Le Blitz de Belfast désigne une série de quatre raids aériens allemands menés contre des objectifs stratégiques dans la ville de Belfast, en Irlande du Nord, durant les mois d'avril et de mai 1941, pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces bombardements ont provoqué de très lourdes pertes humaines.

Le premier raid eut lieu dans la nuit du 7 au 8 avril 1941. Il s'agissait d'une attaque de faible ampleur, probablement destinée à tester les défenses de Belfast.

Le raid suivant se déroula dans la nuit du 15 avril 1941, le mardi de Pâques, lorsque 200 bombardiers de la Luftwaffe attaquèrent des objectifs militaires et industriels de la ville. Environ 987 personnes périrent à la suite de ce bombardement et furent blessées. Les bombes explosives de forte puissance constituaient l'essentiel de l'armement utilisé lors de cette attaque.

En dehors des bombardements de Londres, il s'agit de la plus grande perte de vies humaines causée par un seul raid nocturne durant le Blitz.

Le troisième raid sur Belfast eut lieu dans la nuit du 4 au 5 mai 1941. Il fit 200 morts. Lors de cette attaque, les bombes incendiaires constituaient l'essentiel de l'armement utilisé.

Le quatrième et dernier raid sur Belfast se déroula la nuit suivante, du 5 au 6 mai 1941.

Au total, plus de habitations furent détruites, environ gravement endommagées, près de légèrement endommagées, tandis que autres nécessitèrent des réparations d'urgence, plus de maisons sont touchées par les bombes.

Contexte Alors que le Royaume-Uni se prépare au conflit, les industries de Belfast, des chantiers navals, des usines textiles, des usines d'aviation et d'armement principalemnt, sont fortement mobilisées pour l’effort de guerre. La ville joue un rôle important dans la production de navires de guerre, d’aéronefs et de munitions destinés aux forces alliées. En raison de cette activité industrielle stratégique, Belfast est considérée par la Luftwaffe comme une cible militaire potentielle.

À la différence de l’Irlande du Nord, l’Éire, sous la direction d’Éamon de Valera, a proclamé sa neutralité pendant la Seconde Guerre mondiale. Bien que les autorités irlandaises arrêtent les agents allemands identifiés par leurs services de police et de renseignement militaire, l’État ne rompt pas ses relations diplomatiques avec les puissances de l’Axe : la légation d'Allemagne à Dublin reste ouverte pendant toute la durée du conflit.

Entre 1940 et 1941, le Royaume-Uni subit des campagnes de bombardements aériens menées par la Luftwaffe, visant à perturber son économie et ses infrastructures stratégiques. Plusieurs villes britanniques sont touchées, notamment Londres, Birmingham, Portsmouth et Swansea. Dans ce contexte, Belfast occupe une position particulière en raison de son importance industrielle et militaire.

Pour les nazis, Belfast est clairement une place à détruire, un bombardement massif leur permettrait de limiter grandement le champs d’action du Royaume-Uni. La décision est alors prise par l’Allemagne de lancer une série de raids aériens contre Belfast.

Gouvernement Le gouvernement d’Irlande du Nord se révéla peu préparé à faire face à une crise majeure de l’ampleur des bombardements. James Craig, avait occupé le poste de Premier ministre depuis la création de l’Irlande du Nord en 1921 jusqu’à sa mort en 1940. Son décès, survenu après une période de dégradation de son état de santé, contribua à créer un vide politique au sein de l’exécutif.

Richard Dawson Bates occupait le poste de ministre des Affaires intérieures, tandis que Basil Brooke, ministre de l’Agriculture, était le seul membre du gouvernement à faire preuve d’une activité soutenue, notamment en organisant l’augmentation de la production alimentaire destinée à la Grande-Bretagne.

