La Villard-de-Lans, ou villarde, est une race bovine française originaire des alentours de la ville éponyme, dans le massif du Vercors, dans les Préalpes françaises. Cette vache à la robe froment unie a longtemps été utilisée pour les travaux agricoles, le lait et la viande, avant que la Seconde Guerre mondiale et la spécialisation des races bovines entraînent son déclin.
La sauvegarde de la race est entreprise à partir de la fin des années 1970. Au début du , les effectifs augmentent à nouveau lentement. Elle est principalement utilisée pour sa production laitière et fait partie des races autorisées pour la production du fromage AOC Bleu du Vercors-Sassenage.
Histoire de la race Origines vignette|alt=Paysage de moyenne montagne avec localité en fond de vallée.|Villard-de-Lans et ses alentours, berceau de la race éponyme. L'origine de la villard-de-lans est sujette à polémique. Certains la rapprochent de la race mézine aujourd'hui disparue et, ainsi, des races du Massif central.. Elle serait alors la dernière représentante de la branche des blondes du sud-est, une branche apparentée à la branche blonde du rameau blond et rouge largement représentée dans le sud de l'Europe. Toutefois, seule sa couleur se rapproche réellement de celle de la race du Mézenc, qui a une morphologie très différente. C'est pourquoi la villard-de-lans est plus souvent rapprochée des animaux du rameau jurassique. Certains auteurs précisent même qu'elle serait issue de croisements entre des bovins du rameau jurassique et des bovins des Alpes.. On s'accorde toutefois pour dire que la création de la race est liée au relatif isolement des animaux dans le Nord du Vercors, un massif des Alpes du Sud, dont elle porte le nom de la principale ville. C'est là que la population s'est lentement homogénéisée pour former une race à part entière..
Au , l'élevage bovin est bien présent dans le Vercors, plus particulièrement au nord du massif, dans le canton de Villard-de-Lans. On y compte et en 1748, tandis que dans le sud du massif on rencontre surtout des bœufs importés du Vivarais et très peu de vaches. La forte proportion de vaches est liée à l'importance de la production laitière dans le canton, nettement moins enclavé que le sud du massif et donc plus approprié à cette production. C'est pourquoi elle s'y est développée fortement dans la seconde moitié du . Ainsi, le nombre de vaches sur les communes de Villard-de-Lans, Lans-en-Vercors et Méaudre passe de entre 1748 et 1809.
La race est mentionnée pour la première fois en 1832, quand un vétérinaire de Grenoble observe plusieurs bovins aux caractéristiques semblables regroupés notamment sur l'ancien canton de Villard-de-Lans.. Une demande pour que la race soit officiellement reconnue est effectuée en 1862. Elle reçoit une réponse positive en 1863 à la suite de la consultation d'experts de l'école nationale vétérinaire de Lyon, qui n'aboutit toutefois à la reconnaissance officielle qu'en 1864..
Essor La création de la race villard-de-lans correspond au développement de l'agglomération grenobloise. La population toujours plus nombreuse de la ville et de sa banlieue consomme la viande et les produits laitiers issus des cantons ruraux avoisinant comme celui de Villard-de-Lans. C'est pourquoi la production bovine prend un essor important sur ce canton, supplantant les ovins et les caprins qui ont la réputation d'être à l'origine de l'érosion et de la disparition des forêts. Des fruitières sont créées pour en transformer la production laitière..
À partir de 1864, la villard-de-lans est omniprésente dans les concours. Cette année-là, sont présentées pour la première fois au concours régional de Grenoble parmi présentés. Leur proportion s'accroît progressivement au cours du temps. La race se voit ouvrir les portes du concours national de Paris en 1895, et une section spéciale y est ouverte en 1912. Un concours spécial de la race se tient également à Grenoble entre 1894 et 1914.. Ainsi, la race se développe fortement à cette époque jusqu'à atteindre à son apogée en 1943, dont près de sur le canton de Villard-de-Lans. ..
Déclin La race entame un rapide déclin à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, et ce pour plusieurs raisons. Elle a tout d'abord été victime de la répression allemande face aux maquisards du Vercors durant l'été 1944. Les Allemands dévastèrent alors le plateau, volant une bonne partie des ressources dont le bétail. Ainsi, on considère qu'environ , soit près du quart du cheptel de la région comprenant le canton de Villard-de-Lans et le Vercors drômois, ont disparu à ce moment. Ces animaux ont été soit abattus pour alimenter les troupes d'occupation, soit exportés en Allemagne pour être élevés en race pure ou en croisement avec des races locales. Aux pertes directement liées aux rapts allemands, il faut ajouter la diminution des cheptels à laquelle les agriculteurs ont été contraints par la destruction de leurs stocks et de leurs récoltes. À la sortie de la guerre, le gouvernement tente de compenser les pertes par l'introduction de nouveaux animaux, notamment des simmentals, mais qui sont peu appréciés par les éleveurs locaux et donc rejetés..
vignette|alt=Taureau à robe claire, exhibé sur pied et de profil.|Race blonde d'Aquitaine. Un croisement abandonné. Si elles marquent le début du déclin de la race, les pertes liées à la Seconde Guerre mondiale ne sont pas les seules responsables de la chute des effectifs. La mécanisation agricole joue elle aussi un grand rôle dans cette décadence. L'arrivée des chevaux entre la fin de la guerre et les années 1950 a tout d'abord retiré à la villarde sa fonction d'animal de trait, mais sans qu'elle soit menacée. Mais l'arrivée des tracteurs dans les années 1960 pose un nouveau problème. En effet, pour en justifier l'achat, les exploitations doivent améliorer leur productivité. On observe alors un agrandissement des exploitations qui se spécialisent dans la production laitière et optent souvent pour la race montbéliarde, plus productive que la villard-de-lans.
Enfin, le déclin de cette race pourtant bien adaptée à la production de viande comme de lait est lié à la spécialisation des races bovines des années 1960. La villard-de-lans, qui n'a pas encore de herd-book et qui ne s'est spécialisée ni pour la production de viande ni pour la production de lait, n'intéresse plus l'administration de l'époque, qui préfère concentrer ses efforts sur quelques races spécialisées et productives. La race ne dispose alors plus d'aides et ses taureaux ne sont plus agréés pour l'insémination artificielle, ce qui entraîne son déclin rapide. Malgré la résistance de quelques éleveurs passionnés, la région voit progressivement arriver des animaux montbéliards très productifs qui scellent le destin de la race locale. Ainsi, en 1968 on ne compte plus que villard-de-lans..
Afin de préserver la race, un groupe d'éleveurs imagine en 1967 d'intégrer la villard-de-lans au herd-book blonde d'Aquitaine. Cette race est en effet assez proche de la villarde en termes de phénotype et est déjà issue du regroupement de diverses races du sud-ouest de la France : la blonde du Quercy, la garonnaise et la blonde des Pyrénées. La villard-de-lans aurait alors apporté ces performances laitières à cette race bouchère spécialisée. Toutefois, la première campagne de croisement laisse penser à une intégration progressive de la villarde dans la blonde d'Aquitaine plutôt qu'une participation à la création de la race. Ils marquent une étape supplémentaire dans le déclin de la race et sont finalement arrêtés.
Sauvegarde La loi sur l'élevage de 1966 mentionne pour la première fois l'intérêt de la protection et la sauvegarde des races animales locales. Dans ce contexte plus favorable, les pouvoirs publics s'intéressent de nouveau à la race en 1976, alors que sa situation est critique et qu'elle ne compte plus qu'une cinquantaine d'animaux. L’Institut technique de l'élevage bovin (I.T.E.B), devenu depuis l'Institut de l'élevage, recense les animaux villard-de-lans en avril de cette même année avant qu'un programme de conservation ne soit mis en place pour tenter de sauver la race.
Le livre généalogique a été créé en 1978. Malgré la mise en place du programme de sauvegarde, les effectifs stagnent dans les années 1980 et ne représentent que de en 1990. Il s'agit en fait d'une période de transition au cours de laquelle le troupeau se rajeunit et quelques éleveurs âgés cessent leur activité.. À partir des années 1990 les efforts réalisés commencent à porter leurs fruits et on compte en 2000, puis 358 en 2006. Un noyau de quelques éleveurs l’a préservée et sa relance est envisagée à travers l’AOC fromagère Bleu du Vercors-Sassenage qui l’a inscrite dans la liste des races aptes à sa production. Passées les années 1980 où l’effectif tournait autour de la centaine, il a atteint en 2004 ., dont et inscrits. 80 % des femelles reproduisent en race pure.
Morphologie Alors que l'on fait pour la première fois allusion à la race en 1832, elle est décrite comme une « vache taillée en force, bonne laitière, d’une taille très avantageuse, très bonne aussi pour la charrue, le corps bien conformé, l’abdomen spacieux, le bassin bien développé, le pis très volumineux, le fanon très ample ». Lors de l'officialisation de la race en 1864, la commission d'agriculteurs chargée d'évaluer les potentialités de la race nouvellement créée en fait la description plus détaillée, qui serait par la suite affinée à plusieurs reprises. En voici la version de 1914, publiée à l'occasion du concours spécial de la race :
vignette|alt=Troupeau de trois vaches à robe claire (deux sortent du champ de l'opérateur).|Vaches villard-de-lans. « Robe uniformément froment de nuance moyenne exempte de poils blancs et de poils noirs ; Muqueuses du mufle, de la bouche, de l’anus et de la vulve intégralement roses et sans tache noire ; Cornes bien placées, assez fines, blanchâtres dans toute leur étendue, légèrement retroussées et un peu plus foncée vers l’extrémité, dirigées latéralement ; Chignon développé ; Front plan ou à peine sillonné d’une légère dépression ; Chanfrein droit, plutôt déprimé que busqué ; Encolure longue, dégagée ; Côte un peu plate ; Dos horizontal, moyennement large ; Reins très larges ; Culotte descendue, non proéminente ; Attache de la queue un peu saillante ; Membres forts, sains, plutôt longs que courts ; Bons aplombs ; Ossature puissante ; Peau souple ; Marques laitières moyennes et écusson des doubles lisières, des courbe-lignes, plus rarement des flandrines ; Taille assez grande et au-dessus de la moyenne. » Programme du concours spécial de la race Villard-de-Lans, Grenoble, 1914.
Aptitudes La Villard-de-Lans se caractérise avant tout par sa bonne rusticité. C'est une race bien adaptée au massif du Vercors, son environnement de toujours, et qui est peu sensible aux maladies.
Triple aptitude vignette|alt=Carte postale en noir et blanc. Deux bœufs tractent une charrue dans une vallée.|Bœufs, probablement Villard-de-Lans, au travail. 1905.