Des protestations de masse se produisent en Bolivie en mai et juin 2026 sous forme de manifestations, de barrages routiers et de grèves générales. Initiées en grande partie par les mineurs et les population autochtones, les manifestations ont été déclenchées par une loi permettant d’utiliser les terres comme garantie pour les prêts, dans le contexte de crise économique en Bolivie. Bien que le président Rodrigo Paz ait annulé la loi le 13 mai, les manifestations ont continué de se propager. La portée des manifestations s'est également élargie, les travailleurs réclamant de meilleurs salaires, le contrôle de l'inflation et la démission du président Paz.
Contexte Rodrigo Paz est élu président de la Bolivie lors de l'élection présidentielle de 2025. Fils de Jaime Paz Zamora (lui-même président de 1989 à 1993) et petit-neveu de Víctor Paz Estenssoro (président de 1952 à 1956, puis de 1960 à 1964 et de 1985 à 1989), il est élu sur un programme centriste promettant un « capitalisme pour tous » après près de vingt ans de gouvernement du Mouvement vers le socialisme (MAS). Il a remporté le deuxième tour avec 55 % des voix contre l'ancien président néolibéral et pro-américain Jorge Quiroga Ramírez ; la gauche, divisée, n'étant pour sa part pas en mesure d'atteindre le deuxième tour.
Cependant, depuis son entrée en fonction, Paz s'est éloigné d'une grande partie de ses électeurs. Il a constitué son gouvernement principalement avec des dirigeants d'entreprise conservateurs, laissant les représentants autochtones ainsi que les secteurs syndicaux et paysans sans représentation aux postes clés.
Son gouvernement a mis en place des mesures impopulaires qui lui ont valu d’être accusé de ne pas respecter ses promesses de campagne et de gouverner pour les élites et les lobbys agro-industriels. En décembre 2025, la suppression des subventions à la farine dont bénéficiait la Confédération nationale des boulangers de Bolivie (Conapabol), a provoqué une explosion des prix du pain. Les factures d’électricité et d’eau ont subi des hausses pouvant aller jusqu’à 150 % et la suppression des subventions sur les combustibles a généré une fore hausse des prix – de 86 % pour l’essence et 163 % pour le diésel, provoquant de premières manifestations qui se sont cependant essoufflées au bout de quelques jours. Dans le même temps, le gouvernement a supprimé quatre impôts : celui sur les grandes fortunes ; sur les transferts financiers ; sur les jeux ; et sur les promotions commerciales.
C'est ensuite l'adoption d'une réforme agraire qui favorisait la concentration des terres qui conduit les organisations paysannes a mené les premières manifestations massives.
Mouvement de protestation Acteurs des grèves et des barrages routiers, les paysans, ouvriers, mineurs et enseignants armés de pierres, de bâtons et d’explosifs artisanaux ont pendant des semaines encerclé la capitale administrative La Paz ainsi que la ville voisine El Alto. Les blocages routiers ont également augmenté, mettant les villes de La Paz, El Alto et Cochabamba sous "siège", isolant les villes et empêchant les biens essentiels de les atteindre.
Le 26 mai, la Chambre des députés abroge une loi adoptée en 2020 qui restreint le recours à l'état d'urgence, ce qui ouvre la voie à l'envoi de l'armée face aux manifestations.. Début juin, le ministre de la Défense Raúl Marcelo Salinas et la ministre de l'Éducation Beatriz Elene García démissionnent.. Le 19 juin, après six semaines de blocage, un protocole d'accord a été signé avec la principale organisation syndicale, la Centrale ouvrière bolivienne (COB), mais la mobilisation continue et le Président décrète un état d’exception dans tout le pays Bolivie: l'état d'exception décrété après six semaines de protestations, malgré un accord avec le principal syndicat, RFI, 20 juin 2026. L'armée et la police interviennent alors pour démanteler une cinquantaine de barrages, mettant un terme au mouvement. Quatorze personnes ont été tuées, au total, durant les protestations, qui constituent la plus grave crise sociale en Bolivie depuis les années 1980.
L'accord signé par la COB est interprété comme une défaite des mouvements paysans et ouvriers, qui n'ont rien obtenu de concret de la part du gouvernement et perdu le soutien d'une partie de la population à mesure que les pénuries se faisaient sentir à La Paz. Le gouvernement s’était engagé à ne pas criminaliser la protestation sociale mais dès le 24 juin le président Rodrigo Paz a demandé au ministère de la Justice d’agir contre « ceux qui ont fait du mal à la société », affirmant que « leur place est en prison » et que les revendications avaient été « infiltrées par une logique narcoterroriste ».
Rodrigo Paz apparait cependant fragilisé par ces manifestations. Celles-ci ont été conduites par les populations indigènes et organisations paysannes qui l'avaient porté au pouvoir mais qui ont rapidement été déçues par sa politique, marquée par des coupes budgétaires, des suppressions d’impôts pour les plus riches et la mise à l’écart des secteurs populaires dans les espaces de pouvoir.
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