John Clarke MacDermott, ministre de la Sécurité publique, mit en place après les premiers bombardements le « plan Hiram », visant à organiser l’évacuation de Belfast et à rétablir au plus vite une forme de normalité dans la ville. C’est également lui qui adressa un télégramme à Éamon de Valera afin de solliciter une aide. Toutefois, l’attitude jugée insuffisamment réactive du gouvernement suscita des critiques internes et entraîna plusieurs démissions.

John Edmond Warnock, secrétaire parlementaire au ministère des Affaires intérieures, démissionna le 25 mai 1940, estimant notamment que le gouvernement avait fait preuve de lenteur et d’inaction face à la situation. Le lieutenant-colonel Alexander Gordon, secrétaire parlementaire et financier au ministère des Finances et whip en chef, démissionna à son tour le 13 juin 1940, déclarant devant la Chambre des communes que le gouvernement n’était pas en mesure de soutenir la population face aux épreuves à venir.

James Craig mourut le 24 novembre 1940 et fut remplacé par J. M. Andrews, âgé de 69 ans, dont la capacité à gérer la crise fut également remise en question. Le 28 avril 1943, six membres du gouvernement menacèrent de démissionner, ce qui conduisit à son éviction. Il fut remplacé le mai par Sir Basil Brooke, âgé de 54 ans.

Sites industriels A Belfast, de nombreuses infrastructures contribuent à la production de matériel militaire pour l'Armée Britannique, on y retrouve notamment:

Harland and Wolff, l'un des plus grands chantiers navals au monde. De nombreux navires de la White Star Line y furent construits, comme et ainsi que pour la Royal Navy, y compris des porte-avions comme et ; les croiseurs, et ainsi que 131 autres navires de guerre. Près personnes étaient employées, à cette période le site est à son apogée. Pendant les années de guerre, les chantiers navals de Belfast construisirent ou transformèrent plus de navires de la marine, en réparèrent plus de autres et lancèrent plus de 140 navires marchands. Les ateliers Harland's Engineering construisaient également des chars d'assaut, 300 durant toute la durée du conflit dont le char Churchill. À proximité des chantiers navals, l’usine aéronautique Short & Harland, qui employait environ personnes. Elle produisait des bombardiers lourds Short Stirling ainsi que des hydravions Short Sunderland. La Royal Air Force utilisa les Stirling dans sa campagne de bombardement stratégique en Europe et furent produits au nombre de 1200. Le Sunderland, dont 125 furent produits à Belfast, joua un rôle essentiel dans la lutte contre la menace des U-Boote lors de la bataille de l’Atlantique. La société James Mackie & Sons rééquipée en 1938, spécialisée dans la fabrication de munitions et d’armements. Cela comprenait la production d’ailes d’avions ainsi que des fuselages de bombardiers Stirling. L’entreprise était également l’un des principaux fournisseurs d’étuis d’obus pour les canons antiaériens Bofors. Au cours de la guerre, elle produit 75 millions d'obus, plus de 150 millions de munitions incendiaires et autres munitions. Les usines Sirocco Works, situées dans l’est de Belfast, qui produisaient des systèmes de ventilation et de chauffage, tandis que les Belfast Ropeworks, alors les plus grandes usines de cordage au monde, produisirent environ de câbles et de cordages pendant le conflit. Le lin aéronautique destiné à recouvrir les avions, tels que le Hawker Hurricane, et les structures des planeurs militaires, était fabriqué par un certain nombre de filatures de lin de Belfast, telles que The York Street Flax Spinning Co.; Brookfield Spinning Co.; Wm. Ewart's Rosebank Weaving Co.; et Linen Thread Co. On y produisit durant cette période des millions d'uniformes, de tentes et de parachutes.

Du matériel de guerre et des vivres étaient envoyés par voie maritime de Belfast vers la Grande-Bretagne, certains sous la protection du drapeau tricolore irlandais neutre. Le MV Munster, par exemple, exploité par la Belfast Steamship Company, assurait la liaison entre Belfast et Liverpool sous le drapeau tricolore, jusqu'à ce qu'il heurte une mine et soit coulé au large de Liverpool.

Préparation britannique vignette|Sir James Craig, vicomte Craigavon, Premier ministre d'Irlande du Nord jusqu'à sa mort en 1940. Image HMSO.

Préparation du gouvernement Malgré les tensions croissantes en Europe, les préparatifs de l'Irlande du Nord en vue d'un éventuel conflit avec l'Allemagne demeurent limités. Premier ministre depuis la création de l'Irlande du Nord en 1921, James Craig, affirme néanmoins que « l'Ulster est prêt lorsqu'il en recevra l'ordre et le sera toujours ». Interrogé au Parlement d'Irlande du Nord sur la capacité des bombardiers allemands à atteindre la province en moins de trois heures, il répond que le pays est en état de guerre et qu'il est prêt, aux côtés du reste du Royaume-Uni et de l'Empire britannique, à assumer toutes les responsabilités que cette situation impose.

De son côté, le ministre des Affaires intérieures, Richard Dawson Bates, est critiqué pour son manque de réactivité. Selon plusieurs témoignages, il ne répond pas à certaines correspondances de l'armée. En 1939, des experts britanniques de la défense impériale avertissent le ministère des Affaires intérieures que Belfast constitue « un objectif allemand très probable ». Malgré ces mises en garde, les mesures de protection demeurent limitées et se résument essentiellement à la construction d'abris antiaériens dans la zone portuaire.

Abris anti-aériens

À cette époque, Belfast, qui est la ville présentant la plus forte densité de population du Royaume-Uni, dispose également de l'un des plus faibles taux d'équipement en abris antiaériens publics. Avant le Belfast Blitz, la ville ne compte qu'environ 200 abris publics, bien qu'environ foyers aient aménagé leur propre abri privé alors que auraient pu en bénéficier.

La nature du sous-sol de Belfast, caractérisée par une nappe phréatique élevée, rend les abris Anderson peu adaptés. Par ailleurs, de nombreux logements ne disposent pas de jardin, ce qui limite également l'installation d'abris Morrison. Les autorités locales privilégient donc la construction d'abris collectifs de surface, mais leur nombre demeure insuffisant au regard des besoins de la population.

Les défenses antiaériennes de la ville sont également limitées. Aucun projecteur de défense aérienne n'est installé avant le 10 avril 1941, quelques jours seulement avant les principaux bombardements. Belfast ne dispose pas non plus d'un système de rideau de fumée destiné à masquer les installations stratégiques, même si plusieurs ballons de barrage sont déployés afin de gêner les attaques aériennes.

En raison de sa situation géographique, Belfast est considérée par les autorités britanniques comme se trouvant à la limite du rayon d'action des bombardiers allemands. Une unité de la RAF est basé à Aldergrove mais cette appréciation des autorités conduit à l'absence de dispositif permanent de chasse de nuit pour protéger la ville. Ainsi, lors du premier raid aérien, aucun appareil de la Royal Air Force ne décolle pour intercepter les bombardiers de la Luftwaffe.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Belfast est protégée par un nombre limité de batteries antiaériennes. La défense de la zone portuaire repose alors sur douze canons lourds de et huit canons légers Bofors de .

Toutefois, les besoins militaires conduisent rapidement au redéploiement d'une partie de ces équipements vers la Grande-Bretagne et d'autres théâtres d'opérations. Ainsi, lors du premier raid aérien des 7 et 8 avril 1941, Belfast ne dispose plus que de seize canons antiaériens lourds et de six canons légers, soit environ la moitié des effectifs jugés nécessaires pour assurer la défense d'une ville britannique de taille comparable.

Enfants Dès le mois de juin 1939, les autorités d’Irlande du Nord envisagent l’évacuation d’une partie de la population de Belfast en prévision d’un éventuel conflit. La ville compte alors environ enfants scolarisés, mais, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate le 3 septembre 1939, les capacités d’accueil disponibles dans les zones d’évacuation ne permettent d’en héberger qu’environ un cinquième.