La Società degli Amatori e Cultori di Belle Arti (en français, littéralement, « Société des amateurs et connaisseurs des beaux-arts ») est une association fondée en 1829 à Rome, dont le but fut d'organiser une exposition annuelle regroupant des artistes italiens.

Réformée au fil des années, elle s'ouvrit à l'international après le Risorgimento, puis, considérée comme trop académique et conformiste, se heurta, au tournant du siècle suivant, à la montée des avant-gardes.

Elle disparaît au moment du fascisme, en 1929.

Histoire Création À la fin du siècle, nombreux sont les artistes et les savants effectuant le Grand Tour et le voyage à Rome qui constatent que la « ville éternelle » ne dispose pas d'un véritable espace — un salon — où les artistes puissent exposer Selon Michele Mallio, in: Annali di Roma, 1792, vol. VI, .. Une vieille institution comme l'Accademia di San Luca ne parvient pas à jouer ce rôle. Sous le règne de Napoléon, elle est d'ailleurs confirmée dans sa fonction pédagogique. Vers cette même époque, Antonio Canova, à qui l'on avait promis une salle spécifiquement dédiée à l'exposition d'œuvres, devait écrire : Angela Cipriani, L’Accademia di san Luca e l’incoraggiamento per i giovani artisti, in Antonio Canova e l’Accademia, Trévise, Canova, 2002, . Cette salle ne vit jamais le jour Giovanna Montani, La Società degli Amatori e Cultori delle Belle Arti in Roma. 1829-1883, thèse sous la direction de Barbara Cinelli, Rome, Università degli Studi di Roma Tre, 2005-2007..

En mars 1824, Tommaso Minardi et Vincenzo Camuccini (vice-président de l'Accademia di San Luca), reprennent les arguments de Canova, et profitant du réaménagement de la piazza del Popolo par l'architecte Giuseppe Valadier, sollicitent, auprès du cardinal Bartolomeo Pacca l'attribution d'un local, le palazzo della Dogana Vecchia (anciennes douanes, appelées Officio doganale, Caserma die Carabinieri ed annessi) Elisa Debenedetti, Giuseppe Valadier, segno e architettura, catalogo della mostra, Rome, Calcografia, 1985, .. En avril 1827, une salle y est donc inaugurée, spécifiquement dédiée à des expositions. La création de ce nouvel espace sur la piazza del Popolo, suivant les exemples d'organisation d'expositions à Paris et à Londres, mit en évidence la nécessité de créer un système d'expositions organique et régulier, en plus de la pratique privée des visites d'ateliers. Un rassemblement d'artistes, une trentaine, unis par cet objectif commun, conduisit à la création en novembre 1829, au palazzo Colonna, de la Società degli Amatori e Cultori di Belle Arti. Un premier bureau est élu, sous la présidence de Luigi Santacroce, duc de Corchiano, Antonio Bianchini et Filippo Mercuri, comme secrétaires, Carlo Torlonia, trésorier. Les statuts sont rédigés par Minardi Statuto della Società degli Amatori e Cultori di Belle Arti in Roma, Rome, Antonio Boulzaler editore, 1830.. Parmi les signataires, on compte un certain nombre de dignitaires allemands, autrichiens, britanniques et russes. Trente conseillers étaient élus tous les deux ans, permettant à la Société de demeurer indépendante, tout en étant soumises à la tutelle du cardinal-chambellan en lien avec le gouvernement pontifical.

Première époque (1830-1870) La première exposition de la Société se tient entre mars et juin 1830, et est accueillie dans les salles mises à disposition par le sénateur de Rome, le prince Altieri, au palazzo Senatorio sur la colline du Capitole « Esposizione di Belle Arti a Roma », in: G. P. Vieusseux (dir.), Antologia al gabinetto scientifico e letterario, avril-juin 1830, tome 38, Florence, 1830, .. Une bonne partie des œuvres sont achetées par des collectionneurs, et la Société dispose d'un pouvoir discrétionnaire quant aux acquisitions pour les institutions publiques. Parmi les artistes français exposés, Horace Vernet est distingué par la critique. L'année suivante, le même lieu est utilisé, mais le manque de lumière et d'espace conduit, à la fin de la deuxième exposition, à chercher un nouveau local, qui devient en 1833 le palais de Venise. Cependant, ce n'est qu'en 1834, que la exposition ne put se tenir dans le hall de l'ancienne douane de la piazza del Popolo, le lieu prévu initialement. Le cardinal-chambellan mit en place un contrôle des œuvres proposées, pour s'assurer qu'aucune n'était contraire aux « bonnes mœurs ». Enfin, le coût de l'aménagement, de 450 scudi d'oro, fut réparti entre la Chambre apostolique (70 %) et la Société (30 %). D'autres agrandissements et restaurations eurent lieu, entre 1841 et 1843, puis en 1850, par Luigi Canina, à la suite de l'occupation des lieux par les troupes françaises.

En phase avec l'importance culturelle et économique des expositions, des publications associées à cet événement se sont développées. De 1835 à 1839, L’Ape italiana delle Belle Arti. Giornale dedicato ai loro cultori e amatori a été publiée sous la forme d'une revue illustrée de lithographies reproduisant certaines œuvres exposées Lorenz Enderlein et Nino Zchomelidse, Fictions of isolation. Artistic and intellectual exchange in Rome durino the first half of the Nineteenth century, Rome, L'Erma di Bretschneider, 2006, ..

Dès ses débuts, l’approche académique de ces expositions visait à préserver les canons artistiques de la tradition italienne, toute innovation stylistique étant rigoureusement examinée par un comité d'acceptation. La Société est en proie, à partir de 1834-1835, à une polémique orchestrée par les tenants du purismo, dont Tommaso Minardi, qui s'opposent à Luigi Mussini.

Deuxième époque (1870-1929) Après l’unification italienne, La Société souhaite attirer des artistes venus du monde entier. Elle fusionne en 1876 avec l'Associazione Artistica Internazionale qui organisait des manifestations ouvertes aux artistes étrangers. Dans la foulée, elle sollicite du Gouvernement italien la construction d'un nouvelle espace plus vaste. En 1884, est inauguré le palazzo delle Esposizioni, via Nazionale.

La présidence du comte Enrico di San Martino Valperga, au début du siècle, permet un léger renouveau de la Société : ces années ont vu les débuts de plusieurs jeunes artistes romains, notamment avec des œuvres divisionnistes et Art nouveau Società degli Amatori e Cultori di Belle Arti, Archives SIUSA..

En 1912, se produit la Sécession romaine, regroupant des artistes démissionnaires de la Société, cherchant à s'opposer à l'art officiel et académique, tout en prenant leurs distances avec le futurisme. Elle perdura jusqu'en 1917Rossana Bossaglia, Mario Quesada, Pasqualina Spadini (dir.), Secessione romana, 1913-1916, Rome, F. Palombi, 1987 — sur archive.org..

À partir de 1913, sous la présidence de l'architecte Manfredo Manfredi, on a assisté à un retour à l’académisme d’inspiration italienne, à l’exception du futurisme, considéré comme le seul mouvement d’avant-garde national.

Avec l’avènement du fascisme, la structure des expositions de la Via Nazionale a été complètement bouleversée, et après la dernière exposition de 1929, marquant le centenaire de sa fondation, la Société cesse ses activités, fondue dans un syndicat national chargé d'organiser la Quadriennale, une exposition tous les quatre ans Società degli Amatori e Cultori delle Belle Arti in Roma. Mostra del centenario (1829-1929), sotto l’alto patronato di S. E. Benito Mussolini, presidente onorario principe Fr. Boncompagni Ludovisi Governatore di Roma, Palazzo delle Esposizioni in Via Nazionale ottobre 1929- aprile 1930, a. VIII, Rome, Tipografia Pinci, 1929..

Notes et références

Bibliographie Giacomo Sercia, Origine e vicende della Società Amatori e Cultori delle Belle Arti nel secolo XIX, Rome, Tipografia ditta Pinci, 1919. Vincenzo Golzio, « La “Società degli Amatori e Cultori” », in: Strenna dei Romanisti, Rome, 1980, .

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