François Henri Stanislas Delaulnaye ou de L'Aulnaye, né le à Versailles et mort le à l'Hospice Sainte-Périne de Chaillot, est un homme de lettres français.

Inspiré par les thèses de Charles-François Dupuis sur la mythologie astrale, il entreprend une Histoire des religions qui reste inachevée. Il y soutient notamment que l'ère du Verseau, concept à l'origine du mouvement New Age, a commencé en 1726.

Il est également l'auteur d'un traité sur les rites et les symboles de la franc-maçonnerie, le Thuileur de l'Écossisme.

Biographie François Henri Stanislas Delaulnaye, né à Versailles le Et non à Madrid en 1739, comme le prétendit Michaud dans une notice de la biographie universelle. Cette erreur, systématiquement reproduite depuis, a été corrigée par Claude Rétat, archive paroissiale à l'appui. et baptisé le lendemain à la chapelle Saint-Louis, était le fils de Gabriel Delaulnaye, « bourgeois de Versailles » et de Jeanne Perrot. Il aurait séjourné à Madrid dans son enfance, ce qui pourrait expliquer pourquoi certains biographes l'ont fait naître dans cette ville.

Selon Charles Weiss, il fit « de brillantes études, et acquit même des connaissances très étendues dans la linguistique, l'histoire naturelle et la théorie de la musique. »

Avocat en parlement, Delaulnaye exerça dans les années 1780 la fonction de bibliothécaire au « musée de Monsieur », dirigé par Jean-François Pilâtre de Rozier. Il fut aussi associé au musée littéraire de Paris, dirigé par Antoine Court de Gébelin puis Jean-François Cailhava de L'Estandoux.

Il est l'auteur d'un Mémoire sur un nouveau système de notation musicale (1785). Comme Jean-Jacques Rousseau, qui proposait, dans sa Dissertation sur la musique moderne (1743), de remplacer la portée et les têtes de notes par des chiffres, afin de simplifier l'apprentissage du solfège, Delaulnaye voulait que chaque son fût représenté par « un caractère particulier ».

Delaulnaye prit part à l'édition Poinçot des Œuvres de Jean-Jacques Rousseau (1788-1793), s'occupant des volumes consacrés à la musique et de lEssai sur l'origine des langues.

En août 1789, l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres lui remit un prix pour un ouvrage sur la pantomime antiqueDe la saltation théâtrale, ou Recherches sur l'origine, les progrès et les effets de l'art panto-mimique chez les Anciens. « Le geste seul exprime d'une manière réelle le mouvement et la vie. […] La poésie n'arrive à notre esprit que par des signes arbitraires ; la pantomime au contraire parle directement à nos yeux. »

Inspiré par les articles de Charles-François Dupuis (qui siégeait dans le jury l'ayant récompensé), Delaulnaye entama la publication d'une Histoire générale et particulière des religions et du culte de tous les peuples du monde, tant anciens que modernes, dont le premier volume, édité par Jean-Baptiste Fournier, parut en 1791. Il devança ainsi de quatre ans la publication par Dupuis de l’Origine de tous les cultes.

Son livre comprenait un tableau présentant les ères astrologiques : sous l'effet de la précession des équinoxes, le printemps change de signe tous les deux millénaires environ. Comme l'ont relevé Jacques Halbronn et Nicholas Campion, Delaulnaye donnait une date précise pour l'avènement de l'ère du Verseau : 1726. Il fut donc, semble-t-il, le premier de la longue série d'auteurs ayant annoncé, tout au long des XIX et XX siècles, le commencement du « Nouvel ÂgeNicholas Campion, The New Age in the Modern West: Counterculture, Utopia and Prophecy from the Late Eighteenth Century to the Present Day, Bloomsbury Publishing, 2015 p.55. ».

Il présentait le christianisme comme un culte du Soleil, ce qui lui valut les foudres de l'abbé Lefranc, auteur de la Conjuration contre la religion catholique et les souverains (1792), qui l'estimait coupable d'avoir abjuré la religion dans laquelle il avait été élevé. Lefranc affirmait que Dupuis, Lalande et l'abbé Leblond se cachaient derrière Delaulnaye, qui répondit l'année suivante à ce « frénétique auteur » dans une réédition de son livre : « Cet ouvrage est de moi seul, je l'affirme, et crois de mon devoir d'en signer la déclaration. » Il fut également attaqué par l'abbé Barruel, autre promoteur de la théorie du complot maçonnique dans la Révolution française.

