(en français : « des filles, pas des mères ») est un mouvement social régional qui aborde la problématique de la violence sexuelle et de la maternité forcée des petites filles et des adolescentes latinoaméricaines. Le mouvement attire l'attention sur le fait que, dans des contextes de pauvreté, les politiques publiques qui garantissent des services de santé sûrs peuvent être inaccessibles aux petites filles et aux adolescentes. La devise souligne le besoin de protéger les droits des filles latinoaméricaines, en prenant soin de leur santé physique, mentale et émotionnelle.
Ce groupe a gagné en importance notamment en Argentine, au Paraguay, au Pérou et au Mexique, où des affaires emblématiques ont mis en évidence les failles du système judiciaire et de santé dans la protection des filles. Le mouvement a mené un ensemble d'actions qui ont permis de visibiliser et d'affronter la problématique des maternités forcées en Amérique Latine. Entre 2021 et 2022, le mouvement a lancé un kit d'action (qui comprend des supports téléchargeables pour sensibiliser et éduquer le public sur les réseaux sociaux) et un podcast auquel ont participé des figures publiques, et qui a mobilisé des milliers de personnes engagées dans la défense des droits des enfants. Grace à l'usage du hashtag #SonNiñasNoMadres (ce sont des filles, pas des mères), la campagne a a été largement diffusée dans les médias et sur les réseaux sociaux, pour souligner l'urgence d'un changement structurel dans la région. Le message « Son Niñas No Madres » invite à l'action collective, appelant les organisations, les individus et les communautés à s'impliquer, au-delà de participer formellement au mouvement. vignette|301x301px|La marche 28S à Lima, au Pérou
Origines et contexte L'initiative est apparue en Amérique Latine en réponse à l'augmentation des grossesses forcées dont sont victimes des petites filles et des adolescentes, principalement à la suite de violences sexuelles. Depuis le début du mouvement en 2016, diverses organisations, notamment Amnesty International, Planned Parenthood (fédération étatsunienne du planning familial), le Cosorcio Latinoamericano contra el Aborto Inseguro CLACAI (Consortium latinoaméricain contre l'avortement à risque) et le Grupo de Información en Reproducción Elegida GIRE (groupe d'information sur la reproduction choisie), ont commencé à travailler en ensemble pour mettre en avant cette problématique et exiger que les États respectent les droits des mineures, en leur assurant l'accès à des services de santé sexuelle et reproductive, notamment une interruption volontaire de grossesse le cas échéant. La campagne se développe dans un contexte social et politique caractérisé par des limitations dans l'accès aux droits reproductifs pour les mineures.
Contexte social et politique Le mouvement est apparu dans un contexte d'inégalités de genre, de violences sexuelles et de manque d'une éducation sexuelle complète en Amérique Latine. Ces facteurs créent un environnement où les filles sont particulièrement vulnérables aux abus et peuvent être enfermées dans un cycle de violations de leurs droits fondamentaux. En Amérique Latine, ces problématiques sont visibles dans les chiffres des grossesses de mineures, un grand nombre étant liées à des faits de viols ou d'abus sexuels, ce qui implique des risques pour la santé physique et mentale des filles. L'absence de politiques adaptées et le manque d'accès à des services de santé sexuelle et reproductive ont motivé la création de la coalition, et ont poussé des organisations et activistes à unir leurs forces pour la défense des droits des filles.
Droits reproductifs en Amérique Latine Le cadre normatif et la situation pratique des droits reproductifs en Amérique Latine varie significativement entre pays, mais continuent d'être marqués par des fortes restrictions et des inégalités dans l'accès. Les politiques liées à l'avortement, en particulier, varient de l'interdiction absolue jusqu'à la dépénalisation partielle, dans certaines conditions particulières.
Restrictions légales et accès inégal Dans certains pays comme le Nicaragua, le Salvador et le Honduras, l'avortement est illégal en toutes circonstances, même lorsque la vie de la mère ou du foetus est en jeu. Ces interdictions absolues limitent l'accès aux droits reproductifs et peuvent avoir des conséquences négatives pour la santé mentale et physicienne des victimes de violences sexuelles.
Avancées et obstacles Quelques pays ont mis en oeuvre des avancées, bien que limitées, dans l'élargissement de l'accès à l'avortement. En Argentine, la promulgation de la Ley de la Interrupción Voluntaria del Embarazo (Loi sur l'Interruption Volontaire de Grossesse) en 2020 a été une étape importante dans la région. L'Équateur permet l'avortement en cas de viol sur des femmes avec un handicap mental ou lorsque la vie de la mère est en danger. Pourtant, la mise en oeuvre de ce droit est limitée, car les exceptions sont interprétées de façon restrictive par certaines autorités sanitaires.
Initiatives et résistances Des mouvements, comme Niñas, No Madres, émergent dans ce contexte de restriction des droits reproductifs des mineures en Amérique Latine, pour dénoncer les violations des droits des filles et des adolescentes forcées à être mères et pour défendre des changements législatifs qui assureraient leur accès à des services de santé reproductive. Ces initiatives font face à l'opposition de groupes qui plaident pour des politiques restrictives en se fondant sur l'argument de la protection de la famille et de la vie dès la conception, ce qui génère des débats sur les droits sexuels et reproductifs.
