La Reine de Golconde est un conte libertin et philosophique, publié anonymement, sans nom d’éditeur ni lieu d’impression, au cours de l’été 1761, par le chevalier de Boufflers.

Considéré comme le chef-d’œuvre littéraire de son auteur, ce récit libertin et philosophique s’inscrit dans la grande vogue de l’orientalisme et du conte de l’époque des Lumières. Son succès immédiat dans les salons parisiens a valu à l’auteur le surnom durable de .

Thèmes Entre pastorale et orientalisme, la Reine de Golconde mêle la tradition de la bergère provençale et le gout des Lumières pour le conte oriental. La critique du luxe et l’éloge de la nature sont d’essence très rousseauiste. Derrière les conventions du conte de fées et de la pastorale sentimentale, l’œuvre intègre néanmoins des éléments de cynisme, d’ironie et de sensualité caractéristiques de la littérature libertine du .. L’Orient imaginaire de Golconde sert également de décor de fantaisie pour interroger la morale, le bonheur et l’illusion des grandeurs politiques..

Genèse Le jeune Stanislas de Boufflers a composé ce conte, en 1760, alors qu’il était encore séminariste à Saint-Sulpice. Sa vocation religieuse s’étant trouvée supplantée par son inclination pour les lettres, il a quitté cet établissement après quelques mois, emportant le manuscrit de ce conte légèrement licencieux, au ton un peu libre..

Intrigue Dans sa jeunesse, le narrateur fait la rencontre amoureuse d’Aline, une jeune laitière d’une grande simplicité et d’une beauté pure. Ils vivent une idylle pastorale éphémère, avant que les aléas de l’existence ne les séparent. Devenu adulte, le narrateur entreprend un long voyage et s’embarque pour l’Inde, où ses pérégrinations le mènent jusqu’au légendaire royaume de Golconde, célèbre pour ses mines de diamants et ses richesses fabuleuses. Arrivé à la cour, il découvre avec stupéfaction que la reine qui gouverne ce pays n’est autre qu’Aline, son amour de jeunesse, élevée au trône par un concours de circonstances romanesques. Bien que devenue souveraine absolue d’un empire fastueux, Aline a conservé sa vertu et sa nostalgie de la vie simple. Guidée par son amour resté intact, la reine choisit d’abdiquer et de renoncer à sa couronne, abandonnant le luxe artificiel de la cour asiatique pour retourner à une existence modeste et heureuse aux côtés du narrateur..

Inspiration vignette| Gravure de Dupréel d’après Marillier. L’histoire d’Aline s’inscrit dans le prolongement d’un épisode marquant de la vie de Boufflers, qui a raconté sa véritable histoire, de diverses façons, en prose et en vers. Alors âgé de vingt ans, ce dernier résidait à la cour de Lunéville auprès de sa mère, la marquise de Boufflers. Ses activités se résumaient alors aux loisirs aristocratiques traditionnels, tels que l’équitation, la chasse et les réceptions.

Un matin, lors d’une promenade à cheval dans les environs de Lunéville, il rencontre Élisabeth, une fille de fermier âgée de seize ans qui s’apprêtait à traverser un ruisseau sur une passerelle. Immédiatement séduit par son esprit, Boufflers s’est approché d’elle. Dans son futur conte, il la rebaptisera « Aline ».

Lorsqu’il a tenté de l’embrasser, la jeune fille s’est débat, renversant son pot au lait. Pour apaiser son inquiétude, Boufflers est allé lui-même remplir le récipient à la fontaine. À son retour, son attitude prévenante et charmeuse lui a permis de retenir Élisabeth durant une heure. Captivée, elle s’est prêtée au jeu de la séduction. Un échange s’est établi alors entre eux :

Après avoir accepté un nouveau baiser, Élisabeth s’est vue offrir un bouquet improvisé de marguerites et de primevères cueillies au bord du ruisseau. En le lui tendant, Boufflers lui a déclaré : « Je voudrais vous offrir ce bouquet avec un trône. » Malgré ses affirmations répétées qu’elle devait partir, la jeune fille s’attardait, le regard fixé sur l’eau. L’arrivée de bucherons ayant finalement rompu le charme, elle a repris, après un soupir, son pot au lait et s’est éloignée à pas lents, sous le regard de Boufflers qu’elle continuait de guetter de quelques coups d’œil furtifs.

