Vincenzo Cermignani, né le à Giulianova et mort le dans la même ville, est un peintre italien, connu en France sous le nom de Vincent Cermignani..
Antifasciste réfugié en France, il y fait l'essentiel de sa carrière à Paris dans les années 1930 et 1940.
Peintre de marines, de ports et de paysages, il se fait notamment connaître en 1934 par ses tableaux des grands paquebots transatlantiques, l'Île-de-France et le Normandie, peints sur les chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire. Ouvrier du bâtiment devenu peintre, militant de la CGT proche des milieux de l'art prolétarien, il est une figure de la gauche artistique de l'entre-deux-guerres.
Son œuvre relève d'un post-impressionnisme marqué par le travail au couteau et une couleur affranchie du naturalisme.
Biographie
Jeunesse et formation Vincenzo Cermignani naît en 1902 dans le quartier de La Rocca, au cœur historique de Giulianova, fils de Florindo, orfèvre spécialisé dans le travail du corail, et de Maria Filippa Corda.. C'est dans l'atelier paternel et sur les marchés locaux qu'il s'initie à l'art. Dans sa ville natale se forge aussi sa conscience politique: il devient secrétaire des Jeunes Socialistes et milite dans les rangs antifascistes.
En 1920, il gagne Milan pour approfondir l'orfèvrerie et rejoint le cercle anarchiste d'Errico Malatesta. L'année suivante, il retourne à Giulianova, où il perfectionne sa technique auprès des maîtres locaux Andrea Clodomiro Iezzi et Ulderico Ulizio, élève de Raffaello Pagliaccetti. Chassé par la police politique italienne pour son activité antifasciste, il doit s'expatrier bien avant la guerre..
Installation en France Après un passage par Milan, il s'installe à Paris, où il habite au 25, rue Henri-Monnier ()Livret du Salon des indépendants, 1933.. Ouvrier du bâtiment et autodidacte, il n'a jamais fréquenté ni les écoles ni les ateliers, et connaît une première période de bohème mêlant art et engagement politique..
En 1933 et 1935, il expose au Salon des Tuileries.. Membre de la Société des artistes indépendants, il participe au Salon des indépendants de façon suivie à partir du milieu des années 1930.. En 1933, il obtient un diplôme d'honneur et une médaille d'or, et s'engage au sein du Syndicat des décorateurs d'art..
Les paquebots de Penhoët Au début des années 1930, Cermignani travaille aux chantiers de Penhoët, à Saint-Nazaire, en tant que chef des décorateurs des grands paquebots. Il participe ainsi à la décoration du paquebot Ile-de-France puis à celle du Normandie. Cermignani va également trouver dans la construction de ces navires un sujet privilégié pour son travail d'artiste peintre.
Ainsi, il brosse en 1933 un tableau de lÎle-de-France au quai d'armement de Penhoët, œuvre mise en tombola au profit d'une famille éprouvée et qui rapporte plus de . Le journal LOuest-Éclair le présente alors comme le « chef de la pléiade des décorateurs de nos grands paquebots »..
La même année, son tableau du Normandie, peint dans le bassin de Penhoët, présenté au Salon des Tuileries de 1933 lui vaut le diplôme d'honneur de la Ligue maritime et coloniale ; un important éditeur d'art parisien en tire des reproductions en couleur diffusées dans le monde entier.. Durant son séjour, il anime la vie artistique de la côte, organisant des manifestations à Saint-Brévin, Pornichet, La Baule et Le Pouliguen.
Il expose à plusieurs reprises au salon du Groupe artistique de Saint-Nazaire, de 1936 à 1938., et fait don au musée de la ville d'une toile intitulée Place Pigalle..
Engagement politique et syndical Fidèle à ses origines ouvrières, Cermignani demeure « attaché à sa foi syndicaliste » autant qu'à sa recherche de la couleur et de la lumière. Militant de la CGT, il y représente les techniciens et les intellectuels : en 1936, lors d'un meeting des travailleurs de Cagnes-sur-Mer, il apporte le salut de ces derniers aux ouvriers du bâtiment et lance un appel à l'union et à l'action « contre les factieux »..
