulevitz, « Historiography of Heresy : The Debate over “Catharism” in Medieval Languedoc », History Compass, 17/1, 2019, p. 1-11... Julien Théry observe que, dans les années 1960, le régionalisme occitan a conduit en Occitanie à un récit populaire qui participe à la construction de l'identité régionale.
Julien Théry propose une nouvelle interprétation du procès des Templiers. Selon ses termes, repris par Alain Demurger dans son dernier livre sur la question : Julien Théry interprète l'affaire comme le dernier acte de l'affrontement entre l'État royal naissant et la théocratie pontificale. Ce conflit était entré peu avant dans une phase de paroxysme avec les accusations d'hérésie contre l'évêque de Pamiers, Bernard Saisset, puis le pape Boniface VIII (1301-1303). Il s'agissait pour le roi capétien d'imposer sa suprémacie politico-religieuse comme « vicaire du Christ » au temporel en France. Ainsi naît la , qui perdure jusqu'à la RévolutionJacques Krynen, Philippe le Bel. La puissance et la grandeur, Gallimard, 2022 ; Philippe Josserand, « Servir le roi autour de 1300 : Guillaume de Nogaret ou la mystique de l'autorité monarchique en actes », Medievalista, 36, 2024, p. 75‑91 ; Elizabeth A. R. Brown, « Guillaume de Nogaret and the Commonwealth of God and Jesus Christ », Provence historique, 276, 2024, p. 325‑45.. Ses recherches sur les liens entre mentalités religieuses et politique le conduisent à se pencher sur l'œuvre de Marc Bloch et à organiser avec Carlo Ginzburg un colloque pour le centenaire de son œuvre maîtresse, Les Rois thaumaturgesPrésentation sur le site de l'ENS de Lyon, Marc Bloch et Les Rois thaumaturges, 1924-2024. Mentalités et anthropologie historique, un siècle après. Il fait aussi paraître sous la forme d'un livre un article méconnu de Marc Bloch, « La vie d'outre tombe du roi Salomon » (1924), consacré à une légende chrétienne autour du châtiment posthume de ce roi bibliqueChemins d'histoire, "Emission 198 : La vie d’outre-tombe du roi Salomon, un article oublié de Marc Bloch, avec Julien Théry", 25 septembre 2024. Dans sa postface, Julien Théry révèle l'existence d'une troisième version de cette légende, en plus des deux identifiées par Marc Bloch. Cette version supplémentaire, conservée uniquement semble-t-il dans la tradition hébraïque et transmise par , talmudiste du , confirme les conclusions de Bloch sur les spécificités anthropologiques du rapport au péché et à l'au-delà dans le christianisme latinFlorence Rousselet, "Le choix de la rédaction : La Vie d'outre tombe du roi Salomon", L'Intermède, 29 septembre 2024, lire en ligne.Jean-Nicolas Jacques, "La Vie d'outre tombe du roi Salomon", Iris, 45, 2025, lire en ligne.François Otchakovsky-Laurens, "« La Vie d’outre-tombe du roi Salomon » : Marc Bloch, plus neuf que jamais", Le Monde des livres, 26 octobre 2024, lire en ligne..
Autres activités Depuis , Julien Théry produit l'émission La Grande H sur la chaîne du média en ligne Média TV. D' à , il préside l'Entreprise de presse Le Média (EDPLM) durant une période marquée par des tensions internes, notamment le licenciement du directeur de la rédaction Denis Robert en 2020. ; .. Depuis 2024, il est membre du conseil de surveillance de la SCIC Le Média..
Engagements et controverses Un antisionisme assumé Décrit comme « très proche » de La France insoumise, Julien Théry est très actif sur ses réseaux sociaux personnels ainsi que sur la page qu'il administre pour Le Média. Antisioniste assumé, il publie notamment de nombreux messages relatifs à la situation en Palestine.
Contributions polémiques sur Internet
En , Julien Théry publie sur le site anticapitaliste Hors-Série un article intitulé « Antisémitisme de gauche, la grande fake news ». Il y affirme qu'il n'existe aucun lien entre les idées de la gauche et l'antisémitisme. Selon lui, la notion d'« antisémitisme de gauche », apparue au début des années 2000, est une stratégie destinée à protéger Israël des critiques du sionisme.... L'historien Emmanuel Debono, rédacteur en chef de la revue Le Droit de vivre, estime que Julien Théry s'inscrit concernant les relayées par la gauche. Debono ajoute que c'est
Le , la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme publie sur X un message reprochant à Julien Théry d'avoir « dressé une liste comme sous l'Occupation » dans une publication sur Facebook, le précédent. La publication en question relaie le message d'une autrice du « Club de Mediapart », scandalisée par une tribune signée par vingt personnalités qui demandaient au président de la République française de ne pas reconnaître un État palestinien de manière inconditionnelle sans exiger préalablement . Dans sa publication du , Julien Théry reproduit la liste publique de ces vingt signataires majoritairement juifs et les qualifie de ...Élodie Safaris, « Accusations d'antisémitisme à gauche : retour sur le "cas Théry" », Arrêt sur images, 15 décembre 2025, lire en ligne.. Son université condamne ce message publié sur Facebook et signale les faits au procureur de la République.. Julien Théry dénonce une calomnie et reçoit le soutien de Jean-Luc Mélenchon. Une enquête est ouverte par le procureur de la République de Lyon. « des chefs d'injure publique en raison de l'origine ou de la religion et de provocation à la discrimination en raison de l'origine ou de la religion »..
D'autres messages, que Julien Théry publie ou laisse publier sur le groupe Facebook dont il est administrateur, consacré à son émission La Grande H, sont alors mis au jour. En 2024, il y avait republié un photomontage représentant un homme, coiffé d'une kippa aux couleurs du drapeau israélien et portant une étoile jaune, qui dérobe le portefeuille d'une jeune femme tenant un drapeau palestinien. L'homme déclare, dans un phylactère, en anglais : « » (« Dieu m'a promis ce portefeuille »)... Par ailleurs, en réaction à une phrase de Denis Olivennes (), Julien Théry écrit sur le groupe Facebook en : « Il relaie également le commentaire d'un certain Nadjil Kallisto : En outre, Julien Théry partage ou laisse partager sur ce même groupe Facebook des publications liées à Paul-Éric Blanrue et Marc-Édouard Nabe, en dépit des avertissements lancés par d'autres membres.