Carl Eduard Schuberth (parfois orthographié Karl Schuberth ou Charles Schuberth ; en russe : Карл Богданович Шуберт, Karl Bogdanovich Choubert), né le 25 février 1811 à Magdebourg (Royaume de Prusse) et mort inopinément le 22 juin 1863, à Riesbach (Zurich, Suisse), est un violoncelliste, chambriste, chef d'orchestre, pédagogue et compositeur d’origine allemande Le certificat de décès daté du 03.07.1863 atteste son décès survenu à Riesbach le 22.06.1863, Archives historiques d'Etat de Russie (RGIA), Au sujet du service du violoncelliste Carl Schuberth, Saint-Pétersbourg, F. 497, Op. 1, D. 7221, document 214.. Formé à l’école de violoncelle de Dresde, il mène une carrière de soliste itinérant en Europe occidentale avant de s’établir définitivement en Russie. Figure centrale de la vie musicale de Saint-Pétersbourg au milieu du XIXe siècle sous les règnes de Nicolas Ier et d’Alexandre II, il marque profondément l'essor de la musique russe. Homme d’ouverture et de transition, il joue un rôle déterminant dans la diffusion et la démocratisation de la musique en Russie ainsi que dans la professionnalisation de l’enseignement musical L. Schiwietz, Der Violoncellist Carl Schuberth und seine Bedeutung für die Schumann-Rezeption in Rußland, pp. 210-216..

Biographie

Formation et débuts en Europe (1811–1835) Récit de Julius Schuberth publié à l'occasion d'une tournée de son frère en Allemagne en 1847 : Carl Schuberth in St. Petersburg – Lebens-Skizze, in Kleine Musikzeitung, 8e année, n° 52, Hambourg, 1847, J. Schuberth & Co, supplément de 15 pages. Issu d'une famille de musiciens, Carl Schuberth est le fils de Gottlob Schuberth, professeur de hautbois et de clarinette, pianiste et compositeur, qui lui enseigne le solfège et le piano. Il est le frère de Julius Schuberth, éditeur de musique à Hambourg, Leipzig et New York, de Ludwig (Louis) Schuberth, chef d’orchestre et compositeur (chef d'orchestre au Théâtre allemand de Saint-Pétersbourg en 1845), et de Friedrich (dit Fritz) Schuberth, éditeur de musique à Hambourg Notes biographiques dans le Neue Zeitschrift für Musik (NZfM), Leipzig, 12.02.1846, pp. 51-52.. Dès l'âge de neuf ans, il étudie le violoncelle avec Ludwig Hesse à Magdebourg. À partir de 1826, sa formation est confiée à Friedrich Dotzauer à Dresde, violoncelliste et pédagogue réputé. Sous sa direction, il acquiert une technique d’archet très précise, une pureté de style classique et une profonde intériorité d’interprétation qui deviendront sa signature artistique. En 1828, il effectue une première tournée en Allemagne avant de retourner à Dresde parfaire sa formation. De 1829 à 1833, il occupe le poste de premier violoncelle solo à l'orchestre du Théâtre de Magdebourg. De 1833 à 1835, grâce au soutien financier de son frère Julius, il mène avec succès une tournée européenne en Allemagne, en Belgique, en France, en Angleterre et aux Pays-Bas Article dans le Journal de La Haye, le 26.12.1834.. La critique musicale de l’époque salue la clarté de ses nuances et son refus de la virtuosité purement superficielle au profit de la musicalité. C’est au cours de ces années de soliste d'orchestre et de voyage qu’il commence à composer ses premières œuvres de concert pour son instrument, à l’image de son Souvenir de la Hollande, op. 3, écrit pour briller lors de ses apparitions publiques. En 1835, cette œuvre lui vaut le titre de Soliste de la Cour à La Haye Article dans le Journal de La Haye, le 02.02.1835..

Installation en Russie : soliste, enseignant et chef d’orchestre (1836–1858) Sur les conseils de son mentor Bernhard Romberg, violoncelliste allemand bien introduit en Russie, Schuberth décide à la fin de l'année 1835 de tenter sa chance à Saint-Pétersbourg, alors véritable carrefour culturel et pôle d’attraction majeur pour les musiciens étrangers. Début 1836, il est engagé comme soliste à la Cour et à l'Orchestre des Théâtres impériaux Contrat d’engagement au 01.04.1836, RGIA, Saint-Pétersbourg, F. 497, Op. 1, D. 7221, documents 48-49.. Son autorité musicale s’étend rapidement et il cumule bientôt des fonctions de premier plan : en 1837, il est nommé directeur des activités musicales à l'Université impériale de Saint-Pétersbourg et par la suite professeur de violoncelle à l’École de Jurisprudence D. Lomtev, An der Quelle, page 26..

L’Orchestre universitaire et la démocratisation des concerts En 1842, soucieux d'ouvrir la musique au plus grand nombre dans un contexte où les concerts publics sont rares et réservés à une élite — les Théâtres impériaux en détenant le monopole —, il fonde avec l'inspecteur Alexander Fitzthum von Eckstedt l'Orchestre des Étudiants et des Professeurs de l'Université impériale, premier orchestre régulier en Russie L. Ginsburg, Histoire de l'art du violoncelle, tome 2, pp. 215-216.. Baptisés « Exercices musicaux », ces concerts échappent à l'autorité des Théâtres impériaux et peuvent se tenir tout au long de l'année, sans se limiter aux quarante jours du Grand Carême Article La vie musicale à Saint-Pétersbourg, 1846-1848, dans le NZfM, n° 11 du 05.08.1848, pp. 54-58.. Accessibles à tous pour un coût modique, ils rencontrent un succès immédiat. Pendant vingt saisons, Schuberth y fait découvrir les œuvres de Beethoven, Mendelssohn, Liszt, Spohr, Schumann, Berlioz et Wagner, ainsi que celles de compositeurs russes comme Mikhaïl Glinka, Anton Rubinstein et Mili Balakirev I. Seyfert, Mémoires de professeur du Conservatoire de Petrograd, page 23.. Le tout Saint-Pétersbourg s'y presse, notamment Balakirev, Borodine, César Cui, Moussorgski, le prince Vladimir Odoïevski, Rimski-Korsakov, Serov, Tchaïkovski et le comte Matvei Wielhorski Article dans Severaya Pchela (L'Abeille du Nord), Saint-Pétersbourg, 1848, n° 80.. Anton Rubinstein y fait ses débuts de chef d'orchestre, tandis que le violoniste Henryk Wieniawski et les chanteurs Pauline Viardot-Garcia et Luigi Lablache s'y produisent comme solistes invités.

La Société philharmonique et les grandes scènes musicales En 1842 également, Schuberth est nommé directeur de la Société philharmonique de Saint-Pétersbourg (fondée en 1802)(en) R. Stites, Serfdom, Society, and the Arts in Imperial Russia, page 95.. À ce titre, il interprète l'essentiel du répertoire classique et accueille dans la capitale Franz Liszt, Robert Schumann et Clara Schumann, Hector Berlioz et Richard Wagner, dont il défend ensuite l'œuvre en Russie L. Schiwietz, Der Violoncellist Carl Schuberth und seine Bedeutung für die Schumann-Rezeption in Rußland, page 213. . Il côtoie par ailleurs le violoniste belge Henri Vieuxtemps (nommé violoniste de la Cour en 1846) et le violoncelliste belge Adrien-François Servais lors de ses tournées en Russie. Succédant à Catterino Cavos, le maître de chapelle des théâtres de Saint-Pétersbourg, à partir de 1853, il organise et dirige régulièrement des concerts pour la Direction des Théâtres impériaux, y compris des grands événements réunissant plus de 300 musiciens et choristes Programme des méga-concerts dans le NZfM, n° 21, 18.05.1860, page 191.. En 1856, il est nommé inspecteur des cours de musique de l'École de Théâtre, fonction qu'il exercera jusqu'à sa mort. Familier des salons les plus influents, notamment celui du comte Matvei Wielhorski, il collabore et échange avec le « père de l’opéra russe », Mikhaïl Glinka( f r ) M. Glinka, Mémoires, pp. 113 et 215.. En 1857, après le décès à Berlin du compositeur, c'est à Schuberth que revient l'honneur de diriger le concert organisé à sa mémoire.

La Société musicale russe et le Conservatoire de Saint-Pétersbourg (1859-1862) Au cœur du « Siècle d’Or » musical russe, pendant plus d’un quart de siècle, Schuberth devient un pont culturel entre la tradition savante allemande et l’émergence de la musique nationale russe. César Cui (1835-1918, critique et compositeur russe) écrit : « Sa contribution au développement musical de Saint-Pétersbourg est indéniable ; il occupe une place à part entière dans l’histoire de ce développement » Article de César Cui dans Nouvelles de Saint-Pétersbourg, Théâtre et Musique, 10.03.1858.. En 1859, il participe activement, aux côtés d'Anton Rubinstein et de la grande-duchesse Elena Pavlovna (née Charlotte de Wurtenburg), à la création de la Société musicale russe, principal vecteur de progrès de la vie musicale dans l'Empire. Seul étranger siégeant au directoire, il est chargé de l'organisation et de la direction des cycles annuels de concerts de musique de chambre, Rubinstein assurant les concerts symphoniques Programme des concerts de musique de chambre 1859-1862, NZfM, vol. 57, n° 23, 05.12.1862, pp. 205-208.. Il enseigne parallèlement le violoncelle dans les classes nouvellement créées sous l'égide de la Société(en) Ph. Taylor, Anton Rubinstein - A life in Music, page 88.. La même année, la Société crée en son sein un quatuor à cordes dont Schuberth est l'âme et auquel se joint ultérieurement le violoniste polonais Henryk Wieniawski comme premier violon. Ce quatuor contribue puissamment à l'essor de la musique de chambre en Russie Quatuor de la Société musicale russe dans le NZfM, vol. 50, n° 16, 15.04.1859, p. 178 et (en) Cobbet's Cyclopedic Survey of Chamber Music, pp. 314 et 316. . En 1862, lors de la fondation par Anton Rubinstein du Conservatoire de Saint-Pétersbourg — premier établissement d'enseignement musical professionnel du pays Conservatoire de Saint-Pétersbourg dans le NZfM, n° 22, 28.11.1862, pp. 194-196. — , Carl Schuberth est nommé professeur de violoncelle de la nouvelle institution. Il dirige également les premiers concerts de l'École libre de musique, fondée la même année par Mili Balakirev(en) R. Ridenour, Nationalism, Modernism, and Personal Rivalry in 19th-Century Russian Music, page 129..

Dernière année et décès (1863)