Delaulnaye, tout en se déclarant redevable envers Dupuis, prit quelques distances avec lui, jugeant que son système n'était « pas le seul par lequel on puisse raisonnablement interpréter les religions anciennes ». Il lui reprocha plus tard de n'avoir « pas su voir plus loin que la stérile observation des astres ».

Influencé par la philosophie hermétique, Delaulnaye élabora une interprétation centrée sur la génération et sur la mort. La mort, selon lui, « fut le grand type de toutes les Initiations ».

Son projet resta inachevé : un seul volume de lHistoire des religions fut publié, sur les douze annoncés. Il ne parvint pas à rassembler un nombre suffisant de souscripteurs, malgré plusieurs articles élogieux dans Le Moniteur universel. Ce livre luxueux, illustré par des gravures de grande qualitéLes gravures illustrant lHistoire des religions, propriété de l'éditeur Jean-Baptiste Fournier, furent recyclées dans un livre d'Alexandre Lenoir, La Franche-Maçonnerie rendue à sa véritable origine (1814)., était trop onéreux pour le public.

Il abandonna son entreprise éditoriale après que Dupuis eut publié l’Origine de tous les cultes, dont le frontispice s'inspirait de celui que Moreau le Jeune avait dessiné pour l’Histoire des religions.

Delaulnaye connut de graves difficultés financières pendant la Révolution. Charles Weiss racontait : « Forcé, après avoir dissipé sa fortune, de chercher dans ses talents des ressources pour subsister, il se mit à travailler pour les libraires. Vivant dans le plus complet isolement, il finit par tomber dans la misère. »

Il fut d'abord employé par Jean-Baptiste Fournier, participant à une édition des Lettres d'Héloïse et d'Abélard (1796), du Roman de la Rose (1799) et de La Fable de Psyché (1802), extraite des Métamorphoses d'Apulée. Delaulnaye glissa dans les notes de ces éditions des allusions à son ouvrage sur les religions.

En 1807, Louis-Marie Prudhomme lui confia la direction, avec l'abbé Grégoire, d'une réédition des Cérémonies et coutumes religieuses de Bernard PicartDans le discours préliminaire de son Histoire des religions, Delaulnaye avait critiqué cette « compilation informe » truffée d'erreurs..

Sans être lui-même franc-maçon, Delaulnaye servait de prête-plume à Louis-Florimond Fustier, vénérable de la loge Le Point Parfait (située dans le quartier des Halles à Paris). Jean-Marie Ragon racontait qu'en 1808, lors d'un dîner chez Fustier, des frères du Grand Orient de France se plaignaient qu'aucun texte n'expliquât clairement la nomenclature maçonnique. Delaulnaye, seul convive à n'être pas initié, leur dit qu'il connaissait l'hébreu et proposa de produire un manuel. Les frères acceptèrent de lui transmettre des documents sur les 33 degrés du Rite écossais ancien et accepté.

Il rédigea un Thuileur de l'Écossisme, décrivant et interprétant les gestes, les cérémonies, les mots sacrés et les symboles maçonniques. Un premier extrait fut publié en 1812, suivi l'année suivante de l'ouvrage complet.

Ce Thuileur, avec celui de Claude André Vuillaume (1820), fut le manuel de franc-maçonnerie le plus célèbre du . Claude Rétat note que George Sand l'avait dans sa bibliothèque, tandis que Pierre-Joseph Proudhon, qui n'était pas ressorti convaincu de son initiation maçonnique, s'y référa dans De la Justice dans la Révolution et dans l'Église (1858).

À la fin de sa vie, Delaulnaye travailla pour le libraire Théodore Desoer, collaborant à l'édition des Essais de Montaigne (1818) et des œuvres de Rabelais (1820). Il publia une traduction de Don Quichotte (1821) qui fut longtemps utilisée par les éditions Garnier.

Il contribua aussi à la Biographie universelle de Michaud, signant notamment les articles sur Apulée, John Dee, Faust, Gluck et Guido d'Arezzo.

Le 7 février 1822, il fut reçu comme pensionnaire à l'Hospice Sainte-Périne de Chaillot, moyennant une somme annuelle de 600 francs. Il y mourut le 10 avril 1830, à soixante-dix ans. Le registre des décès précise qu'il était « veuf de Marie-Françoise Richard ».

Publications

Notes et références Notes

Références

Annexes Bibliographie

Articles connexes Claude André Vuillaume

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