Proche du mouvement de l'art prolétarien, il expose au Salon des artistes du travail en 1934, où il présente des Paquebots à quai, salon commenté par le critique Georges Turpin., et participe aux manifestations du groupe « Commune », proche des communistes, à la Maison de la culture. Il peint un Portrait de Charles d'Avray, chansonnier libertaire. Solidaire de l'Espagne républicaine, il offre un tableau à la tombola du Comité pour l'Espagne, tirée à la salle Wagram en 1937.. Son parcours est suivi par la presse de gauche comme Le Populaire, Le Libertaire, Le Peuple ou Le Midi socialiste.
La Seconde Guerre mondiale Au début de la Seconde Guerre mondiale, il se réfugie dans le centre de la France, à Limoges, pour échapper à la présence fasciste à Paris, et poursuit son action anti-totalitaire contre les occupants jusqu'à la Libération, cessant alors d'exposer au Salon des indépendants. Il est un temps marié à Germaine Alphonsine Albertine Langlois, issue d'une famille noble.
En 1944, s'intéressant au massacre d'Oradour-sur-Glane, il peint Vue de l'église d'Oradour-sur-Glane après l'incendie par les Allemands. Selon l'historienne de l'art Laurence Bertrand Dorléac, le tableau est acquis en 1947 comme « œuvre documentaire » et conservé au musée d'art moderne André-Malraux du Havre.. À la Libération, il reçoit la reconnaissance de l'Association des partisans garibaldiens pour son engagement dans la Résistance. Il revient au Salon des indépendants en 1948, « plus combatif que jamais ».
Retour à Giulianova En 1947, il épouse Suzanne Woltock. En 1953, il revient à Giulianova et y organise une exposition personnelle au palais Kursaal. En 1967, il se fixe définitivement dans sa ville natale, au palais Cerulli. Tombé malade en 1970, il rédige son testament, confiant à l'avocat Riccardo Cerulli le soin de remettre ses œuvres à la pinacothèque communale et ses livres à la bibliothèque municipale « V. Bindi ».
Il meurt le 14 février 1971 et est inhumé au cimetière de Giulianova, aux côtés du musicien Primo Riccitelli, dans deux sarcophages monumentaux commandés par la municipalité en 2007.. En 1997, sa maison devient la maison-musée « Vincenzo Cermignani »., qui conserve 446 œuvres du peintre ainsi que 384 livres, photographies et documents liés à sa vie..
Style Peintre de marines, de ports et de paysages, ainsi que portraitiste, Cermignani puise une part de ses sujets dans les ports de France : Le Croisic, Antibes, Marseille, Villefranche-sur-Mer, Nice ou La Napoule. Sa peinture développe des qualités plastiques et coloristes qui visent un réalisme distinct de la tradition paysagère des Abruzzes. Formé au contact des tendances post-impressionnistes françaises, il maîtrise l'usage du couteau à peindre et de la touche grasse, avec des tonalités affranchies du naturalisme qui confèrent à ses toiles une dimension parfois proche de l'abstraction. La presse française le surnomme le « maître de la lumière » et le tient pour le plus « montmartrois des Parisiens ».
Expositions Cermignani participe à de nombreux salons parisiens et à des manifestations en province, largement recensés par la presse de l'entre-deux-guerres et de l'après-guerre. Salon des indépendants, Paris : de manière presque continue, comme l'attestent les livrets officiels du Salon de 1935. à 1940, puis de 1947 à 1955. ; Salon des Tuileries, Paris : 1933, 1934, 1935 et 1936. ; Salon des artistes français, Paris : 1935. ; Salon des « Vrais indépendants », Paris : 1932 et 1933. ; Salon du Groupe des Dix, 1933 ; Salon des artistes du travail (Palais Berlitz), 1934, où il présente des Paquebots à quai ; groupe « Commune », Maison de la culture ; Salon de l'Art libre, Paris : 1946 et 1948, ce dernier commenté par Yves Sjoberg dans Arts. ; Salon du Groupe artistique de Saint-Nazaire, 1936-1938 ; expositions personnelles, notamment au Havre en 1939., et à Giulianova (palais Kursaal) en 1953.
Œuvres dans les collections publiques
Le Havre, musée d'art moderne André-Malraux : Vue de l'église d'Oradour-sur-Glane après l'incendie par les Allemands (1944) ; Saint-Nazaire : Place Pigalle, toile donnée au musée de la ville en 1938 ; Giulianova, maison-musée « Vincenzo Cermignani » : ensemble de 446 œuvres.
Notes et références
Bibliographie
. . . Recueil. Dossiers biographiques Boutillier du Retail, Documentation sur Vincent Cermignani, Paris, Le Populaire, 1936.
Liens externes
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