Avant de disparaitre sous les arbres, la jeune fille lui a adressé un dernier signe de la main. Boufflers est alors remonté en selle pour retourner à Lunéville. Plus tard, lorsqu’il est entré au séminaire de Saint-Sulpice, pour se conformer aux souhaits de sa mère, il n’a pas oublié Élisabeth. Afin de tromper son ennui, il a entrepris de relater leur rencontre par écrit, en attribuant à la jeune fille le prénom d’.

Réception Paru deux ans après Candide de Voltaire et un an après la Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau, l’ouvrage a connu un succès immédiat et retentissant. Le style frais et charmant de Boufflers a séduit un public lassé des romans conventionnels de l’époque. Cinq éditions se sont écoulées avant la fin de l’année 1761, créant une véritable fureur dans les salons parisiens. L’ouvrage a même été appelé .

De nombreuses copies manuscrites du conte ont rapidement circulé au sein des salons littéraires et des cercles mondains de l’époque. Le succès public immédiat inattendu suscité par l’œuvre et son auteur a propulsé l’auteur, alors inconnu, au cœur de la société galante du , où sa personnalité et son style littéraire ont fait l’objet d’une attention particulière, notamment auprès du public féminin.. Toutes les femmes de la cour voulaient rencontrer « l’heureux amant de la jolie laitière ».

Le succès du conte de Boufflers, publié sans nom d’auteur, a été tel que le abbé de Périgord, futur Talleyrand, a tenté un temps d’en revendiquer la paternité dans les salons parisiens, avant d’être confondu devant tout le monde dans le salon de la duchesse de Choiseul par Boufflers..

Prolongement En 1800, de retour de Berlin à Paris, le chevalier de Boufflers, alors âgé, a fait un détour par Lunéville pour retrouver Aline (Élisabeth), l’héroïne du seul roman de sa vie. Arrivé dans le hameau où elle habitait, il l’a reconnue par hasard dans un modeste cabaret, devenue une vieille fermière. Après leurs retrouvailles émues, ils ont partagé un déjeuner, au cours duquel elle lui a montré le bouquet fané, qu’elle avait conservé. Veuve ayant perdu deux enfants et sa terre, Élisabeth vivait simplement entourée de sa famille. Les deux vieux amants se sont dit un adieu émouvant, puis Boufflers a repris le chemin de Lunéville. Touché par la sérénité de sa vie rurale, il venait de comprendre le charme de l’agriculture et fait le vœu d’y consacrer ses derniers jours.

Postérité Dès sa sortie, le conte a fait l’objet de piratages et de révisions textuelles majeures. En septembre, le Mercure de France a publé un texte fortement expurgé et censuré, en modifiant le titre de La reine de Golconde en Aline, reine de Golconde. Après 1763, une autre variante tronquée a circulé massivement sous forme de copies manuscrites et de réimpressions clandestines. Il faudra attendre le retour d’exil de Boufflers sous Napoléon, pour que soit fixée, sous sa supervision directe, la version définitive de ses écrits, dans l’édition de ses œuvres complètes, en 1803..

Adaptations Le succès du conte a inspiré plusieurs adaptations lyriques, transformant le conte en un classique du répertoire théâtral, notamment : Aline, reine de Golconde, opéra-ballet-héroïque de Michel-Jean Sedaine, avec une musique de Pierre-Alexandre Monsigny, chorégraphe Gaëtan Vestris, dès 1766. En 1803, Henri-Montan Berton a adapté cette œuvre pour le public du début du , en opéra-comique en trois actes. Un quart de siècle plus tard, c’est au tour de Felice Romani d’adapter l’intrigue pour le public italien de l’époque romantique, sous le titre de , un mélodrame en deux actes, sur une musique de Gaetano Donizetti.

Illustrations Au , des artistes comme Alexandre-Joseph Desenne ou Clément-Pierre Marillier ont créé des vignettes et des dessins pour illustrer les scènes clés du conte, notamment la rencontre initiale entre le narrateur et la laitière.

Notes et références Notes

Références

Éditions . .

Liens externes

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