Objectifs Le réseau Niñas, No Madres a pour objectif principal de visibiliser et de lutter contre la maternité forcée des filles en Amérique Latine. Une de ses reventications fondamentales est la défense des droits des filles, notamment en exigeant des gouvernements qu'ils protègent les mineures en leur garantissant l'accès à des services de santé et à une éducation sexuelle complète. Le mouvement a également pour objectif d'éveiller les consciences sur l'impact de la grossesse enfantine dans la vie des filles, notamment les effets sur leur santé physique et mentale, ainsi que l'interruption de leur éducation et la limitation de leurs opportunités futures. À travers les campagnes de sensibilisation et la mobilisation de diverses organisations, l'initiative cherche à promouvoir des changements sociaux et culturels pour remettre en question la normalisation des violences sexuelles et de la maternité forcée.
Enfin, si la coalition se concentre sur le niveau local, elle cherche également à établir des alliances aux niveaux régional et international, en plaidant pour une réponse collective qui impliquerait des gouvernements, des organisations de la société civile et la communauté en général. La coalition souligne que la protection des enfants requiert un effort conjoint des gouvernements, des organisations de la société civile et des communautés, pour prévenir violations des droits et promouvoir un environnement dépourvu de violence et de discrimination.
Affaires emblématiques La présentation des affaires emblématiques de Niñas, No Madres devant la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH), en mai 2019, a donné lieu à un procès international impliquant plusieurs pays et portant sur les droits reproductifs des filles et des adolescentes en Amérique Latine. Les affaires qui impliquent une maternité forcée et un défaut d'accès à des services de santé adaptés soulignent la vulnérabilité des filles et soulignent le besoin de réformes structurales dans les politiques de l'État. En présentant ces dénonciations devant la CIDH, le mouvement a voulu obtenir que les gouvernements assument leur responsabilité de protéger les filles et leur garantir des possibilités d'accomplir leurs projets de vie. Pendant les audiences, le mouvement a appelé à garantir l'accès pour les filles à des services de santé sexuelle et reproductive complètes, comprenant l'interruption volontaire de grossesse, ainsi qu'à enquêter et surveiller ces cas de violences.
Susana La mineure a subi des abus sexuels depuis qu'elle avait six ans, commis par son grand-père, qui était membre d'une organisation criminelle au Nicaragua. A 13 ans, Susana il est devenue enceinte à la suite de ces l'abus sexuels. Sa grand-mère avait l'intention de dénoncer son époux, mais l'État l'en a empêchée, puisque personne ne voulait prendre sa plainte.
Les autorités ne lui ont pas non plus permis d'avorter, et Susana a dû mener sa grossesse à terme. La plainte a été rejetée à cinq occasions puis archivée. Son violeur est toujours en liberté.
Fátima Fátima habitait au Guatemala et admirait José, un employé gouvernemental qui aidait sa famille, lui offrait des choses et lui achetait des cahiers scolaires. Fátima a accepté, car elle était un écolière sérieuse qui souhaitait devenir architecte, doctoresse ou professeure d'université. Une nuit, José a agressé sexuellement Fátima, juste après ses 12 ans. Trois mois plus tard, quand la fille a réalisé qu'elle était enceinte, elle et sa mère ont dénoncé le viol du fonctionnaire. Cependant, les autorités ne sont pas parvenues à le localiser, puisque qu'il a fui après y avoir été averti par des connaissances au sein du ministère public.
Un article du journal féministe LATFEM indique que les autorités, pourtant au fait de la situation de Fátima et de sa santé mentale fragile, l'ont obligée à continuer sa grossesse et lui ont refusé un accompagnement psychologique. Harcelée à l'école, la mineure a abandonné sa scolarité. Des années plus tard, son violeur est toujours en liberté.
Norma Norma a eu une enfance compliquée, puisque sa famille la protégeait de son père, qui y avait agressé sexuellement sa nièce, en la faisant garder par différentes personnes. A la mort de sa grand-mère, elle a habité à nouveau avec son père, qui l'a agressé sexuellement plusieurs fois. A13 ans, elle a découvert sa grossesse, sa soeur l'a convaincue de porter plainte, mais les médecins ne lui ont pas permis d'avorter malgré la loi équatorienne qui permet l'avortement en cas de risque pour la vie de la mère
Le violeur présumé a été informé de l'accusation contre lui et, en raison du retard dans l'émission du mandat d'arrêt, a réussi à fuir. Des années ont passé et il est mort sans faire face à la justice. L'affaire n'a pas été résolue judiciairement.
Lucía La mineure faisait partie du choeur d'une église du Nicaragua, car elle aimait chanter. Le prêtre de cette paroisse a commencé à lui envoyer des messages à caractère sexuel et, lorsqu'elle a eu 13 ans, il a commencer à abuser sexuellement d'elle. A 14 ans, elle a découvert qu'elle était enceinte, et, avec sa mère, elle a dénoncé son violeur. Les autorités ont cependant entravé la procédure, de sorte que Lucía a été obligée de poursuivre sa grossesse et que son violeur n'a jamais été mis en cause.
Lucía, sans accès à information ou à une éducation sexuelle complète, a été obligée à accoucher, sans avoir voulu être mère et sans être préparée physiquement et émotionnellement pour cela.
Camila Camila vivait dans un zone rurale des Andes, au Pérou. Depuis petite, elle avait l'habitude de faire paître les animaux avec son père. Dans le champ, alors qu'elle avait 9 ans, il l'a agressée sexuellement pour la première fois, et a continué ses abus de manière constante. L'agresseur de la mineure l'a menacée en lui assurant que, si elle révélait la vérité, elle mettrait en danger la vie de sa mère et